Bruxelles, 18/01/2012 (Agence Europe) - L'annonce résonne comme un coup de semonce pour un projet porté à bout de bras par la Commission européenne, et qui peine à décoller: l'énergéticien allemand RWE pourrait se retirer du projet de gazoduc Nabucco, qui doit transporter du gaz naturel de la région de la mer Caspienne vers l'Europe centrale en passant par la Turquie.
Tout en restant désireux d'importer du gaz de la région Caspienne, « RWE privilégie les options qui maintiennent limitée son exposition financière », indique le président du directoire de l'électricien allemand, Jürgen Grossmann, dans le quotidien Wall Street Journal Deutschland du 17 janvier. La priorité de RWE est de s'approvisionner en gaz en investissant le moins possible, le groupe cherchant à réduire son endettement en raison de l'impact sur ses finances de la décision de l'Allemagne de sortir du nucléaire, explique-t-il.
Ces propos sont le premier signal donné par l'un des membres du consortium Nabucco, qui comprend cinq autres groupes énergétiques des pays de transit du futur gazoduc - l'autrichien OMV, le hongrois MOL, le bulgare Bulgargaz, le roumain Transgaz et le turc Botas - indiquant que ce projet pourrait ne pas être mené à bien malgré des années de préparation. Ils sonnent comme un coup de semonce pour un projet qui jouit d'un fort soutien politique de l'UE, en particulier de la Commission, qui le juge essentiel pour diversifier ses sources d'approvisionnement en gaz, dont la Russie reste son principal fournisseur (25%).
Nabucco est un projet controversé, très critiqué par de nombreux experts sur le plan de sa viabilité commerciale, compte tenu de sa trop grande taille pour le gaz disponible dans la région Caspienne, et de son coût très élevé, de plus de 8 milliards d'euros. Il se voit, en outre, concurrencé par le projet de gazoduc South Stream, conduit par le gazier russe Gazprom et l'énergéticien italien ENI, rejoint par des partenaires européens comme l'allemand BASF et le français EDF.
Les services du commissaire à l'Énergie Günther Oettinger se sont refusés à tout commentaire sur les propos du patron de RWE, se limitant à rappeler, par la voix de sa porte-parole, citée par l'agence Dow Jones, que l'UE peut atteindre ses objectifs de diversification avec Nabucco ou d'autres pipelines à deux conditions, à savoir que tout projet doit être évolutif, c'est à dire que sa capacité peut être étendue, et qu'il doit respecter un certain cadre juridique international assurant stabilité, certitude et clarté.
La signature en juin 2011des accords de soutien au projet Nabucco entre les pays de transit et les compagnies énergétiques parties prenantes avait finalisé son cadre juridique et ouvert davantage la voie à la construction du gazoduc qui doit relier la Turquie à l'Autriche pour acheminer vers l'UE dès 2017 le gaz de la Caspienne, de l'Asie centrale et de l'Irak. (EH)