Paris, 27/05/2013 (Agence Europe) - Les Vingt-sept doivent profiter du Sommet européen de juin pour donner un coup de fouet au processus de renforcement de l'Union économique et monétaire (UEM), ont estimé plusieurs protagonistes d'un débat sur l'avenir de la zone euro organisé conjointement par la Fondation Jean-Jaurès et la Fondation européenne des études progressistes (FEPS), samedi 25 mai à Paris.
Stefano Fassina, ministre italien adjoint de l'Économie et des Finances, a estimé que l'UE ne disposait plus de « beaucoup de temps pour montrer aux citoyens que l'Europe produit quelque chose de positif » dans leur vie quotidienne. Même son de cloche du côté espagnol. « On ne peut pas attendre les élections allemandes » (septembre 2013) pour avancer, a prévenu Diego López Garrido, député du parti socialiste ouvrier espagnol. Une idée serait alors de définir « un 'paquet minimum' à faire tout de suite » comme l'assainissement définitif du système bancaire, a estimé Jean Pisani-Ferry, commissaire général à la stratégie et à la prospective du gouvernement français, et ancien directeur du think tank Bruegel.
Comme l'a souligné son compatriote Pierre Moscovici, ministre de l'Économie, l'union bancaire sur laquelle travaille en ce moment l'UE aura un impact direct sur la croissance. Il a pris un exemple concret pour illustrer la fragmentation actuelle du système bancaire. « Une PME italienne n'a pas la même capacité de développement qu'une PME allemande, car elle paye plus cher son financement ». « Nous devons parachever l'union bancaire avec une ambition intacte, tant sur le fond que sur le calendrier », a-t-il encore estimé, ajoutant que les traités actuels permettent « largement » d'agir.
Une Europe sociale ? Pour le président du Parlement européen, Martin Schulz, il ne faut pas se contenter de sauver les banques, mais montrer aux citoyens que l'Union européenne est le seul niveau de pouvoir d'où la réponse à leurs problèmes quotidiens peut émaner. Il a, par ailleurs, vu d'un mauvais œil le fait qu'un État qui investit dans l'emploi des jeunes et qui, du coup, creuse sa dette souveraine, « soit puni » pour cela. « Les jeunes n'ont-ils pas la même 'pertinence systémique' que les banques » pour lesquelles il est également déjà arrivé que les pays s'endettent ?, s'est-il interrogé.
Le député européen Frédéric Daerden (S&D, belge) est allé plus loin. Il a plaidé, comme son homologue française Catherine Trautmann, pour que certaines dépenses d'investissement ne soient pas uniquement considérées comme des dépenses creusant le déficit public au regard du Pacte de stabilité. Mais, pour Martin Schulz, le problème est ailleurs. À ses yeux, les institutions européennes ne doivent pas « être uniquement capables d'intervenir dans les déficits » des États. M. Moscovici a abondé dans ce sens: « L'Europe doit apparaître comme une solution et non comme une punition » et la croissance constituer « une promesse implicite » que l'UE se doit de tenir. C'est pourquoi il faut mettre un terme au « règne sans partage de l'austérité », a-t-il insisté. Et de saluer l'initiative de la Commission d'accorder plus de temps à certains pays, comme la France, pour remettre de l'ordre dans leurs comptes (voir autre nouvelle).
En plus de ce changement, toutefois relatif, de stratégie, Bernadette Ségol, secrétaire générale de la Confédération européenne des syndicats (CES), a appelé à l'établissement d'indicateurs sociaux sur lesquels devrait s'appuyer la Commission européenne pour ses analyses et recommandations économiques dans le cadre du processus budgétaire 'Semestre européen'. « Cessons de ne parler que de déséquilibres macroéconomiques », a également demandé Pervenche Berès (S&D, française), présidente de la commission 'Emploi et Affaires sociales' au PE. « On oublie trop souvent les indicateurs sociaux, et ils sont tout aussi insoutenables », a-t-elle considéré. En plus de ces indicateurs, l'UE doit se doter de standards sociaux, selon Frédéric Daerden. La question d'un salaire et d'allocations de chômage minimums a plusieurs fois été citée.
L'Europe est parfois perçue comme un « ogre qui dévore ses enfants », a encore regretté M. Moscovici, pour qui l'accent doit être mis sur le chômage des jeunes, en y allouant, pourquoi pas, les ressources dégagées grâce à l'instauration de la taxe sur les transactions financières (TTF). À la poubelle, l'idée conjointe du président de la Commission, José Manuel Barroso, et du commissaire chargé de l'euro, Olli Rehn, de favoriser la migration des jeunes. Toutefois, pour Mme Berès, la libre circulation des personnes est certes importante mais pas « comme une réponse à la crise ». Il faut « recréer une capacité de vivre et travailler au pays », a-t-elle estimé.
Une Europe démocratiquement légitime ? Se concentrer sur le volet économique ne serait pas suffisant, pour Massimo D'Alema, président de la FEPS, pour qui la crise de l'euro est avant tout politique. Un point positif est que la zone euro n'est déjà plus sujette à une crise existentielle, pour M. Moscovici, mais pour faire face à la crise, il faut « améliorer la gouvernance », ce qui nécessite « une nouvelle étape d'intégration », matérialisée par une véritable union politique. « Nous nous laissons deux ans pour y parvenir », a-t-il ajouté. Une étape préalable pourrait être de renforcer les structures existantes, comme l'Eurogroupe, en adossant un président permanent à la zone euro, et en créant au sein du PE une instance tenue de légiférer en parallèle à l'Eurogroupe sur les sujets économiques propres à la zone euro.
Selon M. Schulz, le Mécanisme européen de Stabilité (MES), fonds permanent de sauvetage de la zone euro, devrait se voir accorder une licence bancaire, qui lui permettrait de se financer directement auprès de la BCE. Cela « mérite d'être dans le débat », a estimé M. Moscovici, qui a, par ailleurs, souligné l'importance de marquer un accord en juin pour permettre au MES de recapitaliser directement une banque afin de casser le cercle vicieux entre crise bancaire et endettement public. Le ministre français a également vu d'un bon œil de doter, à terme, la zone euro d'une capacité budgétaire propre.
En parallèle, il y a de la place pour faire des progrès lorsqu'il s'agit de doter l'UE d'une véritable légitimité démocratique, en rendant plus transparent le processus décisionnel. M. Schulz a plaidé pour une approche purement communautaire, où les trois institutions de l'UE décident sur un pied d'égalité, et non intergouvernementale, via le Conseil de l'UE et le Conseil européen, « où vingt-sept chefs d'État et de gouvernement décident à huis clos et à l'unanimité ».
La 'troïka' (Commission européenne, BCE, FMI), « qui apparaît comme le vecteur le plus efficace » pour faire face à la crise, est contraire « à nos fondamentaux démocratiques », s'est inquiétée Mme Berès. Or, à ses yeux, ce n'est pas en tournant le dos à ces fondamentaux que « l'on pourra sortir de la crise ». Elle n'a d'ailleurs pas été la seule à voir d'un mauvais œil les contrats que la Commission propose de passer avec les États pour s'assurer de la mise en œuvre de réformes structurelles et qui pourraient être assortis d'une aide financière. Ces 'troïka' « molles » mèneront, selon elle, à l'établissement d'une « démocratie censitaire », où « ceux qui savent décident à la place des autres ». M. D'Alema a, pour sa part, estimé que cela revenait à une logique « où les États doivent faire leurs devoirs » et où la Commission sanctionne les mauvais élèves.
Rôle de la BCE. Toutes les institutions auront leur rôle à jouer, et la BCE n'y coupera pas, « l'obsession unique de la stabilité des prix » de l'Institut de Francfort semblant un peu « réductrice », selon Mme Trautmann. « La BCE n'est pas monomaniaque » a nuancé M. Schulz, suivi par M. Moscovici qui a vu d'un bon œil les propos de son président, Mario Draghi, qui a promis de tout faire pour garantir la stabilité financière. « Cela a été important qu'il ait déclaré que sauver la zone euro faisait partie intégrante de la mission de la BCE », a-t-il estimé. (EL)