Sydney, 24/02/2014 (Agence Europe) - Les pays du G20 se sont fixé, le 23 février à Sydney, l'objectif d'augmenter la croissance mondiale de 2% supplémentaires par rapport aux prévisions d'ici à 2018.
« Nous allons développer des politiques ambitieuses mais réalistes dans le but d'augmenter notre PIB conjoint de plus de 2% au-dessus de la trajectoire induite par les politiques actuelles au cours des cinq prochaines années », souligne le communiqué des ministres des Finances et des gouverneurs des banques centrales. C'est la première fois que le G20 se fixe un objectif chiffré dans ce domaine alors que l'Allemagne ou l'Inde y étaient réticentes. Le FMI prévoit une croissance mondiale de 3,7% en 2014 et 3,9% en 2015.
Pour le Trésorier australien, Joe Hockey, atteindre un tel objectif permettrait de créer des dizaines de millions d'emplois supplémentaires et des activités équivalentes à 2 trillions de dollars (1,45 trillion d'euros) en termes réels. Environ 2,25 trillions selon la directrice du FMI, Christine Lagarde. Pour atteindre cette croissance, le G20 s'est engagé à appliquer des « mesures concrètes », y compris à travers des investissements, la stimulation du commerce et de la concurrence. « Des réformes structurelles vont être nécessaires dans chaque pays », a aussi reconnu M. Hockey. L'ensemble de ces actions servira de base au Plan d'action qu'adoptera le Sommet du G20 de Brisbane (14-15 novembre).
Sus à la suffisance. Mme Lagarde a estimé cet objectif « atteignable », alors que le ministre français de l'Économie, Pierre Moscovici, l'a considéré comme « très ambitieux mais surtout très réaliste ». « C'est utile mais, bien sûr, cela doit être soutenu par des réformes structurelles et des politiques macroéconomiques », a souligné le commissaire chargé de l'euro, Olli Rehn. Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, s'est, lui, montré plus modéré. « Les taux de croissance susceptibles d'être atteints résultent d'un processus très complexe », a-t-il expliqué, ajoutant que « le résultat de ce processus ne (pouvait) pas être garanti par des responsables politiques ».
Volatilité. Le 'G20 Finances' a rappelé l'importance que les banques centrales prennent en compte l'impact de leurs politiques ailleurs dans le monde, alors que le changement de cap progressif de la Réserve fédérale américaine (Fed) de sa politique monétaire accommodante a provoqué des turbulences dans plusieurs pays émergents. « Toutes nos banques centrales maintiennent leur engagement à ce que les paramètres de politique monétaire continueront à être soigneusement calibrés et clairement communiqués dans le cadre d'un échange continu d'informations et en étant conscientes de leurs impacts sur l'économie mondiale », souligne le communiqué du G20.
« Nous nous sommes engagés à développer la coopération et la communication entre les pays », a expliqué le ministre australien de l'Économie et des Finances. « Les banques centrales des pays avancés doivent poursuivre les objectifs de leur mandat intérieur mais elle ont l'intention de prendre en compte l'effet 'spillover' sur les autres pays et de le considérer dans leur mandat car ces effets peuvent avoir des effets sur leur économie », a indiqué le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, soulignant que ces banques vont être aussi prévisibles et transparentes que possible et dialogueront davantage pour que les pays ne soient pas pris par surprise et préparent leur ajustement. Il a ajouté que les pays émergents devaient renforcer leur résilience. « Dans certaines circonstances, les effets peuvent être supérieurs aux effets escomptés et, dans ce cas, le FMI doit être prêt à garantir qu'il n'y aura pas de pays emportés par des flux de capitaux qui seraient spéculatifs », a-t-il ajouté.
Si l'Indonésie et l'Afrique du Sud avaient demandé à la Fed, avant le G20, de mieux communiquer sur sa politique monétaire, les États-Unis, le Royaume-Uni et le FMI ont appelé les pays émergents à accélérer les réformes économiques.
Les ministres ont, par ailleurs, fait le point sur la réforme de l'architecture financière en réponse à la crise financière. Ils mettent notamment l'accent sur l'importance de mettre en oeuvre les mesures agréées telles que l'encadrement des marchés de produits dérivés. « La régulation financière reste une priorité de travail qui ne saurait s'arrêter. C'est extrêmement dangereux de penser qu'à un moment on peut freiner. Il faudra en permanence s'adapter », a prévenu M. Moscovici.
L'accent sur l'investissement. Le G20 s'est aussi engagé à faciliter les investissements, notamment lors du dîner du 22 février. « Nous nous engageons à créer un climat qui facilite les investissements, notamment dans les infrastructures et les petites et moyennes entreprises », souligne le communiqué. Selon les sources, entre 67 et 90 trillions de dollars australiens d'investissement seraient nécessaires d'ici à 2030, dans des secteurs tels que le transport ou l'énergie. Les ministres discuteront en avril à Washington de l'optimisation des capacités de prêts des banques multilatérales de développement sans augmentation de capital.
Réforme du FMI: les États-Unis pointés du doigt. Regrettant « profondément » que la réforme des quotes-parts (droits de vote des pays membres) du FMI et de la gouvernance convenue en 2010 ne soit toujours pas en vigueur et que la 15ème révision générale des quotes-parts n'ait pas été terminée en janvier 2014, le G20 exhorte les États-Unis à ratifier la réforme de 2010 avant avril en dépassant le blocage du Congrès américain. Mme Lagarde a appelé à des « progrès rapides » dans ce domaine. (CG)