Bruxelles, 05/06/12 (Agence Europe) - Le think tank European Policy Center (EPC) a planché, lundi soir, sur le projet d'agence de notation internationale à but non lucratif qu'était venue présenter Annette Heuser, directrice exécutive de la Fondation Bertelsmann. Vincent Truglia et Edward Emmer, respectivement anciens directeurs généraux de Moody's Investors Service et Standard and Poor's, ainsi que Mario Nava, directeur pour les institutions financières de la DG Marché intérieur, étaient venus critiquer le projet.
Annette Heuser a expliqué que l'idée de la Fondation avait été initiée par le constat que les notes attribuées par les agences de notation « affectent tout le monde », le marché mais également le contribuable. Elle a également déploré que la dégradation d'une note ne soit accompagnée d'aucune explication. C'est pourquoi, selon elle, une agence de notation devrait être un service public et les gouvernements devraient faire partie intégrante du processus. Les fonds nécessaires aux premières années de fonctionnement d'INCRA (pour International Non-Profit Credit Rating Agency), estimés à 400 millions de dollars, seraient ouverts à des acteurs privés et publics. Pour éviter de potentiels conflits d'intérêts, un conseil d'actionnaires garantirait l'indépendance de l'agence.
« Le projet d'agence européenne ne résoudra rien » selon Mme Heuser, qui voit en son modèle la seule alternative crédible face aux 'Big Three' (Moody's, S&P, Fitch) qui se partagent 95% du marché. Sur ce point, Mario Nava ne la rejoint pas. Pour lui, plus il y a d'initiatives, plus on améliore la qualité du marché. « Une agence européenne ne doit pas être perçue comme une alternative mais comme un complément », a-t-il indiqué.
Cependant, selon l'expérience d'Edward Emmer, « la compétition diminue la qualité de la notation ». Son point de vue étant que la note devrait constituer le début de l'analyse et non le produit fini.
Vincent Truglia a pour sa part affirmé que l'évolution du marché devait forcément mener à l'évolution des agences de notation et que, si le modèle proposé par la Fondation Bertelsmann était le meilleur, cela se saurait rapidement car les autres agences « ne tarderaient pas à le copier ».
Annette Heuser a également insisté sur la transparence, qui, selon elle, laisse à désirer dans les agences telles que Moody's, où Vincent Truglia a reconnu que les analyses étaient disponibles « uniquement pour les abonnés ». « Nous voulons que les analyses soient consultables par tout un chacun », a affirmé Mme Heuser. Elle compte sur le G20 pour convaincre les institutions et trouver des investisseurs.
Si le projet voit le jour, l'agence notera dans un premier temps les gouvernements nationaux, puis, après sa première année d'existence, les entités supranationales, « aussi bien l'Union européenne que le FMI ». Elle ne prévoit toutefois pas d'évaluer le secteur bancaire. INCRA se laissera cinq années pour évaluer sa viabilité sur le long terme. « Si, dans cinq ans, cela ne marche pas, tous nos investisseurs seront remboursés », a-t-elle indiqué. (EL-stag)