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Bulletin Quotidien Europe N° 10534
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / (ae) prÉsidence danoise

Thorning Schmidt pour une UE solidaire et prospère

Strasbourg, 18/01/2012 (Agence Europe) - Le Premier ministre danoise, Mme Helle Thorning Schmidt, députée européenne de 1994 à 1999, a fait son grand retour dans l'hémicycle strasbourgeois pour présenter le programme de la présidence danoise, mercredi 17 janvier. « Nous avons besoin d'être ferme et ambitieux. Je ne m'attends pas à une présidence facile mais la présidence ne se laissera pas intimider », a-t-elle prévenu. Elle a souligné qu'une « présidence ne peut pas arriver à ses ambitions seule. Elle a besoin d'une coopération active des parties prenantes, besoin d'une Union européenne unie qui nous permettra de faire face aux défis ».

Ainsi, celle qui s'est définie comme une « Européenne engagée, de cœur », a fait un discours très communautaire, mettant en avant la prospérité et la solidarité, « éléments interdépendants », qui doivent être « une réalité ». « La méthode communautaire est plus importante que jamais. Nous devons faire en sorte que la solution exige plus d'Europe et pas moins », a-t-elle expliqué. « Le pacte budgétaire a un rôle essentiel, il est dans l'intérêt immédiat de l'UE. Il est important de travailler ensemble et de rester soudés. En matière de solidarité, nous devons garantir une Europe qui travaille. Ensemble, nous y parviendrons », a ajouté Mme Thorning-Schmidt. Au sein de l'institution représentant les peuples, elle a rappelé que les Européens « sont prêts à faire des sacrifices mais pas à être sacrifiés » et qu'ils attendent des leaders politiques qu'ils agissent. « Les politiques sont jugés sur les résultats non sur les intentions », a-t-elle précisé. Et les intentions de la présidence danoise sont nombreuses: elle veut une Europe responsable, mais aussi dynamique pour « stimuler la croissance et l'emploi à long terme », un Europe verte, portée sur l'environnement et l'efficacité énergétique et enfin une Europe sûre.

« Une Europe dynamique, libre et verte »: le programme de la présidence danoise confirme la confiance que j'ai déjà exprimée à son égard, a déclaré le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. Il a confirmé aussi son diagnostic sur la résolution de la crise, qui ne sera possible que grâce à une réponse crédible à la question de la croissance. D'où doit-elle venir, s'interroge le président de la Commission. De l'investissement, mais aussi de la meilleure utilisation des fonds. L'économie réelle nous dit, constate M. Barroso, qu'en Europe il y a 23 millions de chômeurs et 23 millions de PME: si nous créons les conditions qui permettraient à chaque PME de créer un emploi, nous serons sur la bonne voie. M. Barroso plaide aussi pour une plus grande flexibilité et pour le développement de tout le potentiel du marché unique, ainsi que pour une décision en ce qui concerne le brevet européen: il n'est pas acceptable que trois pays, France, Allemagne et Royaume-Uni freinent une décision « pour des raisons triviales ». M. Barroso invite la présidence danoise à bâtir sur l'expérience du premier semestre européen sur la coordination des politiques économiques pour prouver sa volonté de réforme, en défendant le rôle des institutions et la nécessité de simplifier le budget. Elle doit aussi défendre l'ambition d' « une Europe sûre et libre », a affirmé le president de la Commission, en rappelant le Conseil de Copenhague qui, il y à dix ans, a pris la décision historique qui a permis à dix nouveaux pays d'entrer dans l'Union. Je compte sur votre engagement pour faire respecter la libre circulation en Europe, a conclu M. Barroso.

Même confiance du côté de Joseph Daul, président du PPE, qui exhorte la présidence danoise à être une présidence politique et à « travailler étroitement avec ce Parlement que vous connaissez bien mais que certains membres de votre gouvernement voudraient voir travailler autrement ». Les marchés nous contraignent à travailler plus vite qu'avant, constate M. Daul, mais le bon fonctionnement de la démocratie et la transparence restent prioritaires. La première semaine de la nouvelle présidence sera dominée par les négociations sur le traité budgétaire, sur lesquelles les avis divergent: M. Daul demande que le PE soit pleinement engagé dans ces négociations. Il demande aussi que la présidence mette sur les bons rails la discussion sur les perspectives financières, une autre discussion qui n'est pas facile mais qu'il faut aborder, sans se laisser accaparer par le quotidien.

« Les agences de notation exploitent les faiblesses de l'Europe, si nous ne trouvons pas de solutions communes elles vont mener le jeu », a constaté à son tour Hannes Swoboda. Le nouveau président du groupe S&D déplore ce qui se passe ces jours-ci en Roumanie, preuve s'il en faut que la discipline et l'austérité ne peuvent être l'unique solution à la crise et demande que l'on retrouve le respect de l'État social, tout en réalisant les réformes nécessaires. M. Swoboda dit oui à une Europe du travail, de la durabilité, de l'efficacité énergétique, une Europe dont ses citoyens puissent être fiers.

Au lieu de se plaindre des agences de notation les gouvernements devraient lire leurs rapports, a affirmé en revanche le président du groupe ADLE, Guy Verhofstadt: « Ce qu'elles disent quand elles décrivent l'absence d'unité politique au sein de l'Union est vrai ». En citant le chef du gouvernement italien Mario Monti, qui dit ce jour même dans le Financial Times combien il est difficile de sortir de la crise avec des taux d'intérêt de 6 ou 7%, l'ancien Premier ministre belge martèle une fois de plus: appelez-les comme vous voulez, mais nous avons besoin d'eurobonds. Mais nous avons besoin aussi d'une débat sur la crise des valeurs, conclut-il, en souhaitant que la Commission lance une procédure selon l'article 7 vis-à-vis de la Hongrie et que la présidence mette ce sujet à l'ordre du jour du Conseil européen.

« Nous attendons beaucoup de votre style scandinave, à la fois déterminé et féminin », a enchaîné la co-présidente des Verts/ALE, Rebecca Harms, en invitant le Premier ministre danois à accompagner de façon critique l'accord budgétaire, qui est un défi pour la démocratie (elle déplore notamment qu'il ignore le Parlement européen et n'inclue pas assez les parlements nationaux). Mme Harms implore la présidente en exercice du Conseil de l'UE d'agir vite pour trouver une réponse à la crise, sans attendre la deuxième moitié de la présidence, en encourageant l'efficacité énergétique et la protection de l'environnement comme moteurs de croissance. Le cas de la Hongrie démontre à son avis le prix qu'il faut payer si on laisse traîner les problèmes au lieu de les affronter sans tarder.

« Enfin un membre de la famille Kinnock qui arrive à devenir Premier ministre » (Le Premier- ministre danois est la belle-fille de Neil Kinnock, leader travailliste qui n'a jamais occupé cette fonction - NdlR), a ironisé Martin Callanan, qui parlait pour le CRE . Sur un ton plus sérieux, il a félicité le Danemark pour sa position sur la crise en Libye et pour la clarté de ses propos, avant de dénoncer le « nombrilisme introspectif » du dernier Conseil européen: l'Europe doit cesser cette sorte d'exercice et essayer de se concentrer sur le développement du marché intérieur. Moins de règlements et gel budgétaire, voici ce que souhaite le CRE.

Pour la GUE/gauche nordique, Soren Bo Sordengaard s'est exprimé également sur un ton assez critique vis-à-vis du Premier ministre de son pays: on dirait que votre programme a été rédigé par Merkozy, déplore-t-il. L'Europe au travail, c'est un bien joli titre, mais, pour lui, l'approche n'est pas la bonne: les citoyens n'ont pas besoin d'un accord budgétaire, ils veulent du travail et du bien-être, ils veulent être convaincus que l'Europe n'est pas le problème mais la solution.

Morten Messerschmidt, qui parlait au nom du groupe EDF, a lancé une attaque en règle contre le Premier ministre de son pays. Il a commencé par des compliments (« love story entre le PE et Mme Thorning-Schmidt.. le Premier ministre que tout le monde aimerait avoir…) pour terminer par de véritables insultes (« vous avez été élue grâce à des mensonges et vous n'avez pas vraiment le mandat du peuple danois »). Un autre eurosceptique, Barry Madlener, non inscrit, s'est limité à dénoncer le « ton creux » du programme et à demander à la présidence danoise de ne pas empêcher les Pays-Bas de régler à leur façon la question de l'immigration.

En clôturant le débat, Helle Thorning-Schmidt a rassuré les élus qui avaient plaidé pour la défense de la méthode communautaire. « La solidarité entre ses membres est ce qui distingue l'Europe. Elle vaut la peine d'être défendue car cela signifie que nous ne sommes pas gouvernés par les plus forts mais par le droit et la démocratie », a-t-elle affirmé.

Elle a en outre précisé:

Hongrie. La Commission a trouvé des raisons de lancer une procédure d'infraction sur la base d'au moins trois motifs. « Nous devons prendre cela au sérieux, et nous soutenons complètement la façon dont elle a traité cette affaire (…) nous sommes derrière elle », a affirmé Helle Thorning-Schmidt.

Crise de la dette. Même si des solutions européennes sont nécessaires, il faut bien comprendre que la raison de la crise vient du fait que « les États membres n'ont pas surveillé leurs budgets ».

Dégradation des États par Standards and Poor's. S&P mentionne de façon spécifique l'absence des perspectives de croissance parmi les raisons de cette décision: ce ne sont pas des gauchistes qui le font, et cela confirme l'analyse de la présidente du Conseil: il faut consolider la croissance, mais pas seulement, il faut donner une « impulsion » dans la bonne direction ; notamment en ce qui concerne l'emploi des jeunes. Et exploiter toutes les possibilités du marché unique (M. Van Rompuy est d'accord, a précisé Mme Thorning-Schmid).

Taxe sur les transactions financières. Je veux éviter tout malentendu à cet égard: nous traiterons ce dossier, loyalement et professionnellement en « honest broker », a assuré la présidente du Conseil. (LG/CG)

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