Bruxelles, 18/03/2013 (Agence Europe) - On pensait l'accord sur le plan d'aide chypriote bouclé, mais c'était sans compter sur le peu de chances que le deal conclu avec la zone euro et le FMI avait d'être entériné à Nicosie (EUROPE n° 10808). Les autorités chypriotes ont entrepris, lundi 18 mars, de travailler à une pilule moins amère à avaler pour les détenteurs de comptes dans les banques chypriotes, en répartissant l'effort différemment entre les déposants. Il était prévu que les Dix-sept rediscutent du plan d'aide chypriote lundi soir, par téléconférence, après que l'Euro working group eut également tenu une réunion sur le sujet.
L'accord passé dans la nuit de vendredi à samedi prévoyait de taxer les dépôts à 6,75% en deçà de 100 000 euros et de 9,9% au-delà de ce seuil, afin de lever 5,8 milliards d'euros et ainsi diminuer l'enveloppe de la zone euro et du FMI à 10 milliards d'euros, un montant qui représente déjà 55% du PIB annuel.
Le parlement chypriote était appelé à se prononcer sur cette taxe pendant le week-end mais cela a été postposé à ce mardi 19 mars. Selon une source chypriote, il n'y avait pas de consensus « même au sein de la coalition gouvernementale » pour avaliser la taxe telle qu'elle. S'il est communément admis qu'en empruntant les 17 milliards initiaux (l'équivalent de la richesse annuelle de l'île), la dette chypriote aurait atteint des niveaux insoutenables, la volonté de Nicosie est toutefois de protéger les petits épargnants au maximum. La Banque centrale européenne, mais également la Commission ainsi que certains gouvernements, notamment français, ont envoyé un signal positif lundi en estimant qu'il était aux mains des Chypriotes de décider comment répartir l'effort, aussi longtemps que le montant levé au final reste de 5,8 milliards d'euros.
Une des propositions sur la table serait de taxer à 3% les dépôts (ou de ne pas les taxer du tout) jusque 100 000 euros, de 10% les dépôts compris entre 100 000 et 500 000 euros et de 12% les dépôts au-delà de ce seuil. Difficile de dire si c'est effectivement cette proposition qui sera retenue. Le souci est bien de présenter une proposition « qui a une chance de passer au parlement national », a souligné la même source chypriote.
Les taux et seuils retenus par l'Eurogroupe seraient toutefois une proposition chypriote, a relevé une autre source européenne. Même son de cloche du côté du ministre allemand des Finances, Wolfgang Schaüble, qui a déclaré dimanche que ceux qui ont décidé « de cette solution sont le gouvernement chypriote, la Commission européenne et la Banque centrale européenne ». « Nous aurions évidemment respecté la garantie des dépôts pour les comptes jusqu'à 100 000 euros », a-t-il encore affirmé.
La zone euro a insisté sur le caractère exceptionnel de cette mesure, compte tenu de la nature des problèmes chypriotes. Car avec un secteur bancaire plus de cinq fois supérieur à la taille de son économie, l'île s'endette principalement pour recapitaliser ses banques. À hauteur de dix milliards, selon une source proche des négociations.
Moscou monte au créneau contre le plan de sauvetage. Le ministre chypriote des Finances, Michalis Sarris, avait estimé qu'un accord conclu avec l'eurozone, les négociations avec la Russie pour obtenir un assouplissement des conditions du prêt de 2,5 milliards accordés en 2011 en seraient facilitées. Mais le ministre russe des Finances, Anton Silouanov, cité par Reuters, a déploré que la zone euro ait décidé d'imposer une taxe sans avoir au préalable consulté son gouvernement. « Nous étions d'accord avec l'eurozone pour coordonner nos actions », a-t-il déclaré. Et d'ajouter que Moscou examinerait la demande chypriote concernant le prêt à la lumière de cette décision unilatérale de la zone euro. De son côté, le Premier ministre, Dimitri Medvedev, a qualifié la taxe sur les dépôts de « confiscation de fonds étrangers », la taxe touchant également les non résidents, dont une grande partie de Russes. Les succursales des banques chypriotes à l'étranger ne seront quant à elle pas touchées par cette taxe. M. Sarris devait s'entretenir téléphoniquement avec son homologue russe, lundi, avant de se rendre en personne à Moscou mercredi.
Peu d'éloges de la sphère politique. L'ancien président de l'Eurogroupe, le Premier ministre Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, a estimé lundi à Vienne que le plan sur lequel les Dix-sept se sont mis d'accord « présente des lacunes » et a craint une rupture de confiance « non seulement des banques, mais aussi des citoyens ». Sharon Bowles (ADLE/ britannique) qui dirige la commission des Affaires économiques au Parlement européen, a de son côté qualifié l'accord de « désastre pour les règles européennes et le marché unique ». De leur côté, craintives, les banques chypriotes resteront fermées jusque jeudi. (EL)