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Bulletin Quotidien Europe N° 10868
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Turquie, Grèce, chômage des jeunes: l'UE doit éviter la démagogie

La démagogie est un instrument facile. Il faut la maîtriser. Dans certaines limites, elle est acceptable et compréhensible, parfois même utile. Mais son rôle a été peut-être exagéré la semaine dernière dans quelques dossiers européens. Voici trois cas dans lesquels l'Europe ne doit pas tomber dans le piège démagogique.

Turquie: accepter la réalité. Premier sujet, l'affaire turque. Certaines institutions européennes attribuent davantage d'importance à faire connaître leurs réactions sur l'évolution de la situation interne en Turquie, qu'à évaluer ses répercussions sur les relations UE/Turquie. Il est normal que le Parlement européen s'indigne de ces événements qu'il désapprouve, et il a aussi la tâche de protester en défense des grands principes. Mais il serait peut-être utile d'évaluer les répercussions de l'attitude du gouvernement turc sur les relations avec l'UE, en soulevant les vraies questions. Par exemple: est-il encore utile de continuer à parler de la Turquie comme d'un candidat à l'adhésion ? Ne serait-il pas plus opportun, et plus courageux, d'évaluer si cette candidature est encore d'actualité ? Et de s'exprimer sur les relations souhaitables et possibles entre UE et Turquie, en donnant comme acquis que l'adhésion est devenue une fiction dialectique ? Si je ne me trompe pas, aucune voix en ce sens ne se fait entendre au sein du PE.

En Turquie, la majorité parlementaire des forces musulmanes est, et restera, solide. L'adhésion étant donc à écarter, la coopération Europe/Turquie reste évidemment utile et inéluctable. Le Parlement européen pourrait prendre acte de cette situation et en discuter, au lieu de se limiter à des résolutions faciles, qui provoquent les réactions insultantes d'Ankara, citées dans notre bulletin n° 10867.

Au nom de l'UE officielle, Catherine Ashton a déclaré que ce n'est pas le moment d'isoler la Turquie, mais de poursuivre le rapprochement réciproque. L'UE doit abandonner l'illusion de l'adhésion et préparer l'incontournable coopération. Il est vrai qu'à mon avis une formule alternative existe, mais c'est plutôt un rêve. J'en parlerai un jour si le projet de coopération échoue.

Grèce: rhétorique excessive. La décision du Premier ministre grec, Antonis Samaras, de suspendre d'un seul coup le 11 juin l'activité de la télévision publique ERT, a provoqué une avalanche de protestations et de solidarité. Partout en Europe, c'est l'indignation. Mais on a ensuite appris que: - le nombre des employés d'ERT était supérieur à 2 600 ; - de nombreux postes étaient attribués par les dirigeants à des amis politiques, qui occupent ainsi des places bien payées et peu exigeantes comme horaire de travail ; - malgré ces chiffres, des reportages étaient commandés à des sociétés privées ; - les trois chaînes d'ERT avaient moins de 15% des parts d'audience, les téléspectateurs préférant les programmes des réseaux privés. En résumé: ERT était un symbole de corruption et de clientélisme.

M. Samaras n'a jamais dit qu'il entendait supprimer ERT, mais il veut la relancer sur des bases moins grandioses et mieux contrôlées ; les anciens salariés pourront être candidats pour la nouvelle ERT. Son initiative se situe parmi les efforts indispensables pour que la Grèce remplisse les conditions de maintien dans la zone euro. Ou certains estiment peut-être que même la télévision grecque doit être à la charge de l'UE. Si les protestations conduisent M. Samaras à faire, du moins en partie, marche arrière, la Grèce aura une chance de moins de remplir les conditions pour rester dans la zone euro.

Chômage des jeunes: quoi de nouveau ? La rencontre qui vient de se dérouler à Rome entre les ministres des Finances et les ministres des Affaires sociales d'Allemagne, de France, d'Italie et d'Espagne a permis des échanges de vues sans doute intéressants sur la lutte contre le chômage des jeunes et a lancé des idées qui pourront être reprises par le Sommet des 27 et 28 juin. Il s'agit surtout d'augmenter les financements européens et d'y impliquer davantage la BEI, en vue de résultats à moyen terme (voir notre bulletin n° 10867). À suivre.

Les travaux qui avaient précédé la réunion romaine étaient davantage axés sur le fonctionnement concret des programmes allemands qui préparent de jeunes Espagnols à occuper des emplois durables en Allemagne (voir cette rubrique dans les bulletins 10861 et 10864). On avait ainsi eu l'impression positive de projets déjà opérationnels et de résultats rapides, alors que le débat de Rome est apparu plus abstrait et institutionnel, avec comme objectif prioritaire le recours au budget communautaire. Le risque est toujours le même: que les financements soient trop utilisés pour études, réunions, débats et programmes. Il est impératif de se rapprocher de mesures concrètes qui fonctionnent sur le terrain. (FR)

 

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