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Bulletin Quotidien Europe N° 10613
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Les raisons qui imposent de revenir à la « méthode communautaire » - Le maintien de la Grèce dans la zone euro a ses défenseurs - Pour la rigueur budgétaire

La méthode communautaire doit prévaloir sur la méthode intergouvernementale. Le monde socialiste européen est en ébullition ; il espère, et c'est normal, que la victoire de M. Hollande en France soit le symptôme d'évolutions analogues dans d'autres États membres. Certes, dans l'UE, les évolutions sont rapides ; les observateurs ont calculé que depuis avril 2010 la majorité politique a changé de couleur dans 15 États membres: dans la plupart des cas en direction du centre-droit (Hongrie, Royaume-Uni, Espagne ou Portugal), mais aussi dans l'autre sens (Danemark, Slovaquie, Roumanie et maintenant France). Cette rubrique a déjà observé que ces changements se répercutent sur la composition du Conseil européen et des Conseils ministériels, sans oublier que le Parlement européen sera prochainement renouvelé.

J'estime toutefois que les changements de majorités et de gouvernements dans les États membres ne déterminent pas seuls les orientations de l'UE. Il ne faut pas oublier que la Commission européenne est super partes ; elle réunit des personnalités de toutes les tendances politiques et sa tâche est de définir l'intérêt communautaire. En outre, des gouvernements de coalition existent dans certains États membres et, au sein du Conseil de l'UE, la recherche de compromis est permanente.

Il ne faut pas oublier les particularités du parti socialiste allemand et son attitude favorable à l'égard de la cogestion des entreprises entre les travailleurs et les patrons ; cette rubrique s'est efforcée de rendre compte de cette situation particulière dans le bulletin n° 10593 d'avril dernier. D'ailleurs, les observateurs (journalistes et autres) et les experts évoquent la possibilité en Allemagne d'une prochaine alliance gouvernementale entre Mme Merkel et les socialistes…

Les différents éléments cités me conduisent à estimer que le fonctionnement institutionnel de l'UE ne doit pas être comparé à celui des États membres: au niveau communautaire, il n'y aura pas de domination radicale de l'une ou de l'autre tendance politique. Une évolution en ce sens ne serait pas souhaitable car, dans une communauté de 27 États membres qui s'élargira encore, on aura des élections nationales chaque année et même plusieurs fois par an. Or, la voie pour éviter que le changement de majorité dans un pays ne se répercute excessivement sur l'activité communautaire existe et elle est évidente: l'UE doit être fidèle à la méthode communautaire et se méfier (raisonnablement) de la méthode intergouvernementale.

Certes, les évolutions sont normales dans toute démocratie et il faut en tenir compte. En particulier, la composition du Conseil européen est logiquement déterminée par les résultats des élections nationales ; mais si la méthode communautaire prévaut comme elle doit, les évolutions restent dans la normalité.

Au-delà des positions doctrinaires, c'est donc le bon fonctionnement de l'Union européenne qui exige le respect de la méthode communautaire. C'est un argument qui mérite d'être affirmé davantage.

Pour la Grèce dans l'euro: arguments douteux. Le président du groupe socialiste du Parlement européen, Hannes Swoboda, a pris position contre la sortie de la Grèce de la zone euro. Il l'a fait avec fermeté et vigueur, en définissant irresponsables et messages vains et inutiles les prises de position pour la sortie. Je le signale aux lecteurs parce que hier dans cette rubrique je soutenais la sortie, dans l'intérêt de l'UE et de la Grèce elle-même. Selon M. Swoboda, il ne faut pas prendre à la lettre le résultat des dernières élections, qu'il interprète comme une expression de colère et de désespoir. Et il affirme que l'abandon de la zone euro par la Grèce aurait de graves conséquences pour d'autres pays de l'UE, alors que tout indique que ce sont les défaillances grecques qui pèsent lourdement sur l'ensemble de la zone.

Daniel Cohn-Bendit, coprésident du groupe des Verts au PE, est encore plus explicite: « C'est idiot de menacer les Grecs ; il faut trouver une porte de sortie avec eux. » J'estime qu'il néglige des éléments essentiels: le vote du peuple grec rejetant le plan qui existe ; l'absence de progrès d'Athènes dans l'application de ce plan ; les avantages que la sortie (peut-être momentanée) de l'euro, couplée avec les soutiens économiques renforcés de l'UE, apporterait à la Grèce elle-même.

J'ajoute l'élément fondamental toujours oublié: les répercussions de la situation grecque dans d'autres pays de l'euro, du Portugal à l'Irlande, de l'Espagne à l'Italie et même en France ! Selon la presse française, la stratégie de François Hollande serait compromise, surtout dans les relations avec l'Allemagne, à quelques jours de la visite à Berlin. Et tout ceci pour rien, car pour le moment la Grèce n'est de toute manière pas en mesure de respecter les règles de l'euro.

Je reste donc de l'avis que le vote du peuple grec doit être pris au sérieux ; et quant à l'opportunité de la sortie de l'euro (mais pas de l'UE !), je dirais, une fois de plus, comme M. Prudhomme: « C'est mon avis et je le partage. »

Le Parlement européen contre les gaspillages. Le PE a renoncé à envoyer une délégation au sommet de l'ONU sur le développement durable qui se déroulera le mois prochain à Rio de Janeiro, en estimant que le coût serait excessif (voir notre bulletin d'hier). Je reviens sur cet épisode, car cette rubrique a fait récemment une remarque perplexe sur les voyages de parlementaires européens en Amérique du Sud, alors que le projet d'une Association UE/Mercosur est dans l'impasse et que les rencontres parlementaires ne font que de la rhétorique. Toutes les institutions européennes doivent prouver qu'elles sont conscientes de l'exigence de la rigueur dans leurs dépenses en cette période d'austérité pour tous. L'épisode cité et d'autres attitudes positives démontrent qu'elles en sont conscientes. On pourrait citer aussi la décision majoritaire du Parlement européen, dont notre bulletin a rendu compte hier, de reporter la décharge relative aux budgets 2010 de trois agences communautaires, actives dans des domaines aussi délicats et importants que l'environnement, la sécurité alimentaires et les médicaments. Ceci à cause de doutes et perplexités sur leur gestion (notamment à propos des coûts) et de leur composition.

(FR)

 

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