login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 10766
ACTION EXTÉRIEURE / (ae) mali

La mission de formation est en place - déploiement à décider le 12 février

Bruxelles,17/01/2013 (Agence Europe) - La mise en place de la mission de formation et de restructuration de l'armée malienne (EUTM Mali) est l'avancée majeure de la réunion extraordinaire sur le Mali qui a mobilisé, le 17 janvier à Bruxelles, les ministres des Affaires étrangères de l'UE sur convocation urgente de Catherine Ashton, la Haute représentante pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité de l'UE pour adopter un plan d'action (EUROPE n°10765 ). Cette session a eu lieu au lendemain d'une prise d'otages sur un site gazier exploité par BP en Algérie, en représailles à l'intervention militaire française, et sur fond d'intervention militaire pour libérer les otages (britanniques et français notamment, voir autre nouvelle).

La décision formelle du Conseil de l'UE d'instaurer la mission EUTM Mali et de nommer le général de brigade français François Lecointre, commandant de cette mission PSDC, répond à la dernière promesse faite par l'UE d'accélérer la planification d'EUTM Mali depuis l'intervention militaire de la France, l'opération SERVAL, en réponse à l'appel à l'aide lancé par le Mali ayant précipité les choses. Elle permettra au chef de la mission de se rendre sur le terrain dès cette semaine pour procéder à l'évaluation des besoins. Pour le déploiement de cette mission chargée de fournir une formation militaire et du conseil aux forces armées maliennes, dans le cadre des résolution du Conseil de sécurité (2071 et 2085) et en réponse à la requête directe des autorités maliennes à l'UE, il faudra néanmoins attendre une autre décision dont l'adoption est prévue le 12 février lors du prochain Conseil Affaires étrangères.

Au-delà de cette décision formelle, cette réunion extraordinaire a permis à l'UE de condamner les actions de groupes terroristes à l'encontre des forces armées maliennes, d'exprimer son soutien aux efforts de la région et de la communauté internationale pour aider le Mali à reconquérir son intégrité territoriale et à conjurer la menace que font peser les groupes djihadistes et terroristes du Nord sur sa propre sécurité, celle de la région et du monde entier conformément aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies. Cette réunion a également permis aux 27 de saluer unanimement la réponse rapide de la France, soutenue par l'aide logistique d'une dizaine d'autres États membres (dont l'Italie, le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Belgique) et d'avoir un dialogue constructif avec le ministre des Affaires étrangères malien, Tieman Hubert Coulibaly. Ce dernier a été assuré du plein soutien de l'UE, ce dont il s'est félicité, même si aucun autre État membre que la France n'a prévu à ce stade d'engager des troupes. L'Union européenne a toutefois appelé instamment les autorités maliennes à adopter et mettre en œuvre le plus rapidement possible la feuille de route visant à rétablir la démocratie et l'ordre constitutionnel au Mali et assuré dans des conclusions unanimes sa disponibilité à founir un appui financier et logistique à la force internationale sous conduite africaine, comme a accroître rapidement son aide humanitaire.

De l'avis de Catherine Ashton, ce Conseil a souligné « l'urgence d'accélérer la coopération internationale » et a permis aux 27 de se mettre d'accord sur des mesures concrètes comme l'établissement de l'EUTM Mali, l'accélération de la MISMA, le renforcement de l'aide humanitaire pour laquelle 93 milllions d'euros ont déjà été mobilisés. Tout ce que fait l'UE est « en cohérence avec sa stratégique holistique pour le Sahel », région pour laquelle un représentant spécial va être nommé. Et à ceux qui font observer que la France est seule, Mme Ashton répond: « La France est un acteur majeur de la Stratégie Sahel. Une action militaire était nécessaire. L'UE a comme rôle de soutenir la France dans cette opération. La France a agi comme il fallait pour répondre à une requête du président malien. Plusieurs pays se sont dit prêts à apporter leur appui, et l'aspect militaire n'est pas exclu. » De l'avis du ministre français, Laurent Fabius, « les Français sont les précurseurs. Il est possible que les troupes de combat d'autres États se joignent aux Français ». C'est ce qu'il a déclaré à la presse sans citer de pays.

« Nous avons fait le point sur la situation et défini quelles pourraient être les perspectives en termes militaires et politiques. Aujourdhui, il faut mobiliser la communauté internationale tout entière pour venir en aide au Mali », a déclaré à la presse le ministre malien, parlant des djihadistes alliés à Al Qaida et des narcotraficants comme d'une « menace pour la paix et la stabilité pour son pays, la région, pour le monde ». Et d'ajouter: « Ce n'est pas une question touareg. Au quotidien, les touaregs font fonctionner le pays. C'est la réponse au terrorisme, aux narcotraficants qui se cache derrière le prétexte religieux », a-t-il précisé. « Je suis venu requérir [ des Européens: NDLR]leur soutien et leur engagement pour la mission EUTM Mali, l'aide humanitaire et la reprise de l'aide budgétaire. Bien entendu, il revient au Mali de soumettre sa feuille de route à l'Assemblée nationale et de la publier. C'est une condition qui a été posée et nous entendons bien la remplir », a encore déclaré à la presse le ministre Coulibaly. Et d'assurer que cette feuille de route pour le retour à l'intégrité territoriale du Mali et l'organisation d'élections devant conduire à « un nouveau pouvoir » est « déjà rédigée » et « sera publiée dans les prochains jours ». À un journaliste qui lui demandait s'il était satisfait de la réponse de l'UE, M. Coulibaly a répondu: « Toute la CEDEAO met des troupes. Tout le monde ne peut pas se battre, il faut de la logistique. Je suis entièrement satisfait. » Le déploiement de la MISMA va commencer en fin de semaine, puisque le sommet de la CEDEAO qui aura lieu samedi 19 avril à Abidjan, précédé par un conseil de paix et de sécurité qui permettra de mettre en route le plan opérationnel, a-t-il indiqué.

Dans ses conclusions, le Conseil souligne que l'UE soutient le déploiement rapide de la MISMA (Mission internationale de soutien au Mali sous conduite africaine) en réitérant sa disponiblité à fournir rapidement une aide financière sur les fonds disponibles de la Facilité africaine de Paix. La Haute représentante est à cette fin invitée à accélérer les préparatifs pour la mobilisation de ces fonds pour un appui financier et logitique, en étroite relation avec l'Union africaine et la CEDEAO, afin que des propositions opérationnelles puissent être soumises au Conseil en urgence.

Le Conseil appelle à la tenue dans les meilleurs délais d'une conférence des donateurs pour appuyer, aux plans logistique et financier, le déploiement de la MISMA et invite Mme Ashton à définir les modalités de la participation de l'UE à cette conférence.

EUTM Mali sera adaptée. Le coût estimé de la mission EUTM Mali est de 12,3 millions d'euros pour la durée de son mandat de 5 ans.

Son état-major sera installé à Bamako et la formation se déroulera au nord-est de la capitale. Face à l'évolution rapide de la situation au Mali, la mission EUTM sera adaptée, mais elle ne changera pas d'objectif, ni véritablement d'ampleur. Il s'agit de procéder à une « reconstruction urgente de l'armée malienne », selon les termes employés par le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, à l'issue du Conseil extraordinaire. Comme cela avait été planifié avant, il s'agit toujours de former quatre bataillons (2 600 hommes), sur les huit existants, de l'armée malienne. Parallèlement, la mission consistera à fournir des conseils et une assistance au ministère malien de la Défense, ainsi qu'à la structure de commandement de l'armée malienne. La tâche va s'avérer toutefois plus complexe, non seulement à cause de l'état dans lequel se trouve cette armée, mais surtout parce que les troupes maliennes combattent à l'heure actuelle aux côtés des forces françaises. Un système de rotation pourrait être ainsi mis en place pour les bataillons maliens, combiné avec des modules d'entraînement spécialisé, afin de combler certaines lacunes jugées particulièrement critiques dans le contexte actuel (soutien logistique et médical, renforcement des structures de commandement et de communication). Quant à la localisation de la mission, c'est maintenant au général Lecointre qu'incombe la tâche de déterminer l'endroit qui sera le plus adéquat.

L'effectif de la mission devrait correspondre à environ 500 soldats, dont 250 formateurs et conseillers militaires, une compagnie de protection (150 soldats), le personnel de commandement, de soutien logistique et de soutien médical (un hôpital de campagne pourrait être déployé). Les détails quant à la répartition des contributions en personnels par État membre de l'UE ne sont pas encore entièrement déterminés. Une conférence dite de « génération de force » doit avoir lieu « dans les prochains jours », a indiqué à EUROPE une source européenne, en marge du Conseil. Mais, au cours des derniers jours, plusieurs gouvernements ont d'ores et déjà annoncé vouloir participer à la mission EUTM Mali, alors qu'ils se montraient plutôt réticents auparavant. Ainsi, le Royaume-Uni devrait envoyer deux conseillers militaires, au côté de 40 à 50 militaires espagnols. Par ailleurs, Chypre, Pologne, France, Italie, Allemagne, Estonie, Slovénie, Hongrie, Suède et Belgique devraient suivre.

Une des questions actuellement à l'étude est de déterminer s'il ne faudrait pas augmenter le dispositif de protection. Celui-ci pourrait passer jusqu'à plus de 200 soldats pour protéger les conseillers et les formateurs européens. Le statut de l'ensemble des forces (responsabilité civile et pénale) va bientôt être négocié avec les autorités maliennes. En effet, le Conseil a approuvé jeudi 17 janvier le mandat de négociation sur l'accord SOFA (Status of forces). Le budget de la mission est estimé à 12 millions d'euros pour un déploiement de quinze mois. Toutefois, la ligne de crédit pourrait devoir s'allonger, si une décision sur le renforcement de l'effectif de protection est prise. (AN/JK)

Sommaire

ACTION EXTÉRIEURE
INSTITUTIONNEL
ÉCONOMIE - FINANCES
POLITIQUES SECTORIELLES
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN
COUR DE JUSTICE DE L'UE