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Bulletin Quotidien Europe N° 10569
POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) jai

La Grèce au cœur des réflexions des 27 sur l'espace Schengen ce jeudi

Bruxelles, 07/03/2012 (Agence Europe) - La Grèce et sa gestion des flux migratoires, la gouvernance de l'espace Schengen et les « outils » de solidarité envers les pays membres dits de « première ligne ». Ces trois sujets devraient dominer la réunion des ministres européens de l'Intérieur, qui se tient ce jeudi 8 mars à Bruxelles. Une réunion au cours de laquelle la question de l'élargissement - encore reportée - de l'espace Schengen à la Bulgarie et à la Roumanie s'invitera aussi, en l'occurrence à l'heure du déjeuner où les ministres commenceront à discuter des mesures à mettre en place pour permettre, si possible en septembre prochain, comme l'a prescrit le Conseil européen le 2 mars, un élargissement de la zone de libre circulation en toute sécurité.

La Grèce devrait en tout cas concentrer une bonne partie des débats. Mauvais élève de la zone euro, le pays l'est aussi en ce qui concerne l'asile et l'immigration. Voisine de la Turquie, elle constitue la principale porte d'entrée de l'immigration irrégulière dans l'UE. Les réformes de l'espace Schengen, faites en septembre dernier à la demande des 27 et plus particulièrement d'une poignée de pays comme la France, l'Allemagne ou l'Italie, et permettant le rétablissement en dernier ressort de contrôles aux frontières intérieures, avaient d'ailleurs au départ en partie été inspirées par la Grèce, avant les « événements » de Lampedusa.

Les partenaires de la Grèce sont agacés par ses lenteurs en termes de régularisation des demandeurs d'asile, de capacités d'accueil et de centres de rétention ou encore par sa mauvaise gestion des frontières et cela en dépit de fonds européens qui lui ont été et lui seront encore versés à ce titre. Les États membres ne peuvent plus non plus y renvoyer les demandeurs d'asile arrivés via la Grèce, en vertu d'une série d'arrêts de la Cour des droits de l'Homme, qui leur a interdit ces transferts. D'où l'urgence pour eux de remédier rapidement aux problèmes grecs.

La Commission a soumis à cette occasion un rapport aux ministres sur l'état d'avancement du pays, pointant quelques progrès, par exemple sur des nominations dans les agences administratives compétentes, sur les infrastructures d'accueil des demandeurs d'asile ou encore sur les retours de migrants dans leurs pays d'origine, volontaires ou forcés. Mais elle observe aussi une série de points noirs, notamment dans la région d'Evros où elle demande aux autorités grecques de mettre d'urgence un plan d'action pour y améliorer la situation humanitaire et les conditions de vie des migrants détenus. Toutes ces recommandations seront discutées par les ministres. Une idée, formulée par le Danemark, sera aussi mise sur la table jeudi, a indiqué une source, en l'occurrence l'extension de la task force de l'UE pour la Grèce aux questions migratoires ou la création de plusieurs équipes de ce type allant directement discuter sur place avec les autorités des pays d'origine des migrants. Plusieurs ministres de l'Intérieur se réunissaient d'ailleurs déjà mercredi 7 mars pour évoquer ces pistes, notamment les ministres français, allemand, danois, belge, néerlandais et autrichien.

Cette pré-réunion devait aussi aborder la question plus large de la gouvernance de l'espace Schengen. Des conclusions sur le « pilotage politique » de la zone, cher aux Français, devraient être adoptées jeudi et reprendront les principaux développements observés depuis la crise de Lampedusa et le 'Printemps arabe'. L'idée de ce pilotage ? Mettre sur pied un travail collectif, aller vers davantage de discipline commune, avoir des débats ciblés - comme sur la Grèce par exemple - et des rapports de la Commission discutés ensuite par les ministres au moins une fois par semestre. Des rapports qui seraient en quelque sorte un « bilan de santé » de la zone de libre circulation et détailleraient les « choses urgentes à faire », dit une source. Les ministres seraient évidemment en première ligne, reprenant des débats jugés jusqu'ici comme confisqués par les experts.

Autres conclusions attendues ce jeudi: les efforts que les pays dits du « nord » consentiront aux pays du « sud » directement confrontés à l'arrivée de migrants. Ces conclusions seront une sorte de catalogue d'outils mis à la disposition de ces pays, entre mécanismes de gestion de crise, plans d'actions, missions de Frontex ou du Bureau européen d'appui en matière d'asile. Les pays du « nord » ne s'en cachent pas: cette boîte à outils constitue la contrepartie de l'abandon du mécanisme de suspension des transferts de demandeurs d'asile à inscrire dans Dublin, longtemps demandé par la Commission et les pays du sud. La Commission elle-même lui a désormais substitué un mécanisme d'alerte rapide.

Le Paquet « Asile » il en sera d'ailleurs assez peu question lors de cette réunion. La présidence danoise informera de l'état d'avancement du dossier. Les 27 se sont engagés à parvenir à un régime commun d'ici à la fin 2012, en validant les 5 textes du paquet, le règlement de Dublin, les directives qualifications, procédures et conditions d'accueil et la proposition Eurodac, la base de données des empreintes digitales des demandeurs d'asile. Certains pays sont assez confiants que la deadline de 2012 sera tenue mais à condition là aussi que la Commission accède à une requête du Conseil, à savoir permettre l'accès des forces de police aux bases de données Eurodac. Car sans cette proposition, on « ne pourra pas y arriver », a encore dit une source d'un grand pays. (SP)

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