Bruxelles, 07/03/2012 (Agence Europe) - La recherche et l'innovation permettront de façonner l'agriculture de demain, pour produire plus, mieux et dans le respect de l'environnement et des ressources naturelles, ont déclaré en substance les participants à une grande conférence, mercredi 7 mars à Bruxelles, sur la recherche dans le secteur agricole.
Dès maintenant, avec les propositions sur la réforme de la politique agricole commune (PAC), « se prépare l'agriculture de demain, une agriculture qui, au XXIème siècle, devra être durable et innovante pour être compétitive et socialement intégrée », a déclaré le commissaire européen à l'Agriculture Dacian Ciolos. Il a lancé un véritable appel à la « mobilisation générale » sur un sujet qui est trop longtemps « resté dans l'ombre des laboratoires et des publications scientifiques ». Il est bien décidé à soutenir la recherche, l'innovation et les échanges de connaissances en agriculture.
La Commission européenne a mis sur la table des propositions très ambitieuses dans ce domaine. Elle propose de doubler les crédits disponibles au niveau européen sur ce thème et de mettre en place une boîte à outils complète à même d'amplifier l'effort de recherche et d'innovation agronomique. Dans les années 60 et 70, les défis étaient importants, mais ils étaient plus simples qu'aujourd'hui: il fallait avant tout produire. Désormais, les défis sont complexes et tous les champs de la recherche doivent être explorés pour remplir les objectifs politiques de l'UE: - la sécurité alimentaire ; - la gestion des ressources naturelles ; - des aspects liés à l'économie agricole en tant que telle (répartition de la valeur ajoutée au sein de la chaîne alimentaire, organisation des filières et développement équilibré des zones rurales).
Il faut changer de méthodes, selon M. Ciolos. Une véritable concertation de toute la chaîne de la connaissance agronomique, jusque dans les exploitations, permettra de travailler plus efficacement dans deux directions: - libérer le stock de connaissances disponibles, le rendre accessible. Aujourd'hui les outils de communication permettent de mettre à disposition des savoirs à une vitesse formidable. Pourquoi ne pas imaginer des « wikis » agronomiques accessibles facilement dans chaque exploitation, un peu comme le fait wikipedia ? - développer les connaissances qui feront l'agriculture de demain.
Pour réaliser ces deux objectifs, un décloisonnement des univers de la science et de la pratique est fondamental, a dit Dacian Ciolos. Avec le programme Horizon 2020, avec le FAS (Système de conseil agricole) élargi, avec les programmes de développement rural offrant des mesures de coopération et d'innovation renforcées et avec le nouveau Partenariat européen pour l'innovation, nous pouvons travailler dans quatre directions prioritaires: - assurer une meilleure identification des problématiques de recherche, mieux cerner les besoins et élargir le champ des 'prescripteurs' de recherche en impliquant les agriculteurs ;
- favoriser la recherche dans tous les domaines et pour toutes les structures agricoles, sans modèle exclusif en tête (faire travailler ensemble l'écologie et la génétique, les sciences du sol et la biologie moléculaire) ;
- soutenir non seulement la recherche fondamentale, mais aussi la recherche appliquée et l'innovation ;
- garantir que les bonnes idées ne restent pas cantonnées à des publications érudites, mais qu'elles arrivent dans les exploitations y compris les petites exploitations.
Maire Geoghegan-Quinn, la commissaire européenne à la Recherche, a déclaré dans un message transmis par vidéo que le fait de se servir de la recherche et des solutions innovantes est un point clé pour « développer l'agriculture et l'industrie agro-alimentaire ». Elle a estimé que le Partenariat européen d'innovation (PEI) dans le domaine de l'agriculture, lancé le 29 février, « présente un potentiel énorme ». Nous avons beaucoup d'ambition en la matière, a conclu la commissaire.
Protéger l'environnement et s'adapter au changement climatique
Mette Gjerskov, la ministre danoise de l'Agriculture, et présidente en exercice du Conseil Agriculture, a déclaré que l'importance de l'innovation dans l'agriculture est « cruciale ». L'agriculture peut nous aider à relever les défis que sont le changement climatique, la sécurité alimentaire, l'emploi, la concurrence au niveau international. Le secteur agricole a besoin de l'aide de la science (nouvelles connaissances, nouvelles technologies) « pour produire plus à partir de moins tout en réduisant son empreinte environnementale ». La présidence danoise, qui défend une Europe plus verte, estime qu'il est nécessaire de « créer de la croissance sans accroître l'utilisation des ressources naturelles et énergétiques ». Grâce à la recherche, il est possible de créer de « nouvelles sources de revenus » et de maintenir « un marché d'exportation actif », a défendu la ministre danoise. Elle a estimé que la PAC doit contribuer positivement à la promotion de nouvelles méthodes de production basées sur la connaissance qui permettront de protéger l'environnement et lutter contre le changement climatique et s'y adapter. La PAC doit être un moteur d'innovation et il faut assurer un cadre adéquat pour permettre au secteur agroalimentaire d'investir dans de nouvelles technologies et de développer de nouveaux produits, a rappelé Mette Gjerskov. Elle a insisté sur l'importance de produire le biogaz. Elle a rappelé que la Commission propose d'allouer 4,5 milliards d'euros à la recherche agricole sur la période 2014-2020, « ce sont des sommes importantes, le double de ce qui est dépensé actuellement sur la période 2007-2013 », a-t-elle fait remarquer. Les leviers essentiels de l'innovation sont le marché et donc les citoyens, lesquels « nous demandent de résoudre les défis auxquels est confrontée notre société », a-t-elle conclu.
Il faut augmenter la production
Paolo de Castro, le président de la commission agriculture du Parlement européen, a rappelé que la demande en aliments continue de croître alors que les capacités de production suscitent des inquiétudes à moyen et à long termes. Il a souligné le besoin d'augmenter la production pour répondre au problème de la sécurité alimentaire. « Aujourd'hui nous avons des pénuries », a-t-il rappelé, alors qu'avant il y avait des excédents de production alimentaire. « Il faut maintenir un haut niveau de production agricole et agroalimentaire tout en limitant l'utilisation d'eau, d'énergie et d'engrais chimiques », a déclaré Paolo de Castro. Il faut créer un processus d'innovation permettant de rompre avec les mécanismes anciens, et le rôle du PE sera décisif, a dit le président de la commission agriculture du PE. « Nous avons besoin d'une nouvelle révolution verte, et l'innovation doit créer de nouveaux processus organisationnels afin que la chaîne d'approvisionnement soit plus transparente, plus équilibrée et plus durable. Il faut aussi limiter les gaspillages des produits agricoles ».
Innover en matière génétique, augmenter les rendements
Marion Guillou, présidente de l'INRA (institut français), a estimé que le PEI proposé est très « cohérent ». Elle a expliqué par ailleurs que l'Académie des sciences américaine a estimé que 90% de la chimie en 2090 serait produite à partir de matières venant de la biomasse renouvelable (biomasse agricole ou venant par exemple des micro-algues). Donc en Europe, on a besoin de penser aux différentes fonctions de l'agriculture, en parvenant à produire plus, pour des filières différentes et produire mieux vis-à-vis des ressources naturelles, a ajouté Mme Guillou: 1) les besoins alimentaires (demande) de la planète dépendront de deux phénomènes, à savoir les régimes alimentaires des populations et la diminution des pertes et gaspillages (actuellement, les gaspillages représenteraient un tiers de la production agricole dans le monde). Cela suppose des travaux de recherche (éviter les pertes dues aux parasites dans les champs, améliorer les modes de stockage, travailler sur la présentation des produits, mieux comprendre les pratiques alimentaires) ; 2) il faut réduire l'utilisation de carbones fossiles (atténuation du changement climatique) et la biomasse peut être une solution à condition de s'assurer que les modes de production de la biomasse ont un bilan global positif ; 3) dans les grandes cultures (blé, riz), les rendements atteignent un plateau (n'augmentent plus). Les facteurs climatiques sont devenus un facteur d'atténuation de l'augmentation des rendements. « Il faut innover encore en matière génétique, pour augmenter les rendements, ce qui suppose aussi de réduire les délais de production des nouvelles variétés (il faut 15 ans entre le moment où on décide de cibler telle ou telle priorité de mise au point d'une nouvelle variété et entre le moment où cette variété est disponible sur le marché) ». Il faudra aussi, a rappelé Mme Guillou, maintenir le respect de la bonne gestion des ressources naturelles: le sol (qui devient une ressource rare), l'eau, la biodiversité et le climat. Cela demandera beaucoup d'innovations, d'arrangements dans le paysage (haies qui pompent les nitrates, bandes enherbées à côté des rivières…). La présidente de l'INRA a évoqué aussi le sujet de la résistance aux pathogènes (parasites plus importants). (LC)