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Bulletin Quotidien Europe N° 10743
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Énergie: les vraies priorités européennes en l'absence de politique commune

Les priorités et la réalité. La constatation que le gaz de schiste et l'énergie éolienne sont les deux aspects les plus controversés de l'actualité énergétique européenne (voir cette rubrique dans le bulletin précédent) ne signifie pas qu'ils soient les plus importants. D'autres aspects sont, ou devraient être, prioritaires, car ils ont davantage d'impact sur l'intérêt général et sur la sauvegarde de la nature. Il est vrai que quelques mesures appropriées existent, d'autres sont en discussion. Le Parlement européen et la Commission européenne ont pris des initiatives importantes, et le Conseil les a souvent acceptées, dans les limites consenties par la situation actuelle. L'UE dispose notamment de dispositions efficaces en matière d'économies d'énergie, exemple de ce qui serait possible si une politique commune était prévue.

Mais l'essentiel dépend toujours des décisions nationales. Même dans cette situation, des résultats positifs existent, même dans les petits pays ; par exemple, au Portugal, les 40 % de l'énergie produite appartiennent à la filière des énergies renouvelables, et on annonce qu'en 2060 les 60 % de l'électricité consommée seront produits par l'énergie verte. Mais l'essentiel dépend des politiques nationales, qui sont trop souvent différentes voire contradictoires ou en concurrence d'un pays à l'autre.

Gestion du pétrole: abus permanents, rivalité et évolutions. L'aspect le plus nocif de l'impuissance de l'UE à agir en tant qu'ensemble concerne le fonctionnement du marché pétrolier et son contrôle. Je crois que les historiens de demain situeront ce marché tel qu'il est parmi les secteurs les plus mal gérés au niveau mondial, source d'abus et d'injustices et même de conflits sans fin. Un petit groupe d'émirats d'Arabie Saoudite, la Russie et quelques autres pays font la loi, avec les grandes compagnies pétrolières. En ce moment, ils agissent ouvertement dans le sens de l'augmentation des prix. Et ne parlons pas de l'utilisation politique, souvent sectaire, que certains pays font des richesses ainsi accumulées !

Toutefois, des évolutions sont en cours, et tout pourrait changer. L'UE en tant que telle n'y aura pas d'influence, car chaque État membre et chaque compagnie pétrolière agit selon ses intérêts. Dans l'hypothèse, encore controversée, que le gaz de schiste des États-Unis devienne la source exceptionnelle d'énergie que les Américains annoncent, les actuels « rois du pétrole » seront obligés à réduire leurs prétentions et leur arrogance. Des experts ont calculé que la Russie demande actuellement 17 dollars pour 300 mètres cubes le gaz, alors que les États-Unis les produiraient à 2,50 dollars ; et le rapport est analogue pour le Qatar, l'Arabie Saoudite et aussi l'Iran. Sans oublier que, selon les experts, le gaz de schiste existe aussi en Chine, Argentine, Mexique, Canada et Australie, qui feront tous concurrence aux grands producteurs de pétrole.

Attitudes nationales. En réalité, la présence de gaz de schiste ne signifie pas toujours qu'il soit exploitable ; les premiers sondages opérationnels en Pologne, pays de l'UE qui en dispose en abondance, n'ont pas donné de résultats encourageants. La France vient d'ouvrir un grand débat national sur son avenir énergétique, en tenant compte de toutes les sources, y compris le gaz de schiste (malgré l'anathème de départ du président de la République) ; l'avenir de l'énergie nucléaire sera aussi discuté. L'Allemagne ayant décidé d'y renoncer, on constate une fois de plus toute absence de coordination européenne. En France, on regarde loin et des objectifs nationaux sont indiqués: d'ici 2020, réduire de 20 % les émissions de gaz à effet de serre, augmenter de 20 % la part d'énergies renouvelables, et surtout diminuer de 20 % la consommation d'énergie ; d'ici 2025, ramener à 50 % la part de la production d'électricité d'origine nucléaire ; d'ici 2050, réduire par quatre les émissions de gaz à effet de serre. On le voit, chaque pays œuvre pour son compte.

La réalité européenne confirme donc que les objectifs, et donc les politiques énergétiques, sont pour l'essentiel purement nationaux. Il est vrai que les institutions s'efforcent d'établir des objectifs communautaires: le Conseil Énergie se réunit régulièrement. Il a même retenu, notre bulletin en a rendu compte, six domaines d'action parmi lesquels, à côté de l'efficacité énergétique et du marché intérieur de l'électricité, figurent le nucléaire et les relations extérieures. On en discute donc tous ensemble, mais on a vu à quel point chaque État membre agit en fait à sa guise, à quel point la réalité est éloignée de la théorie.

Il faut aussi souligner que tout ce qui concerne l'énergie est lié à la politique environnementale: la politique énergétique doit tenir compte des limites de ce que notre petite planète peut supporter. On le comprend, on le proclame, on le souligne ; mais les absurdités et les cacophonies subsisteront aussi longtemps que la gestion de l'énergie demeurera nationale, ce qui signifie qu'à quelques kilomètres de distance on maintient l'énergie nucléaire ou bien on y renonce, le gaz de schiste est utilisé ou bien interdit, et ainsi de suite.

(FR)

 

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