Bruxelles, 24/02/2014 (Agence Europe) - L'éducation doit rester la priorité des États membres à court, moyen et long terme, ont souligné unanimement les ministres de l'Éducation des 28 États membres de l'UE, réunis en « Conseil Éducation », le 24 février à Bruxelles. Les ministres ont participé à un débat public sur les compétences et l'employabilité à la lumière des résultats des récentes enquêtes PISA (programme international pour le suivi des acquis des élèves) et PEICA (programme pour l'évaluation internationale des compétences des adultes) de l'OCDE. PISA mesure les résultats des élèves de 15 ans en lecture, mathématiques et en sciences, et PEICA produit des données comparables concernant les compétences des adultes. Ces deux enquêtes ont révélé des résultats disparates entre les États membres de l'UE et, en moyenne, plutôt médiocres par rapport aux pays d'Asie. L'exercice demandé aux États membres était une autocritique des résultats qu'ils ont obtenus à ces deux enquêtes et une analyse du bien-fondé des réformes qu'ils ont mises en route ces dernières années dans l'objectif d'améliorer les compétences des apprenants. « Ce fut un dialogue très constructif (…) Les initiatives de la Commission (européenne) montrent qu'on est sur la bonne voie. On a procédé à un échange de vues très intéressant sur les différentes mises en oeuvre dans les États membres, de leur propre initiative », a déclaré le ministre grec de l'Éducation et des Cultes, Konstantinos Arvanitopoulos. « Ce fut une discussion très vivante sur une question qui concerne tous les citoyens (…) Il faut donner les mêmes chances à tous les citoyens pour qu'ils soient des citoyens actifs », a ajouté la commissaire en charge de l'éducation et de la formation, Androulla Vassiliou. Le débat est venu alimenter des conclusions adoptées précédemment à l'unanimité sur l'amélioration des performances en matière de compétences, dans le cadre du Semestre européen 2014 (voir autre nouvelle).
À l'issue des échanges, plusieurs constats peuvent être dressés:
Investir plus n'est pas gage de succès. Si les ministres conviennent que des investissements sont nécessaires à la réforme des systèmes éducatifs, un financement massif ne mène pas automatiquement à des réformes de qualité. Quelques États membres ont investi massivement, mais n'ont enregistré que des résultats médiocres, a souligné Mme Vassiliou. « Il ne faut pas jeter l'argent par les fenêtres (…) Il faut bien l'utiliser, il faut d'abord comprendre ce qui se passe », a déclaré le ministre portugais. « Il faut investir là où c'est nécessaire », a ajouté le ministre lituanien.
Améliorer le système éducatif via la coopération. À défaut d'argent, les États membres (notamment les Pays-Bas, l'Allemagne, l'Autriche, la Suède, la Roumanie, la Bulgarie) appellent de leurs voeux une meilleure coopération et des échanges de bonnes pratiques qui, visiblement, donnent de bons résultats. L'Estonie l'a expérimenté en tissant une coopération plus étroite avec la Finlande, particulièrement performante, avec au final des résultats sensiblement meilleurs à la dernière enquête PISA par rapport à l'édition précédente, a commenté Mme Vassiliou. Plusieurs États membres (comme le Luxembourg et la Hongrie) ont toutefois mis en garde contre un « copier-coller » des pratiques performantes d'un autre État membre, qui pourrait ne pas s'avérer aussi efficace en raison de spécificités nationales différentes.
Lutter contre les inégalités liées à une immigration en hausse. Certains pays (Belgique, Luxembourg, Autriche) ont évoqué les difficultés rencontrées par le milieu scolaire pour parvenir à maintenir ou créer des systèmes égalitaires et performants alors qu'ils connaissent ces dernières années un afflux important de populations immigrées (intra et extra UE) qui ne maîtrisent pas la langue du pays d'accueil et dont les enfants ont besoin d'un soutien scolaire spécifique. Une réalité propice au maintien des écarts entre élèves performants et issus de milieux socialement aisés et élèves en échec, issus de milieux défavorisés et/ou immigrés, alors que les États membres se sont fixé comme objectif de parvenir à des systèmes égalitaires et accessibles à tous, avec l'ensemble de la population qui maîtrise les compétences de base.
Créer des passerelles entre le monde de l'enseignement et le monde de l'entreprise. Il y a un lien très net entre les compétences et le marché du travail ; il faut mettre l'accent sur le développement et l'acquisition de ces nouvelles compétences, l'objectif n'étant pas seulement l'excellence mais l'adéquation des compétences avec les exigences du marché du travail, a résumé le ministre grec Arvanitopoulos. La formation en alternance a été citée (notamment par l'Allemagne et l'Autriche) comme étant une option de choix pour garantir à la fois les compétences théoriques nécessaires et l'apprentissage sur le terrain.
Moderniser et améliorer l'attractivité de la formation professionnelle. Plusieurs pays ont évoqué les lacunes de la formation professionnelle, souvent considéré comme le « parent pauvre » du monde éducatif et la nécessité de réformer ce type d'enseignement. C'est le cas des Pays-Bas et de Malte.
Améliorer les compétences des enseignants. Le rôle des enseignants pour transmettre les compétences est unanimement reconnu. L'importance d'une formation continue pour les enseignants et d'une revalorisation de la profession est fondamentale, ont souligné plusieurs États membres (France, République tchèque, Hongrie, Suède, Chypre, Pologne). Un déficit de motivation chez les jeunes, comme l'a constaté la Finlande, peut être jugulé par des enseignants compétents, qui utilisent des méthodes d'apprentissage plus modernes et adaptées aux réalités.
Importance d'une scolarité précoce. Tous les États membres qui ont soulevé la question sont unanimes (parmi eux l'Allemagne, la Croatie, la Lettonie, la Pologne): scolariser les enfants dès leur plus jeune âge c'est leur donner des atouts supplémentaires pour réussir dans le futur.
Les résultats des débats seront communiqués par la présidence au Conseil européen de printemps qui se tiendra les 20 et 21 mars et figureront dans les rapports de synthèse des Conseils sectoriels directement concernés par la stratégie EUROPE 2020. (IL)