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Bulletin Quotidien Europe N° 10794
ÉCONOMIE - FINANCES / (ae) italie

La formation d'un gouvernement stable est souhaitée au plus vite

Bruxelles, 26/02/2013 (Agence Europe) - Les réactions des marchés et de différents responsables européens se sont multipliées au vu des résultats des élections législatives en Italie, les 24 et 25 février, et de la perspective d'une instabilité politique prolongée dans le pays en raison de l'impossibilité de former à cout terme un gouvernement, capable de poursuivre les réformes structurelles entreprises depuis quinze mois par le gouvernement de Mario Monti pour assainir les finances de la troisième économie de la zone euro.

La coalition de centre-gauche menée par Pierluigi Bersani, pro-européenne et soutenant ces réformes, obtient en effet la majorité à la Chambre (340 sièges sur 630 au moment d'aller sous presse), mais se voit devancée au Sénat par la coalition de centre-droit de Silvio Berlusconi, très critique envers les mesures (notamment fiscales) mises en œuvre par son successeur pour répondre aux exigences de l'Europe et des marchés et bien décidée à les remettre en cause en grande partie. Le vrai vainqueur du scrutin semble être le mouvement Cinque Stelle de l'ex comique Beppe Grillo, qui, surfant sur le mécontentement provoqué par la récession économique et la hausse du chômage, a axé sa campagne sur la stigmatisation de la classe politique en général et le rejet des mesures d'austérité prônées par le gouvernement Monti et l'Europe. Son mouvement devient ainsi la première formation politique italienne, avec plus de 29% des voix, et se dit bien décidé à faire obstacle à un éventuel gouvernement de super-coalition centre-gauche/centre-droit, constitué pour débloquer la situation. La coalition de Mario Monti se voit, elle, confinée a une place marginale avec moins de 10% des voix dans les deux Chambres, un signe ultérieur du rejet par l'opinion des politiques d'austérité.

L'inconnue qui résulte de cette situation a immédiatement provoqué une baisse généralisée des principales places financières européennes et une remontée quasi instantanée des taux d'intérêt sur la dette italienne à dix ans (à 4,7%) et du spread avec les Bunds allemands (à 337 points), montrant son impact quasi automatique sur l'ensemble de la zone euro et l'UE en général. Pour sa part, la Commission européenne a essayé de calmer le jeu en réaffirmant, par la voix de son porte-parole, son soutien à l'Italie et sa confiance en la capacité du futur gouvernement de mettre en œuvre les engagements souscrits par le pays pour réduire ses déficits et une dette devenue « insoutenable ». Face aux critiques de l'inefficacité de la politique d'austérité recommandée par l'Europe à l'Italie pour maintenir ces engagements (augmentation de la dette, chute de l'emploi et croissance atone) et à son rejet exprimé par le vote protestataire en faveur de Beppe Grillo et de Berlusconi, la Commission répond en excluant tout changement de cap: « Ces réformes sont nécessaires et doivent être réalisées maintenant... plus on les reporte, plus la facture à payer par l'Italie sera élevée », ajoutant toutefois qu'à côté de l'austérité, l'Europe offre aussi de nombreux soutiens (le porte-parole a mentionné les financements pour les jeunes, les fonds structurels, les aides pour les PME et l'industrie).

Le président du Parlement européen, Martin Schulz, a lui aussi insisté sur les dangers de l'instabilité résultant de ces élections: « Nous avons besoin d'un gouvernement stable dans l'un des États membres les plus importants de l'UE. L'Italie est un membre du G8, la quatrième économie de Union et l'un des piliers de la zone euro, donc ce qui arrive en Italie nous affecte tous. » Il a incité à prendre très au sérieux partout en Europe la protestation exprimée par beaucoup d'Italiens contre des mesures qui, dans le débat public, sont considérées comme imposées par l'Union européenne. « Nous devons prendre très au sérieux ce 'jeu de blâme' qui veut que l'efficacité et les succès viennent toujours des gouvernements nationaux et les échecs viennent toujours de Bruxelles, ce qui n'est pas vrai, mais c'est comme cela que c'est perçu dans l'opinion. » Hannes Swoboda, président du groupe S&D au PE a, lui aussi mis en garde contre ce danger: « Les élections italiennes suivent un modèle que nous avons vu à l'œuvre partout en Europe: partout les citoyens montrent leur déception face aux mesures d'austérité et leur perte d'espoir dans le futur... la première priorité pour l'Italie est maintenant de former une coalition de gouvernement stable qui puisse assurer le retour à la croissance économique, à l'emploi et à des conditions de vie décentes pour tous les Italiens. » Le président du groupe ADLE au PE, Guy Verhofstadt a incité, lui, les dirigeants européens à tirer les leçons du scrutin italien: « La discipline budgétaire est absolument nécessaire mais ne saurait être la seule réponse face à la crise... L'Union européenne a une part de responsabilité dans ces résultats électoraux, car elle n'a pas répondu aux demandes d'aide répétées de Mario Monti afin d'abaisser les taux d'intérêt qui grèvent une dette souveraine déjà énorme. Une caisse européenne d'amortissement de la dette souveraine ou une certaine forme de mutualisation partielle de la dette dans la zone euro aurait réduit la charge d'intérêts de manière plus substantielle. »

Dans ses prévisions économiques, la Commission européenne prévoit une nouvelle année de récession en Italie avec une chute du PIB de 1% en 2013 après une diminution de 2,2% en 2012 (EUROPE n° 10792). La croissance sur base annuelle devrait être de retour en 2014 avec une augmentation du PIB italien de 0,8%. En matière de déficit public, Rome devrait avoir ramené ses finances publiques sous la barre des 3% en 2012 (2,9%) et poursuivre son assainissement en 2013 (2,1%). La Commission estime que le pays devrait atteindre une position budgétaire hors service de la dette à l'équilibre en 2012. Il a appelé les autorités italiennes à maintenir cette trajectoire afin de réduire le stock de dette proche de 2000 milliards d'euros, le plus élevé de l'Eurozone. (FG/MB)

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