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Bulletin Quotidien Europe N° 11038
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / (ae) eurozone

'troïka', la gauche et la droite règlent leurs comptes

Bruxelles, 13/03/2014 (Agence Europe) - Le Parlement européen a adopté, jeudi 13 mars, deux rapports relatifs aux activités de la 'troïka' (Commission européenne, BCE, FMI) dans les pays sous assistance financière, l'un de la commission économique du PE, le second de la commission des affaires sociales.

Les députés européens se rangent, certes, derrière une position commune sur la voie que devrait emprunter l'eurozone à l'avenir dans la résolution de crise budgétaire ; le débat en plénière sur ce dossier a, quant à lui, tourné au règlement de comptes entre la gauche et la droite, mercredi 12 mars.

L'Irlande et l'Espagne ayant quitté leur programme respectif (limité au secteur bancaire pour Madrid), le Portugal étant en route pour faire de même en mai et la Grèce montrant des premiers signes d'embellie, la Commission s'est trouvée confortée dans sa stratégie de sortie de crise. Le co-rapporteur pour la commission ECON, l'Autrichien Othmar Karas (PPE), a déclaré que la 'troïka' ne devait pas « être le bouc-émissaire pour les problèmes » puisqu'elle a « empêché un désastre ».

Alejandro Cercas (S&D, espagnol), qui a mené le rapport pour la commission des affaires sociales, a adopté une position opposée. Il a dénoncé un « tsunami social » provoqué par les politiques d'austérité. Dans son pays, s'il y a plusieurs années quelque 300 000 personnes se rendaient à la soupe populaire, elles sont aujourd'hui un million. En Grèce, une part significative de la population n'a plus accès aux soins de santé, un point qu'a aussi souligné Michèle Rivasi (Verts/ALE, française). M. Cercas a également cité le commissaire Olli Rehn, chargé des affaires économiques, qui a estimé à 10 ans le temps que prendrait le taux de chômage espagnol pour revenir à son niveau d'avant crise. De plus, aux yeux de M. Cercas, les statistiques irlandaises, qui montrent un taux de chômage en baisse, sont trompeuses. En effet, comme l'avait indiqué la Commission dans ses rapports de suivi, cette réduction témoigne davantage d'une baisse de la population active et de l'émigration que d'une progression de l'emploi.

Le groupe PPE, vu comme le garant de l'orthodoxie budgétaire, a accusé la gauche de faire « clairement campagne » pour les élections sur la 'troïka' via son compte Twitter. Lors du débat à Strasbourg, Regina Bastos (PPE, portugaise) a rappelé à sa compatriote Ana Gomez (S&D) « l'état dans lequel le gouvernement de gauche » avait laissé le Portugal, il y a quelques années. Sur Twitter, le groupe PPE a également souligné que les gouvernements de gauche avaient attendu « trop longtemps avant de solliciter une assistance financière », d'où des coûts sociaux plus élevés.

Le commissaire Rehn a expliqué que « les déséquilibres macroéconomiques qui ont rendu ces décisions nécessaires ont été accumulés dans la décennie ayant précédé la crise ». Il a rappelé que la stratégie poursuivie avait été basée sur « l'extension de la solidarité en échange de la solidité ». « L'enfer est pavé de bonnes intentions », a ironisé la Portugaise Marisa Matias (GUE/NGL).

Les députés libéraux de l'ADLE (parti de M. Rehn) Olle Schmidt (suédoise) et Sylvie Goulard (française) ont également estimé qu'il ne fallait pas tirer sur l'ambulance, Mme Goulard se félicitant tout de même du débat et du rapport, qui permettent selon elle de remettre un peu de démocratie.

Pour Liem Hoang Ngoc, (S&D, français), co-rédacteur du rapport de la commission ECON, les désaccords qui sont survenus au sein même de la 'troïka' face aux mesures à prendre démontrent qu'il y avait « plusieurs politiques possibles ». Certaines auraient pu rendre 'l'ajustement', manière pudique d'appeler les choses selon le Belge Philippe Lamberts (Verts/ALE), plus doux pour la population. M. Hong Ngoc a notamment cité le renflouement interne des banques à charge des créanciers seniors, au début du plan d'aide irlandais, préconisé par le FMI et refusé par la BCE, qui aurait permis un fardeau à porter plus léger pour le contribuable irlandais. Certains députés ont alors estimé que l'ardoise était partagée entre les différentes sensibilités politiques.

Malgré les divergences d'opinions apparentes, le PPE et le S&D sont tout de même parvenus à s'entendre en coulisse pour que le rapport final reste proche du compromis de la commission ECON. Ils ont ainsi barré la route à tous les amendements déposés par la GUE/NGL et les Verts/ALE.

FME. Pour rappel, le rapport de la commission ECON appelle à la création à long terme d'un Fonds monétaire européen (FME), évolution du Mécanisme européen de stabilité (MES) alors communautarisé (EUROPE 11025). S'il vaut mieux prévenir que guérir - la Commission ayant vu son arsenal de surveillance budgétaire
renforcé -, on concède au sein de l'institution qu'il est nécessaire d'avoir un mécanisme fort de résolution des crises car « tout ne se passe pas toujours comme prévu ». Au PE, on espère que ces travaux déboucheront sur des actions concrètes.

Le rapport ECON a été approuvé par 448 voix pour, 140 contre et 27 abstentions. Celui de la commission des affaires sociales a, quant à lui, recueilli 408 voix pour, 135 contre et 63 abstentions. (EL)

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