Bruxelles, 17/04/2012 (Agence Europe) - Puisque certains pesticides seraient responsables du déclin des colonies d'abeilles, le Médiateur européen, P. Nikiforos Diamandouros, a annoncé, mardi 17 avril, l'ouverture d'une enquête afin de déterminer si la Commission européenne a pris les mesures requises pour lutter contre la mortalité accrue des abeilles dans l'UE. Il demande à celle-ci de soumettre un avis pour le 30 juin 2012.
Le porte parole de John Dalli, commissaire européen à la Santé, a indiqué à EUROPE avoir « envoyé » à l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) l'étude récente parue dans la revue Science selon laquelle certains pesticides (néonicotinoïdes) affectent la santé des abeilles. « C'est ce qu'on fait lorsque de nouvelles études scientifiques montrent qu'il pourrait y avoir de nouveaux éléments. L'EFSA a jusqu'au 30 avril pour y répondre ». La balle est donc actuellement dans le camp d'EFSA. Une autre étude datant de mars 2012 et publiée en Italie sur les néonicotinoïdes, fera aussi l'objet de vérications de la part de l'autorité européenne.
À la lumière des avis de l'EFSA, la Commission peut relancer une procédure sur l'autorisation de ces substances. La Commission rappelle que cela fait un an qu'elle a demandé à l'EFSA de revoir le régime d'évaluation des risques pour les abeilles. Il est demandé aux opérateurs qui souhaitent mettre sur le marché de nouveaux pesticides de « faire une étude d'impact sur les abeilles », a précisé le porte-parole.
La Commission a autorisé l'utilisation d'un certain nombre d'insecticides, pour la protection des végétaux, connus sous le nom de néonicotinoïdes. La réglementation en vigueur prévoit un processus d'examen concernant l'autorisation de ces substances au cas où de nouvelles preuves scientifiques indiqueraient qu'elles ne remplissent plus les critères d'approbation comme, par exemple, si elles constituent une menace pour la santé animale, explique un communiqué du service du Médiateur européen.
Selon le 'Collège des Médiateurs autrichien', à l'origine de la plainte auprès du Médiateur, les observations des apiculteurs, ainsi que de nouvelles preuves scientifiques, suggèrent que certains néonicotinoïdes auraient conduit à une mortalité accrue des abeilles ces dernières années. Le problème de l'augmentation de la mortalité des abeilles a également fait l'objet d'un certain nombre de questions parlementaires à la Commission européenne au cours des dernières années.
En 2011, la Commission a déclaré qu'elle était consciente de la toxicité des néonicotinoïdes. Cependant, elle a fait valoir que leur utilisation devrait être possible si le traitement est limité à des niveaux non-nocifs.
Selon le plaignant, la Commission n'a pas pleinement traité la question de la mortalité des abeilles et de la probabilité qu'elle soit liée à l'utilisation de certains néonicotinoïdes. Selon lui, la Commission devrait tenir compte des nouvelles preuves scientifiques et prendre des mesures appropriées, telle que la révision de l'autorisation des substances concernées, afin de résoudre le problème.
Fin mars, deux études ont été publiées dans la revue Science sur les effets des insecticides de la famille des néonicotinoïdes sur les abeilles et les bourdons. L'étude sur les abeilles, menée par Mickaël Henry (INRA Avignon en France), a permis de marquer les abeilles qui se déplaçaient en collant, sur leur thorax, une minuscule puce à radio-identification (ou RFID).
Ce dispositif innovant a permis de suivre les déplacements de ces hyménoptères, notamment ceux à qui une dose sublétale de thiaméthoxam avait été donnée. Cette fois, les résultats obtenus ont montré que les abeilles exposées au thiaméthoxam avaient deux ou trois fois plus de risques de mourir à l'extérieur de leur ruche. Pour les chercheurs français, « ces décès se produisaient probablement parce que le pesticide interférait avec le système de localisation de la ruche des abeilles. Notre étude soulève la question importante des procédures d'autorisation des pesticides. Jusqu'à présent, elles demandaient surtout aux fabricants de s'assurer que les doses rencontrées sur le terrain ne tuaient pas les abeilles, mais elles ont complètement négligé les conséquences de doses non létales qui peuvent cependant provoquer des problèmes de comportement », fait savoir Mickaël Henry.
Dans un communiqué récent, le ministère français de l'Agriculture annonce, en réaction à l'étude de Science, qu'il « lance la procédure de réévaluation de l'autorisation de mise sur le marché du Cruiser OSR » (qui utilise le thiaméthoxam). Il annonce également qu'il a saisi l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES) de cette étude. Le ministère saisit également la Commission européenne et l'EFSA. Il demande d'en tirer toutes les conséquences pour l'évaluation européenne du thiamétoxam et, le cas échéant, de compléter le cadre harmonisé de l'évaluation des produits phytosanitaires pour les abeilles.
Dans un communiqué, Syngenta, la société qui produit le Cruiser OSR, « conteste vivement les conclusions de cette étude ». (LC)