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Bulletin Quotidien Europe N° 10812
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Le problème de Chypre: confrontation des positions et quelques remarques

Trois tendances dominantes. Une recommandation aux lecteurs pour commencer: si vous n'avez pas beaucoup de temps, n'essayez pas de connaître toutes les positions sur l'affaire des banques chypriotes. Les opinions sont tellement variées et divergentes qu'il est difficile d'effectuer un tour d'horizon exhaustif. Je ne me réfère pas aux opinions des commentateurs mais, surtout, des protagonistes eux-mêmes. J'essaye de résumer par des exemples les trois tendances dominantes.

La Russie, capitaliste convaincue. L'interview donnée à Moscou par le Premier ministre russe, Dmitri Medvedev, est particulièrement sévère, voire presqu'insultante, à l'égard de l'attitude de l'UE. À son avis, la confiscation des dépôts bancaires à Chypre est une décision qui n'a pas de précédents: elle rappelle les mesures soviétiques analogues d'antan et dans notre siècle le droit de propriété doit être respecté. Il prévient que la Russie pourrait dénoncer une vraie confiscation. Ces jeudi et vendredi, M. Medvedev rencontre la Commission européenne et il espère que les événements de Chypre n'influenceront pas de manière négative les relations UE/Russie. Il a rappelé que son pays est membre du FMI et qu'il est facile de ne pas respecter les règles financières internationales, mais que pour rétablir ensuite la confiance il faut des années. Aux journalistes qui lui font remarquer que les capitaux russes à Chypre constituent surtout un blanchiment d'argent, il a demandé que l'Europe l'en informe, car la Russie veut la transparence: c'est dans son intérêt.

L'UE est la seule coupable. La deuxième position attribue toutes les responsabilités à l'UE. Je cite Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef du quotidien Le Soir de Bruxelles. Elle a écrit: « Ceux qui ont fauté sont les instances européennes qui ont validé à l'unanimité un plan d'action qui torpille la confiance dans la zone euro et dans la capacité des dirigeants européens à respecter leur parole. » Elle mentionne le commissaire Olli Rehn, qui fait la leçon à ceux qui ne respectent pas les règles, et l'Eurogroupe, qui réunit 17 ministres des Finances: ce qu'ils ont fait « est déjà considéré comme un cas d'école, illustrant la manière dont il ne faut pas gérer des problèmes financiers ». Mme Delvaux évoque aussi le mea culpa du président du Conseil européen, M. Van Rompuy: « Nous avons vu Chypre bâtir un modèle insoutenable et nous n'avons pas réagi. » Et elle conclut: « La véritable menace qui plane sur le futur de l'Europe n'est pas monétaire: c'est son manque total de gouvernance. »

Changer l'UE. La troisième position n'attaque pas l'UE en elle-même, mais certaines tendances politiques en son sein. C'est logique, car c'est un parlementaire européen qui s'exprime, l'écologiste Philippe Lamberts. Il estime que l'UE a laissé se développer « un monstre fiscal et bancaire. Lorsque des monstres bancaires se développent, tant que les choses vont bien on dit que c'est bon pour l'économie (…) Pour tout ce qui touche au secteur bancaire ou à la fiscalité, l'UE est régie par le principe du chacun pour soi (…) En vertu de la souveraineté fiscale - c'est-à-dire la règle de l'unanimité en ces matières - on ne fait rien (…) Le Parlement européen n'est pas compétent en ce domaine et il n'y a aucune volonté des ministres des Finances de faire quelque chose ». M. Lamberts reconnaît que des décisions ont été prises dans ces matières (à propos des bonus des banquiers) et qu'une réglementation entrera en vigueur en 2015 sur la transparence des banques ; mais le Parlement européen a dû faire lourdement pression pour faire accepter ces règles futures. Quant à la décision de l'Eurogroupe sur le plan pour Chypre, M. Lamberts est explicite: « Je ne me souviens pas d'un acte politique de dirigeants européens faisant preuve d'une telle irresponsabilité. On a touché au principal pilier sur lequel repose la confiance des citoyens dans le système bancaire européen. »

Responsabilité des banques. À titre personnel, j'ajoute quelques remarques. J'ai l'impression que les prises de position citées oublient de manière incompréhensible les responsabilités des banques chypriotes elles-mêmes. Pour attirer des dépôts souvent douteux en provenance de Russie et d'ailleurs, les deux banques principales versaient des intérêts allant jusqu'à 5% (avec d'autres avantages), bien éloignés du comportement des banques sérieuses. Pourquoi les établissements chypriotes ne seraient-ils pas responsables de leur comportement ? On dirait presque qu'ils sont les victimes. Pourquoi les autres pays de l'UE devraient-ils assumer le coût total du comportement des banques irresponsables ? Un soutien à Chypre ? Évidemment. La sauvegarde des dépôts de petite envergure ? D'accord. Mais le cautionnement total du comportement des banques ne me paraît aucunement justifié. C'est un sujet de caractère général qui méritera d'être approfondi.

(FR)

 

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