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Bulletin Quotidien Europe N° 10608
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES / (ae) Économie

Swoboda, un vent nouveau souffle en Europe

Bruxelles/Rome, 04/05/2012 (Agence Europe) - Le président du groupe S&D au Parlement européen, l'Autrichien Hannes Swoboda, est d'avis qu'une victoire socialiste aux élections présidentielles en France permettrait d'infléchir la réponse européenne à la crise de la dette souveraine, dans une interview à EUROPE accordée en marge de la conférence européenne de la Fondation pour les études progressistes européennes (FEPS) qui s'est tenue les 2 et 3 mai à Rome. Selon lui, les citoyens européens sont prêts à accepter les réformes, même douloureuses, à condition que celles-ci soient justes. (MB)

Agence Europe- Quelle est votre analyse de la réponse à la crise de la dette en Europe ?

Hannes Swoboda - Les effets désastreux des politiques actuelles sont de plus en plus visibles. Le chômage augmente, il n'a jamais été aussi élevé dans l'Eurozone et dans l'UE. Chez les jeunes, il atteint 36% en Italie, plus de 50% dans certains pays. Si vous avez le cancer, ce n'est pas de l'aspirine qu'il vous faut.

Agence Europe - le modèle social européen est-il en danger ?

Hannes Swoboda - Oui. Mario Draghi a montré comment ce risque existe et certains veulent enterrer ce modèle. Il est très important de le défendre. Cela ne veut pas dire que nous ne devons pas faire des réformes. Tous les États membres doivent couper dans certaines dépenses budgétaires, c'est évident. Tous doivent agir dans le domaine des retraites. Mais la question de l'équité est essentielle. Si quelqu'un, comme en France, a déjà travaillé et contribué au système de sécurité sociale pendant 40 ans et doit travailler jusqu'à 65 ans, ce n'est pas juste. En Roumanie, le gouvernement est tombé en raison de mesures socialement injustes. La question, c'est l'équité et la répartition des sacrifices au sein de la population.

Agence Europe - Que peuvent changer les élections en France au niveau européen ?

Hannes Swoboda - Les temps changent, un vent nouveau souffle, mais pas assez fort. Les élections en France changeront le climat parce que d'autres forces politiques, qui ont les mêmes idées que M. Hollande, seront renforcées. Cela ne concerne pas uniquement la France. D'autres diront: nous avons un nouvel allié pour agir différemment. Si vous être plus ou moins seul contre Mme Merkel, c'est difficile. Certains alliés, comme M. Monti, sont certes plus modérés, ils ne sont pas d'accord sur tout. Mais le réseau de coopération au niveau européen sera modifié. Y compris la Commission européenne qui pourrait être plus courageuse et mettre en avant des idées qu'elle cache jusqu'à présent.

Agence Europe - Quelles mesures préconisez-vous pour stimuler la croissance ?

Hannes Swoboda - Un élément consiste à réduire les disparités entre les pays. Comme le dit Joseph Stiglitz, il faut utiliser la marge de manœuvre pour des politiques économiques et salariales expansionnistes en Allemagne et dans d'autres pays. Deuxièmement, il faut une politique fiscale qui alimente l'investissement et corrige la mauvaise redistribution des richesses de ces dernières années. Il ne s'agit pas de creuser les déficits mais d'avoir des dépenses budgétaires suffisantes, couvertes par l'impôt, afin de produire un effet redistributif. La discussion sur l'augmentation du capital de la Banque européenne d'investissement est aussi importante. Le rôle de la Banque centrale européenne doit aussi être conforté en indiquant clairement un soutien total envers sa politique expansionniste. Il est aussi important de donner plus de temps à des pays comme l'Espagne et la Grèce pour équilibrer leur budget parce que, s'ils doivent s'en tenir à la ligne définie, ils n'y arriveront jamais. Si vous additionnez ces éléments, vous obtenez une approche holistique.

Agence Europe - La stratégie 'EUROPE 2020' est-elle en train d'échouer ?

Hannes Swoboda - Personne ne la prend au sérieux, à part peut-être la Commission. En tout cas, aucun gouvernement. Si vous avez un agenda pour la croissance et, dans le même temps, vous soutenez une politique extrême d'austérité, ça ne marche pas. La stratégie 'EUROPE 2020' est partiellement un agenda pour la croissance mais sans moyen financier. Elle est torpillée par la Commission elle-même, particulièrement par des personnes comme M. Rehn. J'aime bien M. Rehn, notamment ce qu'il a fait à l'Élargissement, mais le problème, c'est cette philosophie des services de la Commission qu'on lui a imposée ou qu'il a acceptée. Le soutien de la Commission à cette politique d'austérité est en train de détruire la stratégie 'EUROPE 2020'.

Agence Europe - Que peut-on attendre d'un Sommet pour la croissance ?

Hannes Swoboda - J'ai des doutes sur un événement en toc façon 'bling bling'. Tout d'un coup on dirait qu'on est en faveur de la croissance et tout le monde s'émerveille. Le message n'est pas mauvais mais il faut regarder le contenu. Il faut un concept sérieux et compréhensif. Il serait peut-être bon de prendre un peu de temps et avoir une meilleure initiative au lieu d'un décor de cinéma, visible mais sans rien derrière.

Agence Europe - Comment convaincre l'Allemagne de bouger sur le rôle de la BCE ?

Hannes Swoboda - Si vous dites: 'Le déficit structurel ne devrait pas être supérieur à 1% si l'on exclut l'investissement en faveur de la croissance', vous n'avez pas modifié le traité mais vous avez une interprétation d'un concept très vague de déficit structurel.

Agence Europe - Quels investissements pourraient bénéficier d'une interprétation plus flexible du Pacte de stabilité et de croissance ?

Hannes Swoboda - Nous ne les définissons pas précisément, ce pourrait être une tâche laissée à la Commission. Nous pouvons aussi avoir un plafond de dépenses. L'idée est d'avoir une marge de manœuvre au niveau des États membres et des secteurs d'activités comme les infrastructures ou la recherche. Les discussions (sur les règles complétant le Pacte de stabilité et de croissance révisé, NDLR) ont été déplacées après les élections en France. Le Parlement européen a décidé de ne pas se précipiter.

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