Bruxelles, 08/11/2011 (Agence Europe) - La Commission européenne a assuré lundi 7 novembre lors d'une conférence sur le 'pilier social de la politique maritime européenne' qu'elle envisageait de prévoir des fonds pour permettre l'amélioration des conditions de vie et de sécurité des gens qui travaillent dans le secteur de la pêche. L'attractivité des métiers des gens de mer, l'amélioration des conditions de vie et de travail dans le secteur de la pêche et la sécurité en mer sont des thèmes qui ont été débattus lors de cette conférence qui s'est tenue au Comité des Régions. Ceci à l'initiative de la Région Bretagne, de l'Institut français maritime de prévention et de la Conférence des régions périphériques maritimes (CRPM).
« La dimension sociale est fondamentale dans l'économie de la mer. Cette croissance bleue fait partie de la stratégie EUROPE 2020. L'économie de la mer représente 65 % du PIB communautaire en contribuant à 2,25% de l'emploi total en Europe. L'UE est par la taille de sa flotte une puissance maritime de premier plan. Les armateurs européens contrôlent presque 40% de la flotte mondiale et les Européens dominent les marchés émergents des énergies renouvelables off shore », a déclaré Eleni Marianou, la secrétaire générale de la CRPM. « Nous avons besoin d'un approche sociale globale et transversale. Il faut un agenda social maritime pour tous les secteurs », a préconisé Mme Marianou, qui a conclu que ceci doit se refléter dans la politique maritime intégrée de l'UE.
Carla Montesi, directrice à la DG Affaires maritimes et Pêche de la Commission européenne, s'est dite convaincue que « la mer peut contribuer à la croissance économique en Europe ». L'économie maritime représente en Europe une valeur de production de 450 milliards d'euros. Selon les données de la DG Mare, l'énergie éolienne augmentera de 30% en 2020, le tourisme de croisières augmentera de 5% chaque année et le transport maritime à courte distance va croître de 6% par an. « L'économie maritime contribue de façon considérable à la croissance de demain et à l'augmentation des emplois dans l'UE. Donc nous devons agir dès maintenant afin que ces emplois deviennent une réalité », a dit Mme Montesi. La Commission s'est engagée à identifier les secteurs maritimes qui nécessitent plus d'attention et plus de fonds. Dès le début de l'année 2013, « nous souhaitons être en mesure d'identifier les secteurs les plus prometteurs en termes d'emplois », a dit la Commission.
« Le manque d'attractivité des emplois maritimes constitue un véritable problème et l'amélioration des conditions sociales est un élément crucial que nous devons aborder pour s'assurer que les jeunes choisissent de travailler dans le secteur maritime », a considéré Mme Montesi. Dans ses propositions sur la réforme de la politique commune de la pêche et dans la proposition attendue à la fin du mois de novembre sur le nouveau fonds pour la pêche et les affaires maritimes, la Commission envisage « des soutiens pour l'amélioration des conditions de travail et de sécurité » à bord des navires de pêche, a assuré Mme Montesi.
Isabelle Thomas, vice-président de la région Bretagne, a estimé que les enjeux sociaux n'ont pas été pris en compte dans les propositions sur la réforme de la politique commune de la pêche (PCP). La politique maritime intégrée ne doit pas délaisser cette question sociale, a-t-elle ajouté. « Pour parler de croissance bleue et de développement de nouvelles activités économiques maritimes, il est nécessaire que ces métiers soient attractifs. Or, ils sont réputés dangereux, pénibles et frustrants. Il faut que la qualité de l'emploi et le niveau de formation puissent être pris en considération », a-t-elle dit. Elle a évoqué aussi la sécurité du transport. Elle a conclu en disant que les enjeux de sécurité maritime ne devraient pas être une variable d'ajustement. La politique maritime intégrée devrait prendre en compte les questions de sécurité.
Christophe Marques, de la direction mer de la Région Bretagne, a présenté une étude conduite sur les étudiants en études scolaires en Bretagne et leur perception de la mer: « C'est étonnant que 58% des gens dans une région côtière comme la Bretagne ne soient pas attirés par les métiers maritimes et ils ont une image plutôt négative de la pêche et de l'aquaculture. »
Georges Tourret, le président de l'Institut maritime de prévention (en France), a estimé qu'il fallait travailler le plus vite possible sur la proposition faite en 2009 par la France, c'est-à-dire « retarder le départ des ports de l'Union européenne des navires sur lesquels on constatera que le personnel en charge du quart n'a pas pu bénéficier d'un temps de repos permettant la reconstitution de la capacité de veille dégradée par la fatigue, car cette fatigue impacte directement la sécurité de la navigation ». La fatigue chronique des marins constitue un réel problème de sécurité maritime. C'est la cause de nombreux accidents. Il faut, selon lui, vérifier de façon très détaillée le planning de travail des équipages en recomposant l'emploi du temps des marins concernés. Lorsque le minimum de repos n'a pas été respecté, « il doit être alors possible de prononcer l'immobilisation du navire, jusqu'à ce que les marins aient bénéficié d'un repos suffisant », a-t-il conclu. (LC)