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Bulletin Quotidien Europe N° 10932
Sommaire Publication complète Par article 36 / 36
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1018

*** GERARD BOSSUAT (sous la dir. de): La France, l'Europe et l'aide au développement. Des traités de Rome à nos jours. Comité pour l'histoire économique et financière de la France / Institut de la gestion publique et du développement économique (11 rue des Deux Communes, F-93558 Montreuil Cedex. Tél.: (33-1) 57534320 - Courriel: recherche.igpde@finances.gouv.fr - Internet: http://www.igpde.fr ). Collection "Histoire économique et financière de la France / Animation de la recherche". 2013, 257 p., 28 €. ISBN 978-2-11-129374-8.

Professeur émérite de l'Université de Cergy-Pontoise et chaire Jean Monnet ad personam d'histoire de l'unité européenne, Gérard Bossuat a assuré la direction scientifique d'un colloque organisé voici près de deux ans à l'occasion du 70ème anniversaire de l'Agence Française de développement et dont ce livre rend compte de manière très précieuse pour qui veut comprendre d'où vient la politique de coopération au développement de l'Union européenne. Ce sont, en l'occurrence, les origines extraordinairement françaises de cette politique, mais aussi ses formes et ses moyens au fil des décennies, ainsi que les motivations parfois contradictoires des de l'aide européenne au développement telle qu'elle a évolué au fil du temps qui sont mises à nu et décryptées dans ces pages où deux anciens acteurs de la Commission, Dieter Frisch et Bernard Petit, complètent utilement, par leurs témoignages, les exposés fouillés d'experts universitaires de haut vol.

L'ouvrage, comme le colloque, se décline selon une périodisation en trois temps. Le premier, celui des débuts, couvre la période allant de 1957 à 1975. C'est celle qui voit Partis littéralement imposer cette politique à ses partenaires allemands et néerlandais dans les traités de Rome et qui, ainsi que l'explique de manière minutieuse Véronique Dimier (Université libre de Bruxelles) dans sa contribution, en assure la gestion sans partage - en apparence du moins - à travers des fonctionnaires de l'administration coloniale française qui, parfois, passent par « Bruxelles » pour pouvoir continuer à servir leur idéal en Afrique francophone grâce à des fonds devenus, eux, un peu moins exclusivement français. A cette époque aussi, une part plus que substantielle des aides passe par les entreprises françaises, souvent seules présentes sur le terrain… Le deuxième temps, qui va de 1975 à 1995, est celui qui marque le début du déclin de la mainmise française puisque l'élargissement au Royaume-Uni ouvre l'aide communautaire aux anciennes colonies britanniques en Afrique subsaharienne, dans les Caraïbes et le Pacifique à travers les premiers accords de Lomé, sans compter qu'il remet bien vite en cause l'efficacité de l'aide européenne dispensée jusqu'alors sur la base des critères empiriques privilégiés par la vieille garde française et, personne ne s'en étonnera, le montant des contributions des États membres. L'un des apports de l'ouvrage réside toutefois dans la contribution qui voit Gordon Cumming (Université de Cardiff) montrer que, dans ce domaine en tout cas, Londres et la Commission européenne ont entretenu « une relation d'influence mutuelle et non un dialogue de sourds ». D'autres regards portent, dans cette deuxième partie, sur la naissance du dialogue Nord-Sud qui voit la Communauté tenter de s'affirmer comme interlocuteur des pays bénéficiaires et les conséquences de la montée en puissance de l'ordre néolibéral. Enfin, la troisième étape se cristallise autour de différents aspects - le moindre d'entre eux n'étant pas, bien évidemment, la création de l'Organisation mondiale du commerce avec sa remise en cause des préférences tarifaires… - prouvant, entre 1995 et 2010, la remise en cause de l'approche européenne du développement.

L'un des apports essentiels du livre est d'amener le lecteur à se départir d'une approche manichéenne des faits gravés dans les mémoires. Ainsi, l'économiste allemand Dieter Frisch, directeur général de la DG VIII - du temps où la Commission préférait les chiffres romains aux acronymes anglais… - de 1982 à 1993, rend hommage à certains de ses pairs français qui, pour avoir eu la haute main sur les questions de développement au Berlaymont comme le Corse Jacques Ferrandi, « pensaient bien agir dans l'intérêt commun de l'Europe » et nourrissaient un réel « souci d'autonomie par rapport à Paris ». Et ce vétéran de la cause européenne de saluer aussi les impulsions données, en la matière, par des personnalités françaises de la trempe de Claude Cheysson et d'Edgard Pisani. En clair, comme l'indique l'historienne Laure Quennouëlle-Corre (Université de Paris I Panthéon Sorbonne) dans ses conclusions générales, des Français et d'autres Européens ont appris, au sein de la DG VIII, « à se détacher de leur nation d'origine, à devenir des Européens », pour se placer « au service des intérêts des pays bénéficiaires ou de ceux de la Communauté européenne - et non de leur pays ». C'est grâce à eux que la Commission a pu devenir un acteur incontournable de l'aide au développement.

Michel Theys

*** L'Europe en formation. Revue d'études sur la construction européenne et le fédéralisme - Journal of Studies on European Integration and Federalism. Centre international de formation européenne (10 av. des Fleurs, F-06000 Nice. Tél.: (33-4) 93979397 - fax: 93979398 - Courriel: europe.formation@cife.eu - Internet: http://www.europeenformation.eu ). 2013, n° 367, 199 p., 20 €. Abonnement: 50 €. La diffusion de l'Europe en formation sur Internet est assurée par la plateforme de revues scientifiques électroniques Cairn.info à l'adresse http://www.cairn.info/revue-l-europe-en-formation.htm

Ce numéro de la revue lancée par Alexandre Marc, chantre du fédéralisme intégral, est tout entier consacré à la Turquie à l'occasion des 90 ans de la République fondée par Atatürk. Que reste-t-il de celle-ci ? Telle est l'une des questions qui trouve des réponses dans ce dossier très complet. A l'économiste Jean-Claude Vérez et à l'historien qui observent, dans leur introduction, que les actuels dirigeants turcs ne conçoivent plus leur pays « comme étant situé à la périphérie de l'Europe, mais comme centre de sa propre région, composée majoritairement de pays ayant fait partie de l'Empire ottoman », Thomas Volk répond qu'Ankara a cherché à peser sur les affaires du Moyen-Orient. Müge Aknur procède à une analyse critique des rapports entre autorités civiles et armée - ainsi que du parti pris de l'Union européenne en la matière - et Cemal Karakas fait de même à propos des influences croisées entre partis religieux et principes de la République, ce même si l'AKP s'est, selon ce chercheur au Peace Research Institute Frankfurt, éloigné d'une attitude pleinement démocratique. Pour sa part, Ayca Ince montre que la politique culturelle de la Turquie d'Erdogan n'est pas sans ressemblance avec la marche Mehter des janissaires qui avançaient de deux pas pour reculer ensuite d'un pas. Dans une perspective à plus long terme, l'évolution économique de la Turquie et ses perspectives comme pays de transit pour l'énergie font l'objet de deux autres contributions, deux Tribunes ponctuant le tout.

(MT)

*** HAKAN ÖZKAN: Quo vadis Türkei ? Zum Aufstieg der islamisch-konservativen Parteien in der Türkei und dessen Auswirkungen auf den EU-Beitrittsprozess. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Publications universitaires européennes / European University Studies ». 2013, 123 p., 17,95 €. ISBN 978-3-631-62592-7.

Dans ce livre qui prolonge une thèse, Hakan Özkan propose un plaidoyer pour l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. Selon lui, l'AKP au pouvoir depuis 2002 est un parti démocrate et conservateur qui poursuit le processus de rapprochement de la Turquie de l'Union tout en tenant les islamistes en échec. De par sa méthode, l'auteur fait preuve d'une rigueur certaine, contribuant à la clarté de l'ensemble: il présente et définit notamment les concepts de science politique utilisés ; il aborde sans tabou l'ensemble des problèmes et défis posés par une éventuelle adhésion de la Turquie: question de la démocratie en Turquie, de l'islamisation ou non de la société turque, de l'américanisation de l'Europe via le « cheval de Troie » turc, pour citer quelques exemples. Il est néanmoins dommage que certains points de vue sur des questions cruciales pour l'avenir de la Turquie et de l'Europe soient étayés par des arguments trop rapides.

(GLe)

*** BÜLENT UCAR (sous la dir. de): Islam im europäischen Kontext. Selbstwahrnehmungen und Außensichten. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Reihe für Osnabrücker Islamstudien", n° 9. 2013, 520 p., 59,95 €. ISBN 978-3-631-60709-1.

Cet ouvrage approfondit des questions abordées lors des cycles de conférences de la filière pédagogie de la religion musulmane de l'Université d'Osnabrück concernant l'islam en tant que religion et l'intégration des musulmans en Europe. Les contributions ont pour fil conducteur la problématique suivante: comment parvenir à une certaine unité des sociétés occidentales en y englobant la communauté musulmane à une époque de sécularisation et d'individualisme poussés de ces sociétés ? Les différents auteurs s'interrogent sur l'essence de l'islam, ainsi que sur sa compatibilité avec les normes sociales et juridiques en vigueur en Allemagne et en Europe en général. Afin d'apporter des réponses à ces questions, certains d'entre eux analysent la théologie musulmane, tandis que d'autres posent la question de l'évolution de l'islam dans des sociétés marquées par la chrétienté.

(GLe)

*** NICOLAS STÉFANSKI: Le processus d'adhésion de l'Islande à l'Union européenne. Centre de recherche et d'information socio-politiques (Crisp, 1A place Quetelet, B-1210 Bruxelles. Tél.: (32-2) 2110180 - fax: 2197934 - Courriel: info@crisp.be - Internet: http://www.crisp.be ). Collection "Courrier hebdomadaire", n° 2171. 2013, 45 p., 6,90 €.

Le 12 septembre dernier, le ministre islandais des Affaires étrangères a annoncé la mise d'un point final aux négociations d'adhésion de son pays avec l'Union européenne (voir EUROPE n° 10920 du vendredi 13 septembre, p. 13). Même si ce Courrier hebdomadaire a été bouclé avant cette annonce attendue, il n'en est pas moins utile pour comprendre les soubassements de cette décision. L'auteur y présente les dynamiques et les spécificités du système partisan islandais et les principaux partis du pays, avant de récapituler de manière succincte l'historique des rapports de l'Islande avec l'Europe communautaire depuis les années 50. Après avoir rappelé les causes économico-financières de la tentative de rapprochement, il analyse les causes politiques du ralentissement des négociations d'adhésion désormais transformé en rupture. (MT)

*** Revue de Droit Monégasque. Principauté de Monaco (Palais de Justice, BP 513, MC-98015 Monaco cedex. Tél.: (377) 98984241). 2013, n°12, 268 p., 30 €.

Couvrant les années 2011 et 2012, cette revue fait le point sur les évolutions en matière de doctrine et de législation enregistrées dans la Principauté, la jurisprudence étant ensuite présentée et commentée. On y trouve notamment une contribution que le Pr. Jean-François Renucci (Université de Nice Sophia-Antipolis) a consacrée aux exigences européennes relatives à la question des privations de liberté. La mondialisation du droit économique et financier et la protection juridique de la biodiversité figurent parmi les autres thèmes abordés. (MT)

*** ANTONIO MISSIROLI (sous la dir. de): Enabling the future. European military capabilities 2013-2025: challenges and avenues. Institut d'études de sécurité de l'Union européenne (100 av. de Suffrein, F-75015 Paris. Tél.: (33-1) 56891930 - fax: 56891931 - Courriel: info@iss.europa.eu - Internet: http://www.iss.europa.eu ). Collection « ISS Report », n° 16. 2013, 69 p..

A la demande du président du président du Comité militaire de l'Union européenne, l'Institut d'études de sécurité de cette dernière a été chargé de préparer, en prévision du Conseil européen qui traitera des questions de défense en décembre prochain, une étude sur les capacités militaires de l'Union européenne qui contienne « d'éventuelles options et idées suscitant la réflexion pour l'avenir de la coopération européenne en matière de défense ». Ainsi que l'explique Antonio Missiroli, patron de l'Institut, dans son avant-propos, cette invitation a été ressentie comme « l'occasion de discuter ouvertement des succès et des échecs de la dernière décennie (depuis que l'Union a commencé à lancer ses propres opérations de paix), d'évaluer honnêtement l'état actuel de la situation et, surtout, d' »envisager ce qui pourrait être réalisé au cours de la prochaine décennie ». A cette fin, l'Institut a institué une petite Task Force dont le rapport est repris dans ces pages, la plume ayant été tenue par James Rogers (département des études politiques et stratégique au Collège de défense balte de Tartu, en Estonie) et le chercheur Andrea Gilli. Tour à tour, l'étude fait le point sur l'état de la situation, discerne les tendances stratégiques émergentes et envisage cinq scénarios possibles pour l'avenir: celui de la consolidation qui entrainerait une réduction coordonnée des capacités redondantes et obsolètes ; celui de l'optimisation qui verrait les forces armées agir dans un cadre commun ; celui de l'innovation en vue d'améliorer la technologie ; celui d'un renforcement de la régionalisation et, enfin, celui qui consisterait à effectuer des pas supplémentaires vers plus d'intégration. Pour les auteurs, ces scénarios ne s'excluent pas les uns les autres. Et aux bonnes âmes qui pourraient se lamenter des pertes de souveraineté que chacun d'eux pourrait entraîner, les auteurs de l'étude rétorquent avec fermeté que « les Europes sont déjà en train de perdre en souveraineté en ne consolidant pas, en n'optimisant pas, en n'innovant pas, en ne régionalisant pas et n'en intégrant pas leurs capacités militaires ». Certaines vérités sont toujours bonnes à dire, fussent-elles déplaisantes à entendre pour certaines oreilles ! (PBo)

*** EUISS Yearbook of European Security YES 2013. Documents, Facts, Figures, Maps 2011-2012. Institut d'études de sécurité de l'Union européenne (voir coordonnées supra). 2013, 363 p.. ISBN 978-92-9198-224-0.

L'Institut d'études de sécurité de l'Union européenne avait pris l'habitude de publier sur une base annuelle des documents officiels illustrant le développement et la mise en œuvre de la Politique européenne de sécurité et de défense. Avec ce livre qui couvre les années 2011 et 2012, il persiste et signe en élargissant son angle d'attaque à une chronologie des faits pertinents et à une sélection de données chiffrées, ainsi qu'à des « cartes mentales » pour expliquer comment l'avenir se prépare.

(PBo)

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