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Bulletin Quotidien Europe N° 10535
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Quelques remarques sur l'utilité de garder un minimum d'optimisme, de continuer à se méfier des spéculateurs et de ne pas oublier l'histoire

Quelques éléments pour une interprétation positive. Si les efforts pour définir les règles de la gouvernance économique de la zone euro aboutissent à un accord, les historiens de demain pourraient situer la période actuelle parmi les plus efficaces et productives du long chemin vers la construction européenne. Non pas parce que la monnaie européenne serait sauvée, mais d'un point de vue beaucoup plus vaste, prenant en considération les répercussions sur le mode de vie des Européens, les progrès de la société civile, la diminution des injustices et des abus. Comment et pourquoi ? Parce que les analyses effectuées dans la plupart des États membres ont mis en lumière l'ampleur des lacunes et des injustices accumulées presque partout: comportement de la classe politique elle-même ; ampleur des gaspillages de la richesse publique ; ampleur parfois hallucinante de la fraude fiscale, et ainsi de suite.

L'exigence de rétablir l'équilibre budgétaire a obligé une grande partie des États membres à une sorte d'examen de conscience, dont le résultat devrait être positif pour tous. Certes, les bénéficiaires des gaspillages et des abus ne se résignent pas à perdre leurs avantages, et l'on assiste parallèlement aux tentatives de redressement et aux efforts pour les empêcher ; parfois le tort et la raison sont partagés entre les deux côtés ; mais je crois que globalement l'évolution est positive, surtout dans l'intérêt véritable des jeunes, même s'ils sont ceux qui protestent le plus. Le gonflement de la dette publique est surtout ruineux pour les nouvelles générations, auxquelles on laisse la responsabilité de faire face demain aux dettes d'hier et d'aujourd'hui.

Voici pourquoi la lumière faite sur les abus du passé, et la volonté de les éliminer, comporte aussi ses aspects positifs.

En pleine lumière. Plus les jours passent et plus les réactions européennes au déclassement simultané du rating monétaire de neuf pays de la zone euro apparaissent excessives et mal placées. Les agences de notation qui pèsent lourd dans le monde de la finance sont trois ; l'une d'elle a enlevé à la France le triple A et a déclassé l'Italie en série B, les deux autres ne l'ont pas suivie. Pourquoi seule l'opinion de la première a-t-elle été prise en considération et a-t-elle excité les moyens d'information ? Deuxième question: le troisième A avait été enlevé auparavant aux États-Unis ; pourquoi cette évaluation n'avait-elle provoqué aucune tempête véritable, ni dans l'opinion publique, ni dans le monde de la finance ? Toute l'opération est en fait ce qu'elle était dès le départ, une manœuvre avec un objectif double: a) empêcher que l'euro devienne une monnaie de réserve aussi recherchée que le dollar ; b) permettre que les spéculateurs continuent à s'enrichir. Chaque augmentation des taux d'intérêt requis pour l'achat de bons du trésor de la plupart des pays de l'UE gonfle les poches des opérateurs et appauvrit les pays concernés et leurs populations. On le dit de plus en plus et les analyses le prouvent ; mais il faut le crier sur tous les toits et s'opposer avec de plus en plus de vigueur à la spéculation, que ses instruments agissent à New York, Londres ou ailleurs.

Petit supplément à propos de la Hongrie. Une remarque de cette rubrique d'hier sur la problématique hongroise était peut-être trop elliptique. Je voulais attirer l'attention sur les raisons historiques du malaise de la population magyare, qu'elle réside en Hongrie ou ailleurs, avec ses répercussions sur la vie politique actuelle. Après la dissolution de l'Autriche-Hongrie, le Traité de Trianon de juin 1920 a redistribué le territoire de cet empire entre les différents pays de la zone, en réduisant radicalement la dimension de la Hongrie nouvelle, avec pour résultat que 2,5 millions de Magyars résident actuellement en dehors du territoire hongrois, surtout en Roumanie (1,4 million) et en Slovaquie, mais aussi en Serbie, Ukraine, Autriche, Croatie et Slovénie.

La Hongrie actuelle ne fait valoir aucune revendication territoriale mais a attribué, en principe, le droit de vote aux Magyars résidant à l'étranger. Je voulais simplement, par cette référence, rappeler le substrat des problèmes actuels en discussion au sein des institutions communautaires. Il est évident que le gouvernement de Budapest doit respecter les règles de l'UE, que la Commission européenne doit agir vigoureusement contre toute infraction et que plusieurs parlementaires ont raison de réclamer non seulement le respect juridique de ces règles, mais aussi la conformité de la constitution hongroise avec les valeurs fondamentales du traité communautaire (ainsi que l'a fait Guy Verhofstadt, voir notre bulletin d'hier). Mais le rappel du contexte historique est également utile.

(FR)

 

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