Bruxelles, 27/02/2013 (Agence Europe) - La Commission européenne a interdit, le 27 février, le rachat de la compagnie aérienne irlandaise Aer Lingus par la compagnie à bas prix Ryanair, confirmant ainsi ce qu'elle avait laissé entendre à cette dernière au début du mois (EUROPE n° 10784). Cette concentration entre les deux principales compagnies opérant au départ de l'Irlande, aurait abouti, selon elle, à un véritable monopole sur les 46 liaisons aériennes sur lesquelles Ryanair et Aer Lingus sont actuellement en concurrence, ce qui aurait réduit le choix pour les passagers et induit une augmentation des prix. Ella a jugé insatisfaisantes les mesures correctives proposées par Ryanair (EUROPE n° 10779) pour remédier à cette situation.
En prenant cette décision négative, la deuxième depuis son refus pour des raisons similaires, en 2007, d'une première tentative d'achat d'Aer Lingus par Ryanair (EUROPE n° 9456), la Commission a tenu compte du poids encore plus important acquis par les deux compagnies depuis cette date sur les liaisons au départ et à destination de l'Irlande: leur part de marché cumulée est passée de 80% à 87% et le nombre de ces liaisons qu'elles exploitent en concurrence est passé de 35 à 46. À l'issue de l'opération, Ryanair aurait détenu un véritable monopole sur 28 d'entre elles, alors que sur 11 autres elle aurait subi une concurrence limitée des compagnies charter. Sur les 7 restantes, elle aurait maintenu un avantage décisif sur ses concurrentes assurant des services réguliers, du fait que celles-ci dirigent les passagers en transit vers leurs propres aéroports pivots (ex. Heathrow pour British Airways), alors que Ryanair et Aer Lingus, avec une position prédominante sur ce marché, sont les seules à assurer des liaisons point à point avec les aéroports irlandais. Enfin l'enquête a confirmé des barrières élevées à l'entrée, du fait, notamment, de la très forte position occupée par Ryanair et Air Lingus en Irlande: aucun nouvel opérateur n'aurait pu entrer sur ce marché après la concentration et être en mesure de concurrencer la nouvelle entité sur une échelle suffisante en établissant une base dans les aéroports irlandais.
Ryanair a proposé des mesures correctives (EUROPE n° 10779) au cours de la procédure en s'engageant notamment à céder à Flybe les activités d'Aer Lingus sur 43 des liaisons aériennes que toutes deux exploitent et à renoncer, au profit d'IAG/British Airways, aux créneaux de décollage et d'atterrissage sur les aéroports londoniens, de sorte qu'IAG/British Airways aurait opéré sur trois liaisons (Dublin-Londres, Shannon-Londres et Cork-Londres). Flybe et IAG s'engageaient à exploiter les liaisons concernées pendant trois ans. Des cessions supplémentaires de créneaux sur les liaisons entre Londres et l'Irlande ont également été proposées.
La Commission a jugé ces mesures insuffisantes en raison de la portée et de l'ampleur des problèmes de concurrence posés par l'opération. Elle a constaté notamment que Flybe n'était pas un acquéreur satisfaisant, capable d'exercer une concurrence suffisante face à l'entité issue de la concentration. Il est apparu en effet improbable qu'elle soit bénéficiaire sur les 43 liaisons, qu'elle ait l'assise financière suffisante pour compenser d'éventuelles pertes et qu'elle ait l'expérience suffisante en matière de gestion de l'entreprise et du réseau. Par ailleurs, IAG/British Airways n'aurait pas exercé une contrainte suffisante sur l'entité issue de la concentration et aurait peu de raisons de continuer d'exploiter les liaisons aériennes concernées au-delà de trois ans. De plus, le doute subsistait quant au fait que les engagements proposés pouvaient effectivement être mis en place en temps utile, et qu'ils fonctionnent dans la pratique et sur une période prolongée. (FG)