Bruxelles, 12/03/2012 (Agence Europe) - Tout aura été essayé, en vain. L'opposition de la Pologne à toute étape intermédiaire qui aille, pour l'heure, au-delà d'une réduction de 20% des émissions de CO2 de l'UE à l'horizon 2020 (par rapport à 1990) dans le cheminement devant conduire l'UE à une réduction de ses émissions de 80% à l'horizon 2050, a empêché, vendredi 9 mars, le Conseil Environnement d'adopter des conclusions sur la feuille de route vers une économie à faible teneur en carbone à l'horizon 2050 (EUROPE n° 10570). Le scénario s'était produit en juin 2011. Il s'est reproduit à l'identique, à la grande déception de la présidence danoise qui avait pourtant inscrit ce sujet comme premier point à l'ordre du jour, déterminée à négocier aussi longtemps que nécessaire.
Négociations à 27, interruptions de séance, aménagement du compromis pour préciser dans le texte que les jalons (40% d'ici à 2030 et 60% d'ici à 2040) sont indicatifs, bilatérales pour arracher un consensus unanime n'ont pas eu raison de l'intransigeance polonaise. Résultat: la session a joué les prolongations et il a fallu à 26 délégations se contenter de conclusions de la présidence et non du Conseil. Pour autant, Commission européenne et présidence comptent bien ne pas en rester là, la première, forte de son droit d'initiative, la seconde, forte des orientations des chefs d'État et de gouvernement des 27 qui, quelques jours plus tôt, avaient pressé l'UE d'accélérer la transition vers une économie sobre en carbone.
Devant la presse, à l'issue de la session, Martin Lindegaard, ministre danois du Climat, de l'Énergie et de la Construction a fait ce triste constat: « Il n'y a pas d'accord sur la feuille de route. Malheureusement, pour la deuxième fois, une délégation a bloqué l'adoption des conclusions. 26 les ont soutenues pour aller de l'avant et demander à la Commission des propositions pour avancer. Ce fut une dure journée, des négociations âpres. Nous apprécions que 26 délégations aient soutenu les conclusions de la présidence ». Comble de l'ironie, c'est pour tenter d'accommoder la Pologne que la mention d'une réduction faisable et rentable de 25% des émissions dès l'horizon 2020 avait été biffée du texte en juin et ne figure donc plus dans les conclusions de la présidence. « Le Conseil européen nous avait demandé d'avancer. Nous allons trouver les moyens d'avancer tous ensemble », a ajouté le président du Conseil.
La Commission ira de l'avant. Connie Heddegaard, commissaire à l'Action pour le climat s'est montrée moins diplomate. « Si tous avaient pu être à bord, cela aurait été mieux, mais 26 pays veulent vraiment que l'on avance Nous présenterons les propositions dont nous avons besoin, y compris des règlements spécifiques sur le marché du carbone. Nous n'accepterons jamais qu'un pays nous bloque si 26 veulent avancer », a-t-elle dit. Ces propositions porteront sur « les étapes indicatives 2030 et 2040 qui nous conduiront vers un futur sobre en carbone et nous continuerons à travailler avec différents secteurs qui ont leur propre feuille de route », a précisé la commissaire. La machine est en marche puisque le Conseil européen veut voir la directive sur l'efficacité énergétique adoptée dès juin, et que la proposition de budget 2014-2020 contient une forte composante climat. Devant la presse, le ministre polonais de l'Environnement, Marcin Korolec, déçu de n'avoir pas réussi à convaincre ses collègues, a réitéré que « la politique climatique de l'UE fait partie de la politique climatique globale et doit coller à cette politique globale. Regardons ce que les autres partenaires adoptent comme instruments ! ». Et puisqu'à Durban la communauté internationale a décidé que les négociations globales pour la troisième période du Protocole de Kyoto sont prévues en 2015, « aujourd'hui, il était prématuré de prendre une décision sur les prochaines étapes ». Selon lui, les conclusions du Conseil ÉCOFIN de mai 2011 « sont très importantes » et suffisent, pour l'heure. Rappelant les particularités de son pays dépendant à 95% du charbon pour sa production d'électricité, le ministre a rappelé que « la Commission a l'obligation de présenter des analyses d'impact sur les différents secteurs, les différents pays et d'autres objectifs » que ceux approuvés en 2008.
Les ONG stigmatisent la Pologne. Les ONG de développement comme la CIDSE et APRODEV, qui voient dans « l'irresponsable veto de la Pologne une gifle pour les pays en développement du monde et une menace pour les négociations internationales », appellent l'UE à faire son maximum pour réaffirmer son leadership. L'ONG environnementale FOEE juge « déplorable qu'un seul État membre s'obstine à refuser de reconnaître les bénéfices à long terme d'une réduction des émissions rapide et planifiée dans la prochaine décennie et au-delà ». CAN EUROPE (Climate Action Network Europe) accuse « la Pologne de prendre l'ambition climatique de l'UE en otage » et de s'être « isolée du reste de l'UE et de ses propres citoyens qui sont en faveur de davantage d'efforts pour le climat ». Ces ONG engagées dans la lutte contre le changement climatique voient dans les résultats du Conseil l'incapacité de l'UE à réparer les défaillances du marché du carbone, à saisir les bénéfices d'une action climatique plus ambitieuse et à répondre aux progrès enregistrés dans les négociations climatiques internationales. D'où leur appel à inscrire le dossier au prochain Conseil européen, à prendre les mesures pour accroître le niveau d'ambition de l'UE et à ramener la Pologne dans le concert des 27. (AN)