Nicosie, 14/09/2012 (Agence Europe) - Le ministre espagnol de l'Économie, Luis de Guindos, a annoncé que le gouvernement de son pays identifierait d'ici à la fin septembre de nouvelles réformes structurelles, vendredi 14 septembre à Nicosie, lors de la réunion informelle de l'Eurogroupe. Promettant des « annonces importantes dans les prochains jours », il a indiqué que ces mesures auraient pour objectif de « stimuler la croissance et la compétitivité espagnoles ». Inspirées des recommandations spécifiques par pays que le Conseil européen a avalisées fin juin, ces réformes visent à permettre à l'Espagne de respecter l'objectif d'une réduction du déficit budgétaire à 6,3% du PIB en 2012 (4,5% en 2013, moins de 3% en 2014). Grippé, M. de Guindos a été contraint de se retirer quelques instants de la réunion des ministres des Finances de l'Eurozone.
Le ministre n'est pas entré dans les détails des mesures qui seront annoncées. Les recommandations spécifiques à l'Espagne concernent les domaines suivants: - finances publiques (ramener le déficit public à 3% en 2014 en appliquant la loi de stabilité financière, une réforme des régimes de retraites, du cadre budgétaire et de la fiscalité) ; - secteur financier (réforme bancaire et du marché du logement, facilitation de l'accès au financement) ; - réformes structurelles (flexibilisation des industries de réseau notamment énergétiques, accroissement de la concurrence dans le secteur des services, réforme des services publics dont le statut des fonctionnaires, soutien à l'innovation) ; - marché du travail (augmentation du taux d'activité, réforme de l'éducation et de la politique d'intervention sur le marché du travail) (EUROPE n°10681).
« Le ministre nous a indiqué qu'il était prêt à prendre toutes les mesures additionnelles si jamais l'objectif de 2012 n'était pas atteint », s'est félicité le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, pour qui le projet de budget espagnol apporte « de la clarté sur la stratégie de consolidation budgétaire ». Le commissaire chargé de l'euro, Olli Rehn, a souligné que les futures mesures espagnoles contiendraient « des engagements très clairs et un calendrier ». Va aussi, selon lui, dans la bonne direction, la réforme financière annoncée en août qui prévoit la création d'une 'bad bank' afin d'isoler les actifs bancaires immobiliers toxiques et qui octroie des pouvoirs accrus de restructuration à la banque centrale. Cette réforme constitue une des conditions à une aide maximale de 100 milliards d'euros promise fin juillet par l'Eurozone. Les résultats attendus pour « fin septembre » de l'audit bancaire en cours apporteront « une vision claire des besoins en capital » des établissements de crédit en difficulté, a-t-il estimé, soulignant qu'« un secteur financier en bonne santé est une condition essentielle au retour de la confiance dans l'économie espagnole ». La directrice générale du FMI, Christine Lagarde, a salué « le large éventail » des mesures promises.
De nouvelles données budgétaires témoignent des efforts budgétaires en cours en Espagne et des défis encore à affronter. Les 17 régions espagnoles semblent en mesure de respecter leur objectif de 1,5% du PIB de réduction de déficit budgétaire, celui-ci ayant atteint un niveau de 0,77% au premier semestre. Hors avances aux communautés espagnoles, le déficit de l'État central sur cette même période est de 0,9%. En revanche, représentant 75,9% du PIB national, la dette publique espagnole a atteint un nouveau record.
Officiellement, un 2ème sauvetage financier n'est pas sur la table. Inlassablement, M. de Guindos a réitéré que le sujet d'un sauvetage complet de l'Espagne, afin de faire diminuer les coûts de refinancement du pays, n'a pas été évoqué lors de l'Eurogroupe. « Nous ne sommes pas en train de négocier en profondeur », a renchéri Mme Lagarde, démentant une affirmation du quotidien néerlandais Het Financieele Dagblad selon laquelle le FMI et la BCE mèneraient des discussions informelles sur un plan d'aide de 300 milliards d'euros à l'Espagne. Même son de cloche du côté français. « Nous n'en n'avons pas discuté », a indiqué le ministre français de l'Économie, Pierre Moscovici. Il a rappelé qu'une demande d'aide financière internationale était du seul ressort des autorités espagnoles. Néanmoins, « si elles le faisaient, nous avons les outils pour traiter la situation de l'Espagne », faisant allusion à la mise sur pied, en octobre, du Mécanisme européen de stabilité (MES), le futur fonds de sauvetage permanent doté de 500 milliards d'euros (voir autre nouvelle).
Avant de se prononcer, l'Espagne veut mettre à profit le période de calme relatif généré par l'annonce par la BCE d'un nouveau programme de rachat de dettes souveraines des pays de l'Eurozone et de la ratification imminente du MES par l'Allemagne. Elle veut s'assurer qu'il n'y aura pas de nouvelles conditions assorties à l'activation conjointe du MES et du programme de la BCE autres que celles énoncées lors du sommet de la zone euro (EUROPE n°10645). Consignées en bonne et due forme dans un programme dont l'application sera contrôlée par la 'troïka' (Commission européenne, FMI, BCE), ces mesures conditionnelles concernent le respect d'engagements déjà pris afin de respecter le Pacte de stabilité et de croissance révisé (objectifs budgétaires et macroéconomiques) et de mettre en œuvre, selon un calendrier précis, les recommandations pays par pays adoptées dans le cadre du 'Semestre européen'. (MB)