Bruxelles, 07/09/2012 (Agence Europe) - Les précisions apportées par la BCE à son programme conditionnel 'Outright monetary transactions' (OMT) de rachat de dette souveraine des pays de l'Eurozone éprouvant des difficultés à se refinancer ont donné du baume au cœur de nombreux responsables politiques au Conseil de l'UE, à la Commission européenne et au sein du Parlement européen (EUROPE n°10683). La grande majorité d'entre eux appelle à la poursuite des réformes pour sortir la zone euro de l'ornière.
Au Conseil de l'UE, on pense que la décision de la BCE constitue la reconnaissance que les difficultés rencontrées par des pays comme l'Espagne et l'Italie ne sont pas exclusivement dues aux problèmes propres à ces pays mais également aux incertitudes sur la gouvernance de l'Eurozone. En soi, l'annonce d'un programme conditionnel de rachat de dette souveraine suffirait à donner de l'air et du temps aux pays concernés. À ce stade, la balance pencherait davantage pour que l'Espagne ne fasse pas de demande officielle d'aide.
Côté Commission, le commissaire chargé de l'euro, Olli Rehn, estime que les opérations « devraient contribuer à restaurer la confiance sur les marchés de la dette souveraine ». Pressant les gouvernements de pays « vulnérables » de la zone euro à poursuivre avec détermination l'assainissement des finances publiques et la stimulation de la croissance, il se dit prêt à jouer son rôle en matière de surveillance du caractère conditionnel d'une aide financière éventuelle. Selon un porte-parole de la Commission, il n'existe pas de différence entre les conditions d'une aide fixées par le Sommet de l'Eurozone et la vision de la BCE.
Au nom du groupe PPE du Parlement européen, les Français Joseph Daul et Jean-Paul Gauzès sont d'avis que les décisions de l'Institut de Francfort vont « dans la direction de la solidarité ». Très attachés à la consolidation budgétaire, ils encouragent la BCE à « sanctionner fermement toute déviation aux règles proposées » et attendent avec impatience la proposition imminente qui octroiera à l'institution européenne le pouvoir ultime en matière de supervision des banques européennes.
Les eurodéputés socialistes insistent sur la relance de la croissance. Selon le président du PE, l'Allemand Martin Schulz, la décision de la BCE est certes « courageuse » mais elle ne constitue « pas une panacée », sa mise en œuvre devant s'accompagner d'« une stratégie active pour la croissance et l'emploi, de politiques budgétaires saines et de réformes structurelles ». Et de partager la vision de M. Draghi selon laquelle « l'euro est un projet irréversible ». Le président du groupe S&D, l'Autrichien Hannes Swoboda, souhaiterait que « certains dirigeants politiques fassent preuve du même courage que M. Draghi ». D'avis que les difficultés économiques de l'Eurozone ne disparaîtront pas après les annonces de la BCE, il plaide pour l'octroi d'une licence bancaire au Mécanisme européen de stabilité (MES), le futur fonds européen de sauvetage permanent, pour la mise sur pied d'un « fonds de rédemption » qui gérerait sur 20-25 ans la dette excessive de tous les pays de la zone euro ainsi que des investissements supplémentaires pour stimuler la croissance. Et de mettre en garde contre des mesures conditionnelles à l'aide de la BCE qui feraient la part trop belle à l'austérité.
En revanche, pour le chef des libéraux, le Belge Guy Verhofstadt, « le programme de rachat de dettes souveraines par la BCE ne suffira pas à résoudre la crise ». « Après plus de deux ans d'échec, l'histoire bégaye: les États membres n'ont toujours pas compris que ce n'est pas à la BCE de résoudre la crise », a-t-il critiqué, en évoquant le précédent programme 'SMP' de rachat de dette souveraine qui n'avait pas évité la contagion. Et de marteler: « Tant que les États membres hésiteront à franchir le pas vers une union politique fédérale, dont la création d'un marché obligataire unique, la crise perdurera et l'euro ne sera pas à l'abri ». Sharon Bowles (ADLE, britannique), qui préside la commission des Affaires économiques et monétaires, prévient que les réformes devront continuer car les décisions de la BCE ne suffisent pas à elles seules. « Comme c'était attendu, la BCE rachètera des obligations souveraines à court terme à condition que, en parallèle, la pression soit maintenue sur les dirigeants politiques afin qu'ils continuent les changements structurels », a-t-elle déclaré dans un communiqué. Selon elle, les mesures annoncées auront un impact négatif à long terme sur le niveau des revenus des retraités et des épargnants.
Pour le groupe Verts/ALE, le Belge Philippe Lamberts voit dans les décisions de la BCE « un progrès indéniable » (acquisition illimitée de titres inférieurs à 3 ans, abandon du statut de créancier privilégié) mais elles soulignent « en creux l'incapacité des chefs d'État et de gouvernement européens d'entreprendre le saut fédéral dont le bien-être des citoyen(ne)s européens dépend ». Il déplore également que l'Institut de Francfort s'appuie sur les mêmes mesures conditionnelles accompagnant les sauvetages actuels (Grèce, Irlande, Portugal) et qui « ont montré leur injustice sociale et leur inefficacité économique ».
À contre-courant, l'eurosceptique britannique Marta Andreasen rappelle que l'aide de la BCE sera suspendue si le pays concerné ne respecte pas les conditions de son sauvetage. « Tout économiste digne de ce nom sait que la Grèce ne peut pas respecter les termes de son programme. L'Espagne est aussi en grande difficulté », constate-t-elle. Pour elle, après la création du programme OMT, « la crise de l'Eurozone en est exactement au même point » que jeudi matin. (MB)