*** La paix au rabais: comment l'Union européenne renforce les colonies israéliennes. Centre Tricontinental (CETRI, 5 av. Sainte Gertrude, B-1348 Louvain-la-Neuve. Tél.: (32-10) 489560 -
fax: 489569 - Courriel: diffusion@cetri.be - Internet: http://www.cetri.be ). 2012, 35 p..
Jusqu'à présent, la Bibliothèque européenne n'a parlé aux lecteurs de l'Agence Europe que de livres et de revues, de supports papier bien concrets, qui traitaient d'une manière ou d'une autre de l'Europe telle qu'elle se construit et agit. En raison de l'apparente irrésistible montée en puissance des livres électroniques et autres tablettes, sans doute faudra-t-il qu'elle change un jour ou l'autre sa philosophie et s'ouvre à ce nouveau mode d'édition. Mais là n'est pas ce qui motive le choix de ce « papier de tête »: c'est l'actualité chaude, avec la trêve précaire qui a succédé à la dernière flambée militaire entre Israël et la bande de Gaza, qui incite à placer en exergue ce rapport électronique. Ce sont aussi les accusations lourdement étayées qui sont lancées dans ces pages contre l'hypocrisie et la complaisance de l'Union européenne et de ses États membres - certains plus que d'autres... - par des organisations humanitaires, religieuses, de développement, de défense des droits humains et de consolidation de la paix.
Dans son avant-propos, Hans van den Broek, ancien ministre néerlandais des Affaires étrangères et commissaire européen aux Relations extérieures de 1993 (quelques mois avant la signature des Accords d'Oslo entre Arafat et Rabin sous l'égide de Bill Clinton) à 1999 juge que « la politique incessante de colonisation que mène Israël en Cisjordanie et à Jérusalem-Est » est l'une des raisons principale, pour ne pas dire « la raison déterminante », de l'absence d'évolution positive au Proche-Orient, cette expansion illégale au regard du droit international menaçant « la viabilité d'une solution fondée sur la coexistence de deux États et, par là même, la concrétisation de la paix à proprement parler ». Depuis le terrain où elles opèrent, les ONG qui signent le rapport montrent bien, en effet, que les gouvernements israéliens successifs ont, en autorisant la multiplication des colonies, établi en Cisjordanie un « système discriminatoire à deux vitesses », les colons bénéficiant de tous les droits et privilèges attachés à la citoyenneté israélienne, tandis que les Palestiniens sont, eux, soumis aux « lois militaires israéliennes qui les privent de leurs droits fondamentaux ». A titre d'exemple, les déplacements des Palestiniens en Cisjordanie et leur accès aux services de base, notamment aux hôpitaux, restent entravés par plus de 540 obstacles à la circulation, là où les colons bénéficient de routes qui leur sont réservées. Pire, Israël surexploite les ressources hydriques de la Cisjordanie au point, parfois, de limiter drastiquement la capacité des Palestiniens à cultiver leurs propres terres.
Sans doute certaines bonnes âmes jugeront-elles que cette situation est triste mais que l'Europe n'y est pour rien. Erreur ! Alors que l'Union européenne condamne depuis toujours les colonisations et refuse officiellement de reconnaître Israël hors de ses frontières d'avant 1967, y compris concernant Jérusalem, les Européens se gardent bien, accuse Hans van den Broek, de passer des paroles aux actes: « A ce jour, nous nous sommes abstenus d'exploiter notre important effet de levier politique et économique vis-à-vis d'Israël pour juguler sur le terrain les développements qui vont à l'encontre de nos valeurs fondamentales et portent atteinte à nos intérêts stratégiques ». Et cette abstention revêt même parfois les atours de la complicité mercantile la plus éhontée: d'après un dernier rapport de la Banque mondiale, le volume des importations de l'Union en provenance des colonies illégales (et des 500 000 personnes qui y vivent) est de 230 millions d'euros par an là où il n'est que de… 15 millions d'euros pour les quatre millions de Palestiniens ! Pire, tout en confirmant que les colonies ne font pas partie d'Israël, l'Union accepte les produits qui en proviennent estampillés comme « fabriqué en Israël », ce qui valide ainsi l'extension de la souveraineté d'Israël sur les territoires occupés et conduit les consommateurs européens à soutenir à leur insu les colonies et les violations des droits humains qui y sont associées. Et ne parlons même pas des firmes européennes qui y opèrent toute honte bue…
Faut-il s'y résigner ? Ce n'est certainement pas l'intention des ONG signataires du rapport qui ponctuent celui-ci par des recommandations adressées aux gouvernements nationaux et à l'Union. Ainsi, elles proposent notamment de suivre l'exemple du Danemark et du Royaume-Uni qui imposent que les produits issus des colonies soient dument étiquetés, mais aussi d'aller plus loin en dissuadant les entreprises d'acheter tout produit de cette origine. Dans le même esprit, il est proposé que les colonies soient exclues des relations qui lient l'Union et ses États membres à Israël. Ce sont quelques idées parmi d'autres pour ce combat qui, outre qu'il soit légitime, est aussi, ainsi que l'explique Hans van den Broek, une manière d'entretenir l'espoir pour tous: « ces mesures, qui visent uniquement les colonies illégales situées en dehors des frontières reconnues d'Israël, ne représentent pas un programme hostile à Israël. Au contraire, le maintien de la solution fondée sur la coexistence de deux États (…) devrait être considéré comme une contribution à la sécurité et à la légitimité d'Israël ».
Michel Theys
*** BIRTE WASSENBERG, GIOVANNI FALEG (sous la dir. de): Europe and the Middle East. The hour of the EU ? Presses Interuniversitaires Européennes - Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Euroclio", n° 63. 2012, 147 p., 20,70 €. ISBN 978-90-5201-828-7.
Cet ouvrage reprend les actes du 3ème Forum académique sur la sécurité européenne qui a été organisé à l'Institut d'études européenne de Strasbourg en 2010, les contributions ayant été depuis actualisées et enrichies. Il offre un aperçu des défis que l'Union européenne doit relever au Moyen-Orient et, en même temps, des réalisations et déficiences de sa politique étrangère qui font que le rôle des Vingt-sept dans la région reste un verre à moitié vide. La première partie du livre est consacrée à l'implication des Européens dans le conflit israélo-arabe depuis 1967, ce qui amène notamment le Pr. Rory Miller (King's College de Londres) à confirmer que jeter son poids économique dans la balance n'a nullement permis à l'Union de cesser d'être un « pygmée politique ». Sans le démentir, Amnon Aran (maître de conférences à la City University de Londres) n'en estime pas moins que l'énigme proche-orientale actuelle offre peut-être à l'Europe l'opportunité d'amener Israéliens et Palestiniens à opter pour des tractations diplomatiques multilatérales et régionales plutôt que de persévérer dans les impasses bilatérales. La deuxième partie voit, elle, deux auteurs étudier de manière critique les relations entre l'Union et l'Iran. Ainsi, le chercheur Amir Kamel montre que les sanctions imposées par les Vingt-sept afin que Téhéran ne se dote pas de l'arme nucléaire arrivent trop tard, l'Iran ayant déjà capitalisé sur les besoins croissants de l'Union en termes énergétiques pour développer sa technologie nucléaire. Spécialiste du domaine de l'énergie, Antonio Dai Pra considère tout au contraire que l'énergie pourrait être une manière, pour l'Union, de nouer un partenariat avec l'Iran qui puisse conduire à l'émergence d'une nouvelle élite pro-occidentale à Téhéran. La troisième partie voit trois autres auteurs analyser les contradictions entre le soft et le hard power qui se manifestent dans les relations entre l'Union et, d'une part, le Liban et le Maroc, d'autre part l'Afghanistan. Ce sont enfin les évolutions radicales perceptibles dans la politique menée par la Turquie envers le Proche-Orient et leurs implications pour l'Union qui sont finement décryptées, les politologues Giovanni Faleg et Sebastiano Sali arrivant au même constat que la Turquie est engagée dans un profond processus de changement d'identité qui la conduit du kémalisme à un néo-ottomanisme. Du tout, il découle cette conviction qu'exprime Giovanni Faleg: les changements en cours au Moyen-Orient n'attendront pas l'Union qui paiera de son éventuelle inaction son effacement dans cette région du monde.
(MT)
*** EVELYNE RITAINE: La fabrique politique d'une frontière européenne en Méditerranée. Le « jeu du mistigri » entre les Etats et l'Union. Centre d'études et de recherches internationales (Ceri, 56 rue Jacob, F-75006 Paris. Tél.: (33-1) 58717000 - fax: 58717091 - Courriel: ryser@ceri-sciences-po.org - Internet: http://www.ceri-sciences-po.org ). Collection « Les études du Ceri », n° 186. 2012, 37 p..
Dans quelles conditions l'espace méditerranéen a-t-il été construit comme un espace du risque et comment ces conditions ont-elles déterminé les procédés de contrôle mis en place pour sécuriser la frontière extérieure de l'Union en Méditerranée ? Pour répondre scientifiquement à cette double question, Evelyne Ritaine s'attache, dans cette étude, à dénaturaliser la nécessité du blindage de cette frontière en historicisant sa production, c'est-à-dire en déconstruisant la production cognitive et politique des dispositifs de ce blindage. Directrice de recherche à l'Institut politique de Bordeaux, elle analyse avec les outils de l'anthropologie et de la sociologie politiques le sens - évidemment politique - que prend la question du contrôle de la frontière dans les jeux politiques internes de chaque État méridional. De la sorte, elle perçoit la Méditerranée « comme une frontière politiquement saturée », où se déroulent « des drames humains qui sont en parfaite contradiction avec l'idéal démocratique européen et le respect des droits de l'homme ». Egratignant l'Union pour avoir externalisé le contrôle, par exemple à la Libye de Kadhafi, et pour la « militarisation de la contiguïté », elle conclut non sans amertume - et en misant ses espoirs sur les sociétés civiles des deux rives - que, « dans la progressive et erratique construction politique d'une frontière européenne, la Méditerranée semble avoir quelque peu perdu son sourire de limen (de seuil, de lieu de rencontre et de relation à l'autre) pour adopter le rictus du limes (de la séparation, de la frontière infranchissable par l'ennemi) ». Et pourtant, les extrémistes vitupèrent toujours en Europe…
(MT)
*** HOUDA BEN HAMOUDA, MATHIEU BOUCHARD (sous la dir. de): La construction d'un espace euro-méditerranéen. Genèses, mythes et perspectives. Presses Interuniversitaires Européennes - Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Euroclio", n° 61. 2012, 158 p., 35,30 €. ISBN 978-90-5201-774-7.
Prolongement d'une journée d'études ayant réuni de jeunes chercheurs - historiens, politologues et géographes - membres de l'association Richie voici deux ans et demi à Paris, ce livre s'attaque à un sujet peu étudié jusqu'à présent, à savoir l'histoire, sinueuse et plus que jamais hésitante, des projets de rapprochements euro-méditerranéens. Les onze auteurs en éclairent certains aspects et fondements politiques, diplomatiques, militaires, économiques, intellectuels et culturels, invitant de la sorte les lecteurs à remonter aux racines des rapports tumultueux que ne pouvaient manquer de nouer « l'Europe dominée par la peur de l'Autre, la peur de l'avenir, et le monde arabo-musulman marqué par l'humiliation du passé », ainsi que l'écrit avec élégance le Pr. Robert Frank dans sa préface. Les premiers chapitres remontent aux politiques méditerranéennes mises en œuvre par l'Italie, la France et l'Espagne dans les années 50 à 80, moment où « la Méditerranée sert (…) de prétexte à des stratégies fondamentalement nationales et circonstancielles », l'intérêt des pays européens en étant le seul moteur. Quatre autres chapitres s'intéressent aux prémices d'une coopération européenne dans la région, au Maghreb en particulier. Une contribution y est aussi consacrée à la Politique méditerranéenne globale qui, lancée par la Communauté lors du sommet de Paris de 1972, a été le coup d'envoi de l'approche multilatérale qui devait conduire au processus de Barcelone. C'est dans ce dernier contexte que la coopération s'ouvre aussi au dialogue interculturel, la dernière partie du livre montrant cependant que ce dialogue est resté très décevant. Ce sont autant d'éclairages forts utiles maintenant que les « printemps arabes » obligent les deux rives de la Méditerranée à repenser une fois de plus leurs relations. Ce qui les renvoie à cette question posée par le Pr. Frank: « Comment construire de bonnes relations euro-méditerranéennes, quand il est difficile d'avoir de bonnes relations euro-européennes et arabo-arabes ? »
(MT)
*** EMMANUEL GODIN, NATALYA VINCE (sous la dir. de): France and the Mediterranean. International Relations, Culture and Politics. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Modern French Identities", n° 86. 2012, 354 p., 47,50 €. ISBN 978-3-0343-0228-9.
Les auteurs de cet ouvrage, réunis lors d'une conférence organisée à l'Université de Portsmouth où enseignent Emmanuel Godin et Natalya Vince, étudient de manière multidisciplinaire les relations qui ont été nouées par la France avec les pays de la rive sud de la Méditerranéen, ainsi que leurs conséquences - entre autres à la lumière des contacts humains parfois complexes qui se sont noués dans une ville comme Marseille. Y a-t-il une différence entre politique méditerranéenne et politique arabe ? Les pays du pourtour de ce qui fut la mare nostrum ont-ils un « caractère méditerranéen » définissable ou faut-il « plutôt conceptualiser la région comme une série de cercles concentriques autour du Moyen-Orient » ? Telles sont quelques-unes des questions qui trouvent des réponses dans ces pages qui évoquent aussi le rôle joué par les diasporas et l'empreinte laissée par le colonialisme dans les mémoires, sans parler des questions liées à la place de l'islam et au racisme. Ces sujets sont essentiellement abordés dans le contexte de la France sarkozienne, mais ils valent aussi pour tous les pays européens qui ont désormais composer avec les suites du « printemps arabe ».
(PBo)
*** PATRICIA MADIGAN: Women and Fundamentalism in Islam and Catholicism. Negotiating Modernity in a Globalized World. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Religions and Discourse", n° 53. 2011, 338 p., 58,90 €. ISBN 978-3-0343-0276-0.
Une spécialiste des relations entre les mondes chrétien et musulman s'appuie, dans ces pages, sur ses connaissances historiques et théologiques pour que les lecteurs de cet ouvrage comprennent mieux les relations complexes entre le genre, la religion, l'économie et la politique dans un contexte global. Elle s'intéresse tout particulièrement à la manière dont les femmes, en terres d'islam et de catholicisme, critiquent les positions théologiques et culturelles fondamentalistes et se battent pour occuper la place qui leur revient dans leurs traditions religieuses respectives. De la sorte, soutient l'auteur, elles pavent la voie vers une acceptation de la modernité dans leurs sociétés.
(PBo)