Bruxelles, 09/03/2012 (Agence Europe) - C'est un vrai soulagement pour l'Eurozone. La Grèce a réussi à convaincre une grande majorité (83,7%) de ses créanciers privés à participer à la restructuration partielle de sa dette publique, la plus importante opération de ce genre jamais réalisée. « Au nom de la République, je souhaite exprimer ma considération à tous nos créanciers qui ont soutenu notre programme ambitieux de réforme et d'ajustement et qui ont partagé les sacrifices du peuple grec dans cette aventure historique », a déclaré le ministre grec des Finances M. Venizélos. Les créanciers acceptent une perte de valeur supérieure à 70% sur leurs obligations en raison de l'allongement de la maturité des titres qu'ils recevront en échange, et les taux d'intérêt en baisse fixés aux nouvelles obligations. Lundi prochain, l'Eurogroupe devrait décider définitivement d'octroyer une aide de 130 milliards d'euros dans le cadre du 2ème sauvetage grec.
Réunis vendredi 9 mars par visioconférence après la clôture de l'offre grecque d'échange de titres, les ministres des Finances de l'Eurozone se disent « encouragés » par le niveau « élevé » de participation du secteur privé à la restructuration partielle de la dette hellénique. L'accord sur le 2ème programme grec prévoit que, avec un taux de participation privée de 90%, la dette hellénique sera ramenée de 160% à 120,5% du PIB.
L'Eurogroupe a été informé de l'activation de clauses spécifiques permettant d'obliger les créanciers privés réticents à échanger leurs obligations émises en droit grec. Sur les 177 milliards d'euros de titres émis en droit grec, 152 milliards d'obligations ont fait l'objet d'un échange volontaire, impliquant 85,8% des créanciers privés. L'activation de ces clauses devrait entraîner un événement de crédit et, partant, déclencher le paiement de 2,3 milliards d'euros de primes d'assurances contractées contre le risque de défaut partiel de la Grèce. Une somme que les marchés sauront digérer. À noter que, afin d'attirer plus d'investisseurs, l'échange de dette reste ouvert jusqu'au 23 mars pour les titres émis en droit autre que la législation grecque.
Berlin a salué l'opération comme « un grand pas » vers « la stabilisation » et « la consolidation », indique Les Échos. Paris a évoqué « un beau succès » qui permet d'atteindre « tous les objectifs » fixés. Pour la directrice générale du FMI Mme Lagarde, le résultat de l'échange de dette est « prometteur ». Le FMI statuera mi-mars sur le montant de sa contribution au 2ème programme grec. « Les investisseurs reconnaissent de cette manière que l'Europe a engagé des fonds importants à cette échange volontaire de dette », a estimé le commissaire chargé de l'euro M. Rehn. Sur l'enveloppe publique de 130 milliards d'euros, 30 milliards serviront à rehausser les nouveaux titres que les investisseurs privés recevront. Le président du Conseil européen M. Van Rompuy a évoqué « un tournant dans la crise », sur son compte Twitter. Une issue positive à la restructuration partielle de la dette grecque constitue l'une des conditions préalables au déblocage final de l'enveloppe publique promise. Dans sa déclaration, l'Eurogroupe apprécie positivement le rapport de la 'troïka' (Commission européenne, BCE, FMI) selon lequel la Grèce a adopté « de manière satisfaisante » les mesures préalables requises, comme des coupes dans les salaires et les retraites. Comme la Commission, il presse Athènes de maintenir « l'élan » en appliquant « rigoureusement » le programme d'ajustement. Nul doute que la Grèce devra encore relever de nombreux défis avant de voler à nouveau de ses propres ailes. D'ici là, l'Eurogroupe considère désormais réunies « les conditions nécessaires » à la finalisation du 2ème sauvetage grec. (MB)