Bruxelles, 29/04/2014 (Agence Europe) - Le commissaire à l'Énergie, Günther Oettinger, retrouvera le 2 mai à Varsovie les ministres russe et ukrainien de l'Énergie, respectivement Alexander Novak et Iouri Prodan, pour des consultations trilatérales sur la sécurité énergétique, a annoncé la Commission, mardi 29 avril.
« L'objectif des négociations est d'assurer le suivi de la lettre que le président Barroso a envoyée au président Poutine le 17 Avril », a expliqué l'exécutif européen, dans un communiqué. La Commission a accepté de mener des discussions avec Moscou et Kiev sur la sécurité des approvisionnements en gaz russe, en lien avec la dette de l'Ukraine à l'égard du gazier russe Gazprom, de 2,2 milliards de dollars.
Sur fond de crise et de tensions politiques avec l'Ukraine, les États-Unis et l'UE, le président russe, Vladimir Poutine, a menacé, dans une lettre aux dirigeants de 18 États membres de l'UE, de diminuer les livraisons de gaz russe à l'Ukraine, par laquelle transite la moitié des approvisionnements de l'UE en gaz russe (65 des 133 milliards de m3 de gaz russe achetés par les États membres de l'UE, soit 25% de la consommation de cette dernière, selon les données de la Commission pour 2013), si Kiev n'honore pas sa dette. Une décision alarmante pour l'UE, où plusieurs États membres fortement dépendants du gaz russe ont vu leurs fournitures perturbées par le différend gazier russo-ukrainien en 2009. Depuis, M. Poutine a donné un mois à Kiev pour régler son différend avec Moscou, sous peine de passer à un système de prépaiement des livraisons.
Lundi, le Premier ministre ukrainien, Arseni Iatseniouk, a annoncé que l'Ukraine était prête à poursuivre le gazier russe Gazprom, mais qu'elle était disposée à payer la totalité de sa dette de 2,2 milliards de dollars immédiatement, pourvu que Gazprom ramène son prix à 268,5 dollars les 1 000 mètres cubes, contre 485 dollars actuellement. Une proposition que l'énergéticien Naftogaz a envoyée début avril à Gazprom, sans recevoir de réponse. Le prix de 268 dollars avait été fixé en décembre 2013, dans le cadre d'un accord entre Moscou et Kiev, avant la chute du président pro-russe Viktor Ianoukovitch, destitué en février, et l'annexion de la Crimée par la Russie. Gazprom a relevé ce tarif, début avril, pour le deuxième semestre.
Gazprom a estimé, de son côté, qu'il était désormais fondé de demander le paiement par anticipation de 100% pour le gaz qu'il fournit à l'Ukraine ; compte tenu de l'état actuel de ses paiements, exiger d'elle des prépaiements signifierait l'arrêt des fournitures à l'Ukraine. Pour éviter une nouvelle crise du transit de gaz, la partie ukrainienne devrait payer 3,9 milliards de dollars d'ici le 7 mai ou 4,9 milliards de dollars d'ici la fin mai, expliquait lundi l'agence de presse russe Interfax.
Côté européen, le réseau des gestionnaires de réseaux de transport de gaz (ENTSO-G) a calculé que l'UE peut résister à une perte totale d'un mois de livraisons de gaz russe via l'Ukraine sans affecter les niveaux de stockage de l'UE pour l'hiver prochain. Toutefois, une rupture durable tout l'été des approvisionnements à travers l'Ukraine affecterait les niveaux de stockage en Bulgarie, en Hongrie, en Pologne et en Roumanie, et la Bulgarie ne serait pas en mesure de répondre à la demande de gaz dans la deuxième moitié de l'été.
Le Conseil européen de juin examinera un rapport sur la sécurité énergétique que la Commission doit préparer d'ici là, dans le cadre des efforts de l'UE visant à réduire sa dépendance au gaz russe. (EH)