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Bulletin Quotidien Europe N° 10816
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Les négociations sur l'avenir de la construction européenne sont relancées

Enseignements des péripéties chypriotes. L'affaire de Chypre étant bien ou mal arrangée, d'autres aspects bien plus importants de l'activité communautaire reprennent la priorité, avec en tête la mise au point du cadre financier 2014-2020 qui déterminera l'avenir de la construction européenne.

Les péripéties chypriotes ont apporté leur part d'enseignements. Elles ont permis de clarifier et de confirmer plusieurs principes dont notamment: 1) les banques sont responsables de leur comportement et elles doivent en accepter les conséquences ; 2) les autorités nationales qui ont permis la transformation de leur pays en une sorte de paradis fiscal doivent redresser la barre ; 3) les dépôts modestes sont garantis, mais les déposants spéculatifs doivent partager les pertes. Si Chypre n'avait pas accepté le compromis final, la Banque centrale européenne (BCE) aurait suspendu ses versements, et Chypre aurait dû sortir de l'euro et revenir à la monnaie nationale. La Turquie lui avait déjà proposé d'entrer dans la zone monétaire turque…

Je rappelle que la négociation finale de Bruxelles avait été conduite par le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, et que les interlocuteurs du Premier ministre chypriote étaient Mario Draghi (Banque centrale européenne) et Christine Lagarde (FMI), avec la participation de José Manuel Barroso (Commission européenne), Les ministres des Finances (Eurogroupe) ont ensuite avalisé le résultat.

Les critiques parallèles parfois virulentes envers l'attitude de la zone euro et envers l'Allemagne en particulier me paraissent injustifiées. Le soutien de la zone euro à Chypre correspond quand même presque aux deux tiers du déficit à couvrir et il représente le maximum que le pays serait en mesure de rembourser, ce qui est indispensable pour faire partie de cette zone. Dans ce contexte, le rapport entre la situation grecque et celle de Chypre n'est pas clair. Tout indique que des liens étroits existent entre les banques des deux pays, mais les répercussions de ces liens restent, pour moi, dans l'ombre.

Disciplines bancaires indispensables. Le cas chypriote étant réglé, le dossier des banques peut à nouveau être vu dans son aspect global. Notre bulletin rend compte régulièrement des nouvelles disciplines que l'UE définit progressivement dans ce domaine et, à la fin de la semaine dernière (n° 10812), il a annoncé l'accord final entre Parlement et Conseil sur le plafond des bonus des dirigeants ; il reste à savoir si le Royaume-Uni votera contre cette mesure. Une large partie des nouvelles règles bancaires entrera en vigueur au début de l'année prochaine, si bien qu'un parlementaire allemand a pu déclarer: « L 'Europe sera un peu plus juste en 2014. » L'aspect des bonus est le plus visible, mais n'est qu'une des règles qui selon la phrase habile de Michel Barnier « renforceront la capacité des banquiers à gérer correctement les risques liés à leur activité ».

Certes, l'activité bancaire est irremplaçable ; c'est justement la raison pour laquelle elle doit être soigneusement réglementée et contrôlée. Un parlementaire européen a qualifié la situation de « monstre bancaire ». J'ajouterais: « Et on est en train de le changer. »

De plusieurs côtés, on souligne que les événements de Chypre devraient accélérer la construction de la véritable Union bancaire dans l'UE. Elle est en cours d'élaboration, on le sait, mais les étapes sont lentes et les réticences de certaines catégories de banques sont très vives, avec des soutiens dans quelques capitales, non seulement à Londres, où d'ailleurs les bonus distribués par Barcklays (plus d'un million de livres par tête à 428 banquiers, l'année dernière) ont suscité quelques remous. Pour cet aspect bonus, les négociateurs du Parlement et du Conseil ont défini l'accord il y a quelques semaines. Le Parlement votera en plénière prochainement, et quelques retouches au texte pourraient être introduites, mais une majorité favorable paraît acquise.

Même l'opinion publique réagit. Le cas des bonus n'est qu'un aspect de la discipline bancaire. Mais le moment paraît favorable pour agir, car même les opinions publiques s'agitent. Un tour d'horizon publié ce mercredi utilise des termes très forts tels que: Les banquiers à la recherche de l'honneur perdu, ou bien, Les banquiers ne font plus leur métier. Cette rubrique y reviendra.

Ma conclusion générale, la voici: la fin de l'affaire chypriote doit relancer les négociations Parlement/Conseil sur le nouveau cadre financier de l'UE qui devra, au-delà des chiffres, redéfinir les politiques communes (politique agricole, sur laquelle les discussions sont très vives ; politique de cohésion, essentielle pour plusieurs États membres). On entre dans une phase nouvelle. Derrière le scepticisme sur l'avenir de l'Europe se cache souvent la défense d'intérêts pas toujours nobles.

(FR)

 

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