Bruxelles, 08/06/2012 (Agence Europe) - La vice-présidente du gouvernement espagnol Soraya Sáenz de Santamaría a assuré, vendredi 8 juin, qu'aucune décision n'avait été prise concernant une éventuelle demande d'aide financière auprès de l'UE. « À ce moment, le gouvernement travaille avec le FMI et les auditeurs sur le montant que nécessite le secteur financier pour parvenir à assainir complètement le secteur », a-t-elle déclaré à l'issue d'un conseil des ministres, rapporte le site du quotidien El País. « Quand on connaîtra l'estimation, le gouvernement fera connaître sa position », a-t-elle précisé.
L'agence Reuters a été la première à affirmer que Madrid ferait, dès ce samedi, une demande formelle d'aide afin de renflouer son secteur bancaire plombé par ses actifs immobiliers toxiques. Cette demande interviendrait avant une téléconférence de l'Eurogroupe dont la tenue n'était pas officiellement confirmée à l'heure où nous mettions sous presse. Le porte-parole du commissaire chargé de l'euro Olli Rehn a seulement fait savoir que la Commission européenne n'avait reçu, à ce stade, aucune demande d'assistance. « Si une telle demande devait arriver, les instruments appropriés - le FESF - sont en place et prêts à être utilisés. (…) Mais nous n'en sommes pas là », s'est-il contenté d'ajouter, comme l'avaient fait la veille la chancelière allemande Angela Merkel ainsi que les ministres des Finances polonais Jacek Rostowski et suédois Anders Borg.
Le rapport que le FMI doit rendre public lundi prochain estimerait les besoins du secteur bancaire espagnol à 40 milliards d'euros. Les estimations des deux auditeurs sont attendues d'ici 10 à 15 jours. Selon l'agence de rating Fitch, qui a abaissé jeudi de trois crans, à BBB, la notation financière de la dette espagnole, les besoins du secteur bancaire espagnol se situent dans une fourchette entre 60 et 100 milliards d'euros. Des estimations très « disparates », a critiqué le porte-parole de M. Rehn. Jeudi, Madrid avait pourtant réussi à lever plus de 2 milliards d'euros de titres à moyen et long termes, certes à des taux élevés (6,4% pour les titres à 10 ans).
Les réticences de l'Espagne à faire appel à une aide financière internationale proviennent du caractère conditionnel de cette aide. En l'état actuel du traité instituant le FESF, tout soutien financier à un État pour qu'il assainisse son secteur bancaire s'accompagne forcément d'un programme d'austérité. « M. Rajoy ne fait pas appel au fonds parce qu'il ne peut pas vendre l'idée de la 'troïka' à son peuple », a déclaré Hannes Swoboda (S&D, autrichien) à EUROPE. Comme les trois pays déjà sous programme, l'Espagne refuse l'humiliation de ce qu'elle considère comme une mise partielle sous tutelle. Elle redoute les mesures d'austérité additionnelles qu'elle devra prendre, alors que ses partenaires reconnaissent qu'elle fait tout son possible dans ce domaine malgré la récession qui la frappe. En coulisses, les tractations vont bon train sur l'octroi d'une aide 'light', via le fonds espagnol de sauvetage bancaire. L'Irlande, qui a été contrainte en 2010 à demander une aide après l'implosion de son système bancaire, a déjà prévenu qu'elle viserait à renégocier les termes de son programme si l'Espagne obtenait des conditions plus avantageuses. (MB)