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Bulletin Quotidien Europe N° 10684
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SOCIAL - ÉDUCATION / (ae) social

'paquet emploi' et Grèce, entretien avec Guy Ryder

Brussels, 07/09/2012 (Agence Europe) - La conférence « Jobs for Europe », qui s'est tenue à Bruxelles jeudi 6 et vendredi 7 septembre, a été l'occasion pour les principaux acteurs de la politique européenne de débattre des politiques d'emploi qui seraient les plus appropriées pour faire face à un chômage qui croît constamment. Pour connaître l'opinion d'un acteur qui est à la fois détaché des institutions européennes, tout en étant au premier plan des défis sociaux que connaissent de nombreux États membres de l'UE, EUROPE a interrogé, jeudi 6 septembre, Guy Ryder, le nouveau directeur général du Bureau international de travail (BIT) qui prendra ses fonctions en octobre prochain. Tout comme pour la conférence, durant laquelle M. Ryder est intervenu, les questions de l'entretien sont fondées sur les deux sujets les plus débattus en ce moment en matière de politique d'emploi, à savoir les propositions de la Commission européenne appelées le 'paquet emploi' et le cas de la Grèce, tant par rapport aux réformes structurelles du marché de travail qui y sont entreprises, que par rapport à l'éventualité d'une sortie de la Grèce de la zone euro. (JK)

Agence Europe: Un des premiers objectifs de cette conférence est de trouver sur quel nouveau paradigme il faut fonder la politique de l'emploi dans l'UE. Pensez-vous qu'un tel paradigme, qui serait constitué à partir des mots clés « croissance et emploi », est réalisable à l'heure de réformes structurelles profondes, y compris dans les marchés du travail, et de réductions drastiques de dettes souveraines ?

Guy Ryder: Cette conférence est certainement focalisée sur le besoin de créer plus d'emplois et de stimuler la croissance en Europe. (…) Les déclarations politiques faites au début de la conférence fournissent certainement la preuve du besoin, reconnu d'ailleurs par les dirigeants européens, de placer l'emploi en première ligne de leur agenda politique. Il y a des raisons évidentes pour cela. Je pense qu'aucun homme politique ne peut ignorer la réalité dans laquelle se trouve la zone euro, avec un chômage de l'ordre de
11, 12%. En plus, le contexte mondial est moins favorable, parce que nous voyons un ralentissement de la croissance dans les autres régions du monde. Nous avons des situations dramatiques, à la fois en termes de concentration du chômage au sein des populations, et je pense tout particulièrement aux jeunes dont le chômage est deux fois plus important que la moyenne, qu'en termes de risque pour la stabilité sociale. La crise de la dette souveraine ne va pas disparaître ou faire une pause pendant que nous nous occupons de la crise de l'emploi. Nous devons nous occuper de ces deux choses à la fois. La question est de savoir comment agencer ces deux priorités. Je crois que l'expérience de ces deux dernières années nous a montré que la trajectoire politique choisie jusqu'à maintenant, la manière dont les déficits ont été traités et l'ampleur avec laquelle les dirigeants politiques se sont attaqués à cette question, a produit des résultats négatifs sur deux plans. Elle n'a pas réussi à réduire les déficits comme cela était prévu au début et elle a créé des conséquences sur l'emploi tout simplement inacceptables. Le besoin d'une nouvelle approche semble donc évident.

Agence Europe: Quelle est votre opinion au sujet du 'paquet emploi' que la Commission a présenté en août 2012 ? Peut-il mettre l'UE sur la voie de la croissance et de la création d'emplois, en préservant en même temps les acquis sociaux ?

G.R.: La seule existence d'un 'paquet emploi' est une bonne chose en soi. Il a plusieurs éléments en lui qui peuvent faire la différence, s'ils sont mis en œuvre d'une manière sérieuse. Mais il y a deux questions. Allons-nous passer des intentions d'avril dernier à une mise en œuvre rapide ? Et, pour être honnête, c'est vraiment la question qui est sur la table de la conférence. Deuxièmement, est-ce que les mesures envisagées vont être à la hauteur des enjeux ou vont-elles, dans les circonstances économiques actuelles, faire échouer tout le processus ? Il y a cette étrange impression qu'avec ce 'paquet emploi' nous essayons de toutes nos forces de souffler dans une direction, mais l'ouragan financier qui sévit souffle dans la direction opposée. Ce qui signifie que nous n'avancerons pas. Nous devons nous assurer que l'ouragan financier ne va pas nous faire dévier de notre trajectoire. Il y a plusieurs éléments dans ce 'paquet' que nous devons prendre et pour plusieurs d'entre eux, l'Organisation internationale du travail (OIT) est à la disposition des dirigeants européens pour les aider à les concrétiser. Je vais insister beaucoup sur ce fait durant mon intervention à la conférence.

Agence Europe: Un des points du 'paquet emploi' qui a suscité le plus de controverses est l'idée d'introduire plus de flexibilité dans les négociations collectives et dans les systèmes de salaires minima ou de réduire les salaires pour faire croître la compétitivité, ce qui est notamment appliqué en Grèce. Quelle est votre opinion sur ces mesures ?

G.R.: Un nouveau regard doit être posé sur les réformes du marché du travail réalisées en Grèce. De plusieurs points de vue, ce n'est pas seulement le salaire minimum qui a été fortement réduit. Traditionnellement en Grèce, le salaire minimum était négocié dans le cadre d'un processus de négociation collective. Ce processus est sur le point de changer. Nous avons une situation dans laquelle l'entièreté de ce processus est en train d'être démantelée. Certains pourraient faire valoir, peut-être à juste titre, que le système de négociation collective grec devait être révisé et ses conséquences en termes de coûts de main-d'œuvre devaient être abordées. Beaucoup de gens seraient d'accord avec cela. Mais je crains, et j'espère que ce n'est pas intentionnel, que les conséquences des changements qui ont été introduits vont tout simplement marginaliser la totalité des négociations collectives en Grèce. Ce serait extrêmement dommageable si nous arrivions à ce résultat. Concomitant de cette situation très douloureuse et difficile est le fait que nous avons une rupture dans le dialogue social. Le gouvernement ne parle pas aux syndicats ou aux employeurs et personne ne parle plus à personne. Maintenant, je vais parler de certains exemples de ce que nous devrions faire. Il y a un besoin, et celui-ci est reconnu et je pense qu'il fait partie du 'paquet', d'avoir des salaires beaucoup plus étroitement conformes à la productivité. La négociation collective est classiquement la bonne façon d'y arriver, soutenue par d'autres formes de dialogue social. Chaque pays a ses traditions et institutions nationales à cet égard. Mais je pense qu'avoir un nouveau regard sur la politique salariale, de manière à ce qu'elle reflète les gains de productivité, avec un dialogue social qui est appliqué et le rôle des partenaires sociaux accru, est une bonne façon de faire. Je crains que ce qui se passe dans certains des pays les plus durement touchés par la crise, c'est un mouvement dans la direction opposée.

Agence Europe: Si l'idée d'une sortie de la Grèce de la zone euro est immédiatement rejetée à Bruxelles, un des économistes de l'OIT a récemment prévenu sur les conséquences possibles sur les marchés du travail d'un tel retrait. Devons-nous craindre un effet de contagion avec une Grèce qui retournerait à son ancienne monnaie sur les marchés de l'emploi des autres États membres ? Même les travailleurs allemands devraient-ils craindre une telle éventualité ?

G.R.: Avec les projections réalisées par le secrétariat de l'OIT, il est évident que la sortie de la Grèce de l'euro aurait un effet négatif important sur l'emploi, non seulement dans le pays, mais aussi dans la zone euro. Les projections montrent que le chômage ferait un bond par rapport aux niveaux actuels, en passant à plus de 17% dans l'ensemble de la zone. Mais ce qui est peut-être encore plus parlant, c'est précisément que des pays tels que l'Allemagne se trouveraient aussi affectés. La conséquence serait que le niveau de chômage allemand augmenterait de 26% d'ici à 2014. C'est la plus forte illustration possible de l'intérêt commun de l'UE. En essayant de trouver des moyens de résoudre la crise de la zone euro, personne ne devrait penser que la sortie de la Grèce se ferait sans aucun coût. Ceux qui voient seulement les coûts nécessaires pour aider la Grèce doivent prendre en compte les coûts réels de l'abandon de l'euro par la Grèce. C'est une situation très inquiétante et je pense que les décideurs doivent tenir compte de ces coûts cachés ou peut-être non décelés.

Agence Europe: Finalement, pensez-vous que l'UE soit encore capable d'atteindre les objectifs qu'elle s'est elle-même fixés, appelés « EUROPE 2020 » ? Et tout particulièrement en ce qui concerne le premier et le dernier objectif, à savoir garantir un emploi pour 75 % de la population âgée de 20 à 64 ans et de réduire de 20 millions le nombre de personnes touchées ou menacées par la pauvreté et l'exclusion sociale ?

G.R.: Lorsque ces objectifs ont été fixés, ils étaient déjà ambitieux et à la fois louables. Évidemment, plus de temps passe sans améliorations sur les marchés du travail et plus nous nous enfonçons dans la récession, plus il devient difficile de maintenir ces objectifs, déjà ambitieux. Chaque jour qui passe sans un changement de cap rend la situation encore plus difficile, mais toutefois peut-être pas impossible. C'est certainement un des arguments en faveur d'un changement de cap immédiat et urgent.

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