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Bulletin Quotidien Europe N° 10650
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POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) transport

Paquet aéroportuaire, manifestation anti-libéralisation

Strasbourg, 06/07/2012 (Agence Europe) - Une horde de manutentionnaires aériens, remontés contre le commissaire Kallas, sont venus manifester devant le Parlement européen réuni en plénière jeudi 5 juillet. Leur dernier espoir réside dans les mains des députés, qui pourraient encore inverser la tendance dans la libéralisation des services d'assistance en escale, un des volets du paquet législatif visant les aéroports et initié par le commissaire européen aux Transporst, Siim Kallas. Le Conseil s'étant rangé du côté de la Commission, désormais seul le Parlement européen pourrait encore imposer une dimension sociale à cette libéralisation, afin de protéger les travailleurs, toujours plus exposés à être ballotés d'un opérateur de services à un autre, sans sécurité d'emploi. En derniers recours, les syndicats font appel au rapporteur sur la question au Parlement européen, Artur Zasada (PPE, polonais), pour qu'il ne joue pas le jeu des grandes compagnies aériennes.

Manifestation à Strasbourg. Une dizaine d'autocars déversent devant le Parlement des manutentionnaires venus d'aéroports français, belges, allemands. Mais d'autres viennent de plus loin comme d'Autriche ou d'Espagne. Reconnaissables à leurs dossards fluos, obligatoires aux abords des pistes d'atterrissage pour des raisons de sécurité, certains brandissent des pancartes s'en prenant au commissaire européen. « Merci M. Kallas pour faire de l'UE un autre USA », « M. Kallas vous êtes le seul qui croit toujours fermement que Milton Friedman ne s'était pas montré complètement ignorant! ». C'est que la réforme aéroportuaire proposée par M. Kallas va rendre la concurrence encore plus féroce entre les opérateurs de services, sous couvert de rendre les aéroports européens saturés plus performants. Mais surtout, la réforme laisse les États membres libres d'imposer ou non aux opérateurs de reconduire les contrats des employés. Actuellement, seuls les manutentionnaires espagnols ont la garantie de conserver leur emploi après une reprise, et ce pour toute la durée du contrat du repreneur. « C'est notre modèle », assure François Ballestero, secrétaire politique de la Fédération européenne des travailleurs du transport (ETF). Ailleurs, la situation n'est guère brillante.

Galère permanente. Le Français Gérard Pétasse, représentant l'Union aérienne de la Fédération générale des transports et de l'équipement, résume: « C'est la galère permanente, les appels d'offres sont de plus en plus courants » et déjà, dans les conditions actuelles, ça ne peut aller que de mal en pis. Il cite Air France qui est en difficulté: « Les compagnies doivent reporter leurs économies sur les sous-traitants », témoigne-t-il, exprimant ce qu'il vit au quotidien. Aussi, avec une adoption de la réforme en l'état, il est prévu de casser les monopoles de deux fournisseurs de services par grands aéroports (plus de 50 000 vols par an), en introduisant un troisième opérateur. Une autre mauvaise nouvelle pour les manutentionnaires. Car comme en témoigne Pascal Ferci, travailleur à l'aéroport de Roissy-Charles de Gaule, « à chaque transfert, ils en profitent pour dégraisser la masse salariale ». Ces économies de bouts de chandelles accumulées et ces passations de contrats à répétition mettent aussi en jeu la sécurité de l'aviation, avance Gérard Pétasse: « Il n'y a pas d'investissement dans la formation des employés, car les appels d'offres sont trop courts ».

Se tourner vers M. Zasada. À grands renforts de distribution de tracts, les manutentionnaires, rassemblés par l'ETF, espèrent que le message sera entendu par les élus. Surtout un certain, Hector Zasada: « Nous savons que le responsable du dossier, M. Zasada, prévoit de finaliser bientôt son rapport dans lequel il propose une plus grande ouverture du marché des services en escale ; l'ETF est d'avis que les propositions de M. Zasada serviront uniquement les intérêts des compagnies aériennes », explique Enrique Carmona, président de la section aviation civile du syndicat européen. Le secrétaire politique de l'ETF, François Ballestero, espère que le premier vote du Parlement cet automne permettra d'agrémenter la réforme aéroportuaire de mesures sociales. Il veut tout de même faire preuve d'esprit de compromis: « On n'est pas contre plus d'ouverture, si il y a une dimension sociale obligatoire. S'il y a un transfert de personnel, c'est avec les conditions sociales qui vont avec, soit équivalentes ».

En escale à Strasbourg, les employés des opérateurs de service en escale ont gratifié chaque député d'un billet d'avion: le bout de papier promet un vol sur la compagnie Zasada Airlines, au départ de « mauvais » et à destination de « pire ». (MD)

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