Bruxelles, 25/07/2012 (Agence Europe) - « Les musulmans d'Europe veulent interagir avec les autres Européens et participer à la vie de la société en tant que membres à part entière, mais ils se heurtent régulièrement à diverses formes de préjugés, de discrimination et de violence qui renforcent leur exclusion sociale ». C'est ce qu'a déclaré le 24 juillet à Strasbourg le commissaire aux droits de l'Homme du Conseil de l'Europe Nils Muižnieks dans une nouvelle publication. Cette note se base plus précisément sur les recherches menées sur le sujet par plusieurs ONG, indique le Conseil de l'Europe dans un communiqué.
« Les commentateurs du 'printemps arabe' ont malheureusement manqué une occasion historique de déconstruire l'idée reçue selon laquelle l'islam serait incompatible avec la démocratie et ont préféré exagérer le risque de migrations massives vers l'Europe », a ajouté le commissaire.
Selon le Conseil de l'Europe, les musulmans sont devenus la figure emblématique de l'altérité dans le discours de la droite populiste en Europe. « Des partis politiques ont jeté l'opprobre sur les musulmans à des fins électoralistes en Autriche, en Bulgarie, en Belgique, au Danemark, en France, en Italie, aux Pays-Bas, en Norvège et en Suisse. Il est souvent question des musulmans lors des débats sur ce qui serait 'l'échec du multiculturalisme'. Pourtant, rares sont les pays à avoir expérimenté le multiculturalisme en tant que stratégie destinée à promouvoir le dialogue interculturel tout en préservant les identités culturelles », dit M. Muižnieks.
Les musulmans sont en outre visés par des lois et des politiques restrictives, poursuit le commissaire. « De grands partis ont exploité la défiance à l'égard des musulmans en soutenant des mesures législatives restrictives dirigées contre cette population. En Belgique et en France, des lois prévoient depuis 2011 une amende ou un 'stage de citoyenneté' pour les femmes portant un voile intégral dans l'espace public. En Italie, des collectivités locales ont invoqué une vieille loi antiterroriste qui interdit, pour des raisons de sécurité, de se couvrir entièrement le visage pour punir des femmes qui portaient le voile intégral. Il a été question d'initiatives similaires en Autriche, en Bosnie-Herzégovine, au Danemark, aux Pays-Bas, en Espagne et en Suisse », signale aussi le commissaire aux droits de l'Homme du Conseil de l'Europe.
Il ressort encore d'une étude récente de l'Agence des droits fondamentaux de l'Union européenne (FRA) que, dans l'UE, 1 musulman sur 3 a été victime de discrimination au cours des 12 mois précédents, les jeunes étant les plus touchés, indique le communiqué. Notamment lors de contrôles policiers. « Policiers, douaniers et gardes-frontières pratiquent une forme de discrimination particulièrement pernicieuse lorsqu'ils se livrent à un profilage ethnique ou religieux à l'encontre des musulmans en les arrêtant à cause de leur apparence. L'étude de la FRA précise qu'un quart des musulmans interrogés ont été arrêtés par la police l'année précédente et qu'ils sont un tiers à avoir été arrêtés par les services des douanes ou du contrôle aux frontières », dit encore le Conseil de l'Europe.
Selon le commissaire, les gouvernements doivent renoncer aux lois et mesures visant spécialement les musulmans et interdire la discrimination fondée sur la religion ou les convictions dans tous les domaines.
Ils devraient aussi permettre à des ombudsmans et à des organismes de promotion de l'égalité indépendants d'examiner les plaintes, de donner des conseils juridiques aux victimes et de les représenter en justice ou encore de participer à l'élaboration des politiques. (SP)