Limassol, 08/10/2012 (Agence Europe) - Les ministres européens responsables des politiques maritimes ont présenté leur profession de foi pour la poursuite de la politique maritime intégrée (PMI), afin qu'elle contribue effectivement à la croissance et l'emploi. Dévoilée lors d'une conférence informelle à Chypre lundi 8 octobre, la 'déclaration de Limassol', un des grands moments de la Présidence chypriote, indique le chemin à suivre pour redynamiser la PMI. Si certains y voient une « stratégie EUROPE 2020 » de l'économie bleue, d'autres en soulignent les carences. Le financement de la politique maritime intégrée demeure aussi la grande inconnue.
La Présidence est parvenue à ses fins: rassembler en une déclaration tous les éléments propres à relancer la dynamique de la politique maritime intégrée, cinq ans après sa présentation, à Lisbonne. Le Premier ministre chypriote, Dimitris Christofias, s'est dit convaincu, lundi, que l'initiative arrive au « bon moment et sera un point de référence pour les États membres en vue des prochains efforts à réaliser pour créer de l'emploi et de la croissance ». Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a jugé que les bassins maritimes « peuvent aider au rétablissement de l'économie de manière décisive. Nous sommes d'accord sur le fait que l'économie maritime peut fournir une contribution cruciale à la croissance et l'emploi ».
Croissance, emploi et économie bleue. Le premier pilier de la déclaration insiste sur le besoin de rendre la navigation plus compétitive, d'accroître la part du transport maritime sur courte distance dans le commerce intra-européen, d'exploiter davantage les énergies renouvelables maritimes, ou encore de soutenir le tourisme côtier, de mieux exploiter les fonds marins et renforcer l'aquaculture et la biotechnologie bleue. Le second pilier se concentre sur l'économie bleue. La déclaration demande de promouvoir les carrières marines et maritimes, de rendre les côtes moins vulnérables au changement climatique ou encore d'inclure les communautés locales dans le secteur maritime pour qu'elles en bénéficient en retour. Il s'agit aussi de promouvoir la coopération et l'échange de bonnes pratiques notamment avec les pays voisins qui partagent des zones maritimes. Enfin, la déclaration de Limassol souligne le besoin de parvenir à un partage d'information d'ici 2020 dans le domaine maritime, en soutenant la surveillance maritime, et de mettre en œuvre la planification spatiale maritime et la gestion intégrée de zone côtière.
« Pour faire avancer cela nous avons besoin de financements. C'est pourquoi nous devons ancrer la politique dans les financements du prochain budget européen 2014-2020 », a dit M. Barroso. Interrogé sur le sujet, le Premier ministre de Chypre a préféré ne pas se prononcer afin de ne pas préjuger des négociations en cours. Pour la commissaire aux Affaires maritimes Maria Damanaki, « il faut travailler maintenant afin de trouver l'argent pour cette politique. Nous avons déjà une bonne proposition mais à cause de la crise, cet argent ne sera pas suffisant, et nous devrons financer cette politique via la coopération avec les États membres, avec les gouvernements régionaux mais aussi avec le secteur privé ».
Les ministres présents à Chypre auraient tous salués l'initiative chypriote. Toutefois, bon nombre d'entre eux seraient en faveur du développement maritime dans d'autres domaines que dans les cinq recommandés par la communication de la Commission pour la croissance bleue (biotechnologie, tourisme, aquaculture, ressources minérales, énergies renouvelables). Aussi, la France, le Royaume-Uni et l'Allemagne ne souscriraient pas à l'idée d'une directive sur la planification spatiale, jugeant plus opportun de respecter le principe de subsidiarité en la matière, affirme une source. Certains auraient déploré le manque d'ambition dans les volets social et sécurité maritime. M. Barroso réfute ces critiques en estimant que la déclaration vise à œuvrer pour la croissance et l'emploi.
L'association Seas at Risk redoute que le nouvel élan pour la politique maritime intégrée se fasse au détriment de la protection de l'environnement, en privilégiant les industries maritimes conventionnelles polluantes ou encore l'aquaculture et les mines de minéraux marins. Le Conseil Affaires générales de décembre adoptera des conclusions sur ce thème. (MD)