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Bulletin Quotidien Europe N° 11025
Sommaire Publication complète Par article 29 / 29
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1037

*** MICHEL DEVOLUY: Comprendre le débat européen. Petit guide à l'usage des citoyens qui ne croient plus à l'Europe. Éditions Points (25 bd Romain-Rolland, F-75014 Paris. Internet: http://www.lecerclepoints.com ). Collection « Essais ». 2014, 159 p., 7 €. ISBN 978-2-7578-3659-0.

Il est des petits livres qui ne paient pas de mine mais qui valent de l'or. Celui-ci est particulièrement revigorant, de nature à réinsuffler des énergies positives chez des citoyens qui, plongés dans le marasme actuel, seraient enclins à s'en aller hurler avec les loups contre cette Europe source de tous nos maux. Titulaire d'une chaire Jean Monnet d'économie européenne et professeur émérite à l'Université de Strasbourg, Michel Dévoluy n'est pas de ceux qui acceptent de se résigner et qui nourrissent la rancœur qu'ils s'en iront exprimer dans les urnes en mai prochain. Avec ce petit guide dans lequel il déchiffre les problèmes et présente les enjeux en termes simples, à la portée du plus grand nombre, il invite tout au contraire les citoyens à se mobiliser et à aller aux bureaux de vote comme d'autres, avant eux, montaient de temps en temps aux barricades. « Le temps est venu de passer de l'eurocratie à la démocratie », lance-t-il dès l'entame de ce livre qu'il présente comme « le fruit de la raison et de l'optimisme ». Parce que « l'immobilisme ou les raccommodages » auxquels les princes qui dirigent l'Europe ont voué les citoyens « ne font que différer les problèmes », il invite à passer à autre chose sans plus tarder: « l'Europe politique, à tout le moins pour la zone euro, est la meilleure solution pour sortir par le haut des difficultés actuelles et pour préparer le futur ». Donc, il convient que le citoyen, par son vote de mai prochain, fasse le lit d'une Europe politique véritablement démocratique, tant il est vrai que l'Union ne peut plus « uniquement se reposer sur une élite pro-européenne ou sur des responsables politiques encapsulés dans leurs priorités nationales » si elle veut avoir une chance de s'en sortir.

Dans un premier chapitre, le Pr. Dévoluy s'attarde sur les changements requis pour qu'une majorité des citoyens puisse se réconcilier avec la construction européenne, à ce jour « incomplète, dominée par la doctrine néolibérale et insuffisamment démocratique ». Selon l'économiste, il faut avant tout revoir de fond en comble le modèle économique et social européen en ce qu'il met les États membres en situation de concurrence et fait donc le lit d'un insupportable « dumping fiscal et social ». D'où cette première prescription: « il faut passer de la concurrence débridée à plus de solidarité et de responsabilité collective en favorisant une convergence vers le haut des modèles économiques et sociaux des États membres ». Se trouvera-t-il quelqu'un pour contester la nécessité d'aller dans ce sens ? Dans la foulée, le Pr. Dévoluy absout les États membres: s'ils se sont fortement endettés, c'est moins « dû à leurs mauvaises gestions » qu'à la « grande récession » qui les frappe, les cures d'austérité étant, dès lors, inefficaces puisque c'est « le fonctionnement complet du système économique et financier européen qu'il convient d'interroger ». D'où ce diagnostic cinglant: la crise actuelle « prouve que la doctrine économique dominante met l'accent sur la stabilité monétaire et la rigueur budgétaire tout en se défiant de l'État-providence ; elle souligne la criante insuffisance d'intégration politique pour la zone euro ». Dans la foulée, l'auteur n'a pas de mots assez durs pour stigmatiser la « gestion prétendument fédérale de la grande récession » qui n'est rien d'autre qu'un fédéralisme par les règles qu'il appelle « fédéralisme tutélaire » et dont le résultat est patent et désolant puisque « les États de la zone euro perdent largement leur souveraineté budgétaire sans qu'on observe pour autant un transfert du pouvoir démocratique au niveau de l'Union ».

Il importe donc désormais que le citoyen monte aux créneaux pour « bâtir une société apaisée » en s'émancipant à la fois « de la doctrine néolibérale dominante » et « de l'emprise du Conseil européen », tant il est vrai qu'il est « probablement irréaliste d'attendre » que les chefs d'État et de gouvernement puissent être les pilotes à la manœuvre pour transférer leurs responsabilités vers l'Europe. D'où cette exhortation: « Pour être efficace et démocratique, la marche en avant pour parachever l'Union devra passer par une implication vigoureuse du Parlement européen et, surtout, s'appuyer sur une mobilisation citoyenne », faute de quoi il se vérifiera une fois encore qu'il faut que tout change pour que rien ne change… Pour que ce ne soit pas le cas, le Pr. Michel Dévoluy passe ensuite en revue les atouts dont dispose l'Europe avant d'appeler à une revivification démocratique et citoyenne de l'Europe, donc aussi à une rupture « avec l'emprise des technocrates », mais encore à une révision de l'architecture institutionnelle qui valorise le Parlement européen auprès des citoyens et limite le pouvoir - de nuisance - du pôle intergouvernemental. Il développe aussi « l'agenda » qu'il suggère de mettre en œuvre afin de bâtir, cette fois, « une Europe fédérée au service de ses citoyens », ce qui passera notamment par une « planification fédératrice », par l'émergence de partis et de syndicats européens, ainsi que par l'arrivée d'un « gouvernement européen issu d'un parlement élu ». Autant d'idées qui, à n'en pas douter, feront faire la grimace du côté des gouvernants. Pourtant, cette grimace-là ne serait-elle pas préférable à celle qui résultera d'une vague au mieux eurosceptique, au pire europhobe et destructrice ? Telle est la seule et vraie question à se poser aujourd'hui si l'on se veut un dirigeant politique… responsable !

Michel Theys

*** SOTIRIS DALIS: L'Union européenne et la gestion multilatérale de la mondialisation. Le monde multipolaire, l'Union européenne et la « divergence grecque ». Éditions Papazisi (2 Nikitara, GR-10678 Athènes. Tél.: (30-210) 3822496 - fax: 3809150 - Courriel: papazisi@otenet.gr - Internet: http://www.papazisi.gr ). 2013, 354 p., 23,43 €. ISBN 978-960-02-2873-1.

Maître de conférences en relations internationales au Département d'études méditerranéennes de l'Université de l'Égée, Sotiris Dalis développe un argument central tout au long de ce livre, à savoir que « l'Europe n'est pas le problème, c'est la solution ». Les nouveaux défis à relever qui sont apparus au cours des dernières années et les craintes qu'ils ont suscitées ont conduit la Grèce et ses dirigeants à se retrouver dans « l'obligation » d'inventer une nouvelle vie politique universelle qui soit à la hauteur des enjeux. Au fil de sa réflexion sur l'évolution de la politique et sur les crises qui affectent les démocraties ces dernières années, l'auteur manifeste un esprit critique, mais il continue à voir dans le projet de l'intégration politique européenne le moyen de garantir l'avenir non seulement de la Grèce, mais de l'Union européenne elle-même.

(AKa)

*** Fedechoses… pour le fédéralisme. Presse fédéraliste (Maison de l'Europe et des Européens, 242 rue Duguesclin, F-69003 Lyon. Internet: http://www.pressefederaliste.eu ). Décembre 2013, n° 162, 40 p.. Abonnement annuel: 30 €.

Tandis que le grognard du journalisme et du militantisme européens Jean-Pierre Gouzy stigmatise, dans son traditionnel « Billet », le « rôle subsidiaire » qui est réservé à la Commission européenne dans le texte intergouvernemental visant à établir une Union bancaire, y voyant « une rupture de l'équilibre institutionnel communautaire tel qu'il avait été conçu par Jean Monnet dès les années 1950 », la charge la plus sévère est menée, dans ce numéro, par Robert Toulemon sous le titre « Perseverare diabolicum ». Cet ancien directeur général de la Commission s'en prend s'en prend à son compatriote français Pierre de Boissieu qu'il accuse de poursuivre son combat afin d'écarter tout projet de réforme de l'Union qui soit « d'inspiration fédéraliste ou même tout simplement communautaire ». En cause, une note que l'ancien Représentant permanent français et ex-secrétaire général du Conseil a cosigné avec l'ancien commissaire Vitorino et, moins surprenant, l'ancien Représentant permanent britannique Wall pour défendre la thèse, accuse Toulemon, que « la seule légitimité serait celle des États ». Voilà qui s'inscrit bien « dans la tradition de la diplomatie française », se lamente Toulemon en observant que les trois compères redoutent « la politisation de la Commission » et répugnent, dès lors, à ce que le choix du président de la Commission fasse l'objet d'une campagne électorale. Dans le même esprit, le retraité aux aguets s'insurge aussi du fait que la note de Boissieu, tout en rendant hommage à la qualité du travail législatif du Parlement européen, « propose de l'affaiblir en lui substituant une Assemblée composée, pour l'essentiel, de délégués des parlements nationaux » pour le contrôle de la zone euro. Et de ponctuer sa philippique en émettant le vœu qu'il soit enfin procédé à une « véritable clarification des finalités de l'Union », le flou entretenu depuis plus de quarante ans conduisant à la régression, voire pire.

(MT)

*** DANIEL GUÉGUEN: Repenser le lobbying européen. Pact European Affairs (21 square de Meeûs, B-1050 Bruxelles. Tél.: (32-2) 2303868 - Courriel: info@pacteurope.eu). 2013, 89 p., 35 €. ISBN 978-2-9601271-1-9.

Daniel Guéguen est désormais un vétéran du lobbying dans la capitale de l'Europe. A l'entame de son dernier ouvrage, il explique qu'il a connu, en quarante ans de carrière, les « quatre âges du lobbying européen »: le lobbying diplomatique d'abord, puis le lobbying stratégique associé à la réalisation du Marché unique, le lobbying transversal qui a vu la société civile venir titiller l'influence des industries et, enfin, voici venu le temps du lobbying juridique avec le Traité de Lisbonne qui « modifie en profondeur » l'environnement institutionnel et oblige à « repenser le lobbying européen ». Sur la base de sa longue expérience et d'entretiens avec un panel de 75 professionnels et décideurs, il invite, dans cet ouvrage, à découvrir les faces cachées d'un dernier Traité qui « fourmille d'inconnues ». En débusquant celles-ci et en cherchant à voir « comment pénétrer l'opacité des nouvelles procédures de comitologie » ou « bloquer un acte délégué hostile », l'auteur donne des conseils pratiques pour adapter une stratégie de lobbying au nouveau paradigme institutionnel, que ce soit dans la phase pré-rédactionnelle ou rédactionnelle d'une législation européenne, dans la phase de l'adoption des actes de base - ce qui lui permet notamment d'affirmer que « la généralisation des trilogues court-circuite le Conseil et le Parlement en plénière » - ou enfin lorsqu'il s'agit des actes délégués et des actes d'exécution. En conclusion, l'auteur invite aussi les lobbyistes à se remettre en cause et soutenir l'idée d'une réglementation obligatoire du métier afin qu'ils puissent, eux « qui sont des sortes de mécaniciens de l'Europe », contribuer à ce que le processus de décision post-Lisbonne devienne plus transparent, démocratique et efficace.

(MT)

*** DIDIER GEORGAKAKIS, JAY ROWELL: The Field of Eurocracy. Mapping EU Actors and Professionals. Editions Palgrave Macmillan (Houndmills, Basingstoke, Hampshire RG21 6XS, UK. Tél.: (44-1256) 329242 - fax: 479476 - Internet: http://www.palgrave.com ). 2013, 296 p., 65 £. ISBN 978-1-137-29469-2.

Le terme « eurocratie » existe dans toutes les langues européennes. Mais au-delà des représentations fantasmées de la « bulle de Bruxelles », nous savons peu de choses sur les membres du Parlement européen, les commissaires, les fonctionnaires européens, les lobbyistes, les membres du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne, les syndicalistes européens, les diplomates et les journalistes qui travaillent à l'ombre des institutions européennes. Quelles sont leurs trajectoires sociales et professionnelles ? Quel est le type d'autorité qu'ils possèdent ? Se fondant sur des travaux de terrain, cet ouvrage écrit par deux spécialistes académiques - Didier Georgakakis est professeur de science politique à l'Université de Paris Panthéon-Sorbonne et Jay Rowell est directeur de recherche CNRS en sociologie politique à l'Université de Strasbourg - vise à apporter des réponses scientifiquement étayées à ces questions en s'appuyant sur la théorie de Pierre Bourdieu relative au domaine de la bureaucratie. Quarante-cinq ans après le livre « Les eurocrates » d'Altiero Spinelli, ce livre apporte un éclairage nouveau et très utile sur les structures relationnelles qui sous-tendent le fonctionnement du système politique de l'Union européenne.

(AKa)

*** ERIK AKSE: Influencing the Preparation of EU Legislation. A Practical Guide to Working with Impact Assessments. John Harper Publishing (27 Palace Gates Road, Londres N22 7BW, UK. Tél.: (44-1767) 604951 - Courriel: custserv@turpin-distribution.com - Internet: http://www.johnharperpublishing.co.uk ). 2013, 310 p., 65 €, 53 £. ISBN 978-0-9571501-4-0.

Nombreux sont les Européens, parfois même fort bien informés, qui pensent que l'Union européenne est « une sorte de monstre bureaucratique », ainsi que le résume le parlementaire européen néerlandais Jan Mulder dans sa préface à ce livre. Autre préfacier, Edmund Stoiber, ancien ministre-président de la Bavière, souligne qu'il serait à tout le moins utile de rectifier l'impression selon laquelle la Commission européenne concocterait ses propositions législatives retirée dans une tour d'ivoire peuplées de « je sais tout sur tout». D'où les éloges que celui qui préside le Groupe de haut niveau sur les charges administratives adresse à cet ouvrage qui met en perspective de manière exhaustive le système d'évaluation d'impact qui permet à tous ceux qui tomberont sous le coup d'une législation européenne de participer à son élaboration. Arpentant les couloirs des institutions européennes depuis trente ans, Erik Akse explique de manière très pédagogique d'où viennent ces analyses d'impact ont vu le jour, comment elles se sont imposées dans le processus décisionnel européen et la manière dont les parties prenantes doivent les aborder pour faire entendre au mieux leur point de vue et leurs intérêts. Des exemples et des conseils pratiques sont donnés à cette fin, l'auteur ponctuant cette belle présentation par quelques idées quant à la manière dont ce système pourrait être amélioré.

(PBo)

*** ERRATUM. Paul Collowald nous fait remarquer que, contrairement à ce qui a été écrit par Dario et Francesco Velo dans leur ouvrage « A Social Market Economy and European Economic Monetary Union » (voir la Bibliothèque européenne n° 11015/1035 du 11 février dernier), l'économiste Alfred Müller-Armack, inventeur du concept d'économie sociale de marché, n'était pas le ministre allemand des Affaires étrangères lors de la signature des Traités de Rome, cette fonction étant alors occupée dans le gouvernement Adenauer par Heinrich von Brentano.

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