Bruxelles, 10/03/2014 (Agence Europe) - Pour la commissaire Neelie Kroes, responsable de la stratégie numérique, l'Europe ne peut s'isoler du reste du monde, ni ériger une forteresse dans le secteur numérique sous prétexte de devoir renforcer la protection de ses données. Présente au salon des technologies numériques CeBIT, qui s'est ouvert le 10 mars à Hanovre, la commissaire appelle les responsables européens à ne pas confondre « protection des données » et « protectionnisme sur les données » et à contrôler et protéger plutôt les intérêts de ses citoyens et de ses entreprises grâce à une collaboration renforcée avec tous les partenaires concernés, pour faire de l'Europe « l'espace le plus sécurisé de l'Internet ouvert ». Évoquant la rupture de confiance entre Européens et Américains suite des révélations d'espionnage de la NSA et concernant le programme américain PRISM, elle a déclaré: « Ériger des murs n'est pas la réponse à la question de la surveillance ! Nous pouvons protéger les personnes les plus vulnérables, comme les petits enfants sans vivre derrière un mur de données ».
Cette année, le salon CeBIT, inauguré par la chancelière allemande, Angela Merkel, en présence du Premier ministre britannique David Cameron, met en vedette le « Big Data », à savoir l'exploitation des données massives, et le « Cloud Computing », l'informatique « en nuage ». La question de la cybersécurité s'est immanquablement invitée dans les débats organisés dans le cadre de cet événement, puisque ces deux technologies émergentes impliquent un transfert de données avec le risque de voir des informations confidentielles interceptées et utilisées à mauvais escient. Sans une politique rigoureuse en matière de cybersécurité, ce marché émergent risque de ne jamais décoller par manque de confiance des consommateurs et des entreprises, estime la commissaire Kroes. Pour elle, la sécurité en ligne doit dès lors faire partie intégrante des modèles d'entreprise, « une habitude qui doit être aussi automatique que de fermer à clé sa porte d'entrée ». Ce manque de confiance est fondé, avec toujours plus de cyberattaques comptabilisées: Deutsche Telekom recense, par exemple, 800 000 attaques par jour sur ses réseaux, soit une moyenne de dix attaques par seconde. D'autre part, 93% des grandes entreprises et 75% des PME se disent sujettes aux cyberattaques. Des incidents qui peuvent coûter jusqu'à 50 millions d'euros chacun, a souligné la commissaire. Elle appelle à la « souveraineté européenne », où l'Union européenne contrôle elle-même ses données et prend ses responsabilités, mais avec l'idée de collaboration et de responsabilités partagées, qui ne mettent pas en péril l'innovation. Elle espère, dans cette optique, l'adoption cette année du projet de directive visant à assurer un niveau élevé commun de sécurité des réseaux de communication et des systèmes informatiques dans l'UE. La proposition est encore en discussion au Parlement européen et au Conseil des ministres. « Bougeons pour nous protéger avec quelque chose de plus que des slogans. Travaillons ensemble avec les meilleurs et les plus sûrs partenaires, en Europe et ailleurs », a conclu la commissaire. (IL).