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Bulletin Quotidien Europe N° 11069
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INSTITUTIONNEL / (ae) pe 2014

Les candidats à la présidence de la Commission ont croisé le fer

Bruxelles, 29/04/2014 (Agence Europe) - Quatre des principaux candidats à la présidence de la Commission européenne ont croisé le fer, lundi 28 avril, sur la meilleure riposte à apporter aux eurosceptiques, sur l'économie, l'immigration et la politique extérieure.

Retransmis par la chaîne Euronews, le débat a rassemblé le chrétien-démocrate Jean-Claude Juncker, le socialiste Martin Schulz, le libéral Guy Verhofstadt et l'écologiste Ska Keller.

Contrer les eurosceptiques et l'extrémisme

Un quart des sièges au PE pourrait revenir aux eurosceptiques. Pour Martin Schulz, ces partis eurosceptiques critiquent, mais ne proposent aucune solution. Il faut éviter que l'on retrouve au PE des partis qui poussent à la xénophobie. Si les citoyens européens ne prennent pas ces élections au sérieux, il y aura plus d'eurosceptiques au PE. Pour Guy Verhofstadt, on doit expliquer aux personnes les ficelles utilisées par ces partis, lesquels prétendent, à tort, qu'en se réfugiant derrière les frontières tous les problèmes vont disparaître (immigration, chômage, changement climatique, crise économique). Pour le libéral, il faut réinventer la souveraineté au niveau de l'UE. Combative, la benjamine et seule femme du quatuor, l'Allemande Ska Keller, 32 ans, eurodéputée, a dénoncé la récupération des thèses d'extrême droite par des partis de centre-droit. « En répétant les slogans de l'extrême droite, vous renforcez l'extrême droite, c'est très dangereux. Le Premier ministre de Bavière utilise ce type de slogans », a dit Ska Keller. « Je ne dialoguerai pas » avec ces mouvements, a rétorqué M. Juncker, également interpellé par son rival libéral sur la présence au sein du PPE d'eurosceptiques déclarés, dont l'ex-dirigeant italien Silvio Berlusconi. L'ancien Premier ministre luxembourgeois a réaffirmé que les récents propos de M. Berlusconi sur les Allemands l'avaient rendu malade. « Je n'accepte pas que l'on monte les pays les uns contre les autres. Je suis un homme de valeur ».

Économie, chômage des jeunes

Guy Verhofstadt a dit qu'il souhaitait « réparer l'économie et créer des emplois, mais on a besoin pour cela d'une autre Europe ». Selon lui, cette Europe là a très mal géré la crise. Il faut aussi, selon lui, protéger les libertés. Jean-Claude Juncker s'est prononcé pour une Europe qui ait les pieds sur terre, qui crée des emplois sans dépenser l'argent que nous n'avons pas. Martin Schulz a surtout insisté sur le besoin de lutter contre la spéculation et les coupes sombres dans l'éducation. Ska Keller est pour une Europe plus démocratique et qui s'occupe des droits sociaux des gens.

Sur le problème du chômage des jeunes, pour Martin Schulz, il faudrait atténuer certains excès (comme des jeunes qualifiés exploités, qui sont licenciés après six mois de stage). Il a plaidé pour une amélioration de l'accès au crédit pour les PME qui recrutent et des taux d'intérêts privilégiés en faveur des jeunes qui doivent rembourser leurs frais d'études. Guy Verhofstadt a préconisé une nouvelle stratégie d'intégration qui soit un moteur pour la croissance et qui permette de réparer le lien brisé entre les banques et les entreprises. Il faut plus d'Europe pour relancer la croissance, a résumé le leader des libéraux. La verte Ska Keller a dit que l'UE devrait investir dans l'avenir et dans l'éducation pour transformer l'économie et créer des emplois de qualité. Jean-Claude Juncker, interrogé sur son rôle dans la mise en place des politiques d'austérité, a dit qu'il fallait bien résoudre le problème des déficits publics en assainissant les finances publiques. Il a défendu aussi un marché numérique et l'achèvement du marché intérieur ainsi que la lutte contre le dumping social. M. Juncker est favorable à un salaire minimum légal dans toute l'UE.

Architecture institutionnelle. Qui a le pouvoir ? Pour Jean-Claude Juncker, le pouvoir est entre les mains de ceux qui sont élus. Pour Martin Schulz, le futur président de la Commission aura besoin d'une majorité qualifiée au PE et la Commission devrait avoir un droit d'initiative pour légiférer dans certains domaines, de manière à rééquilibrer le pouvoir. Pour Guy Verhofstadt, il faut un glissement de pouvoirs (avec un droit d'initiative donné à la Commission), car, actuellement, tout se décide à Berlin, puis à Paris, alors que le Conseil européen a « mal géré la crise » de la dette. Il prône un gouvernement européen qui aurait les rênes du pouvoir. Ska Keller a demandé plus de transparence au Conseil, par exemple pour connaître quel pays vote contre une proposition. Elle a reproché à la Commission actuelle d'avoir atténué les objectifs en matière de climat.

D'autres débats auront lieu dans plusieurs pays européens dans les prochaines semaines, avant un grand débat à cinq le 15 mai, retransmis dans la plupart des 28 États membres.

Sur la question de l'immigration, les trois vétérans européens se sont accordés sur la nécessité d'une immigration économique contrôlée, Ska Keller faisant entendre sa différence en plaidant pour plus d'ouverture aux réfugiés et aux demandeurs d'asile. M. Schulz a plaidé pour une politique européenne en matière de migration légale. Il a aussi mis en avant la lutte à mener contre les réseaux de trafic d'immigration irrégulière. L'immigration « sera une de mes priorités » en cas d'accession à la tête de la Commission, s'est-il engagé.

Guy Verhofstadt a dit qu'il fallait combattre la traite des êtres humains, accueillir les migrants avec une répartition du fardeau entre les pays de l'UE. Jean-Claude Juncker a reconnu que l'UE ne pouvait pas accueillir toute la misère du monde. Il a estimé que la solidarité européenne devrait être mieux organisée en la matière, notamment sur les programmes de retour.

Action extérieure

L'Ukraine sera-t-elle membre de l'UE dans 5 ans? Jean-Claude Juncker a dit: « On ne peut pas promettre d'accord aux Ukrainiens. Il y a pas mal de réformes à mettre en oeuvre avant: il faut lutter contre la corruption et mettre en oeuvre des réformes nationales ». Martin Schulz souhaite que l'on discute d'abord de la manière de garder le pays entier. « Ce que l'Europe n'a pas suffisamment fait, c'est apporter un soutien économique », a dit M. Schulz. Pour Guy Verhofstadt, « il faut sortir Poutine du pays, il faut l'arrêter. Il faut approfondir les sanctions: Poutine ne s'arrêtera pas si on ne lance pas des sanctions personnelles (plutôt qu'économiques) ciblant son entourage ». « Nous n'avons pas le courage de nous en prendre aux oligarques » russes, a-t-il déploré. Pour Ska Keller, le plus important c'est de parvenir à une solution pacifique. Elle préconise de limiter « notre dépendance énergétique par rapport à la Russie ». « On a le soleil, le vent, les éoliennes, les renouvelables. Il faut des objectifs plus ambitieux: 20%, c'est ridicule. Et pendant la transition, on a besoin de centrales au gaz. Il faut investir également dans le renouvelable ». Jean-Claude Juncker aussi estime que l'UE doit réduire sa dépendance énergétique par rapport à la Russie. Il a critiqué le gaz de schiste et a estimé qu'il faudrait s'organiser pour pouvoir acheter du gaz et du pétrole aux USA pour réduire la dépendance (économique, commerciale et politique) à l'égard de la Russie. Pour Guy Verhofstadt, « notre première priorité est de créer une politique européenne de défense commune (pilier européen de l'OTAN, par exemple). C'est comme cela qu'on aura une politique étrangère commune ».

NSA et TTIP. Selon Ska Keller, les USA doivent arrêter de nous espionner. Sur l'accord transatlantique, Martin Schulz a déclaré que les échanges commerciaux ne sont pas une mauvaise idée. Mais il faut que cela serve d'instrument pour « redynamiser nos droits sociaux et économiques ». Il est en faveur de la publication du mandat de négociation de l'UE. Pour Jean-Claude Juncker, il faut défendre les normes européennes. Guy Verhofstadt a estimé qu'il fallait une protection de la vie privée des citoyens dans cet accord TTIP.

D'autres débats auront lieu dans plusieurs pays européens dans les prochaines semaines, avant un grand débat à cinq (les quatre plus le Grec Aléxis Tsípras, chef du Syriza et candidat de la Gauche radicale), le 15 mai, retransmis dans la plupart des 28 États membres. (LC)

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