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Bulletin Quotidien Europe N° 10491
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Quelques explications sur les raisons pour lesquelles les résultats du sommet du G20 doivent être considérés comme largement positifs

Résultats modestes ? C'est le verdict largement partagé dans les commentaires sur les résultats du Sommet du G20 qui s'est déroulé la semaine dernière à Cannes. L'adjectif modeste reflète à mon avis une certaine mode réductrice et la tendance à considérer comme négatif ce qui ne correspond pas aux opinions de celui qui s'exprime. Forces politiques, commentateurs, économistes: chacun a ses idées, c'est normal et c'est positif, la confrontation des idées est indispensable. Mais si chacun regrette ou désapprouve le résultat d'ensemble parce que l'un ou l'autre détail ne correspond pas à son opinion, l'évaluation d'ensemble est faussée, alors que nous sommes face à une rencontre mondiale qui a réuni l'essentiel de la puissance, de la richesse et de la capacité productive du monde. On minimise ainsi les résultats obtenus.

Je préfère choisir l'exercice opposé: essayer d'indiquer les aspects qui représentent un progrès vers une gouvernance internationale qui tient compte plus qu'hier des intérêts de chaque partie du monde, et souligner les convergences constatées et les orientations qui sont positives pour tous.

En m'excusant pour ces explications introductives, voici mon résumé encourageant. Les informations sont reprises de notre bulletin n° 10489. S'y ajoutent les détails supplémentaires publiés dans le bulletin d'hier sur le « plan d'action pour la croissance et l'emploi » pays par pays et sur le rejet du protectionnisme. Mon apport réside dans le regroupement des résultats que je considère comme solides, avec les explications de cette évaluation favorable et des perspectives que le G20 a ouvertes.

1. Taxe sur les transactions financières. Pour la première fois, l'hypothèse d'une taxe frappant les transactions financières est explicitement citée dans le communiqué final du G20, et le président de la réunion, M. Sarkozy, a cité les pays ou organismes membres du G20 qui s'étaient exprimés en sa faveur: Commission européenne, Allemagne, France, Espagne, Brésil, Argentine, Union Africaine et M. Ban Ki-moon, secrétaire général de l'ONU. Certes, l'unanimité n'existe pas, et les recettes n'ont pas pour tous le même objectif: aide aux pays pauvres comme destination unique ou destinations diverses ? La proposition de la Commission européenne estime que le produit de cet impôt, évalué à 57 milliards d'euros par an à partir de 2014, pourrait alimenter en partie le budget communautaire.

Il faut souligner que presque tous les pays de l'UE sont favorables à l'impôt (pas le Royaume-Uni Suède) ; si la plupart ne sont pas cités dans le communiqué du G20, c'est tout simplement parce qu'ils ne font pas partie du G20, en raison de leurs dimensions. Mais c'est au nom de l'UE comme ensemble que MM. Barroso et Van Rompuy ont indiqué qu'ils continuent à développer cette idée.

Quant aux États-Unis, des doutes subsistent à Washington sur la formule soutenue par l'UE et par d'autres, mais pas sur le principe même d'introduire une mesure ayant un effet analogue. À Cannes, le président du G20, Sarkozy, avait indiqué dans la conférence de presse finale que M. Obama était « le premier président des États-Unis ayant fait un pas vers la taxation des acteurs financiers ».

Au-delà des aspects encore controversés, il est plus qu'encourageant qu'une idée qui circule depuis des années figure maintenant dans la déclaration finale du Sommet du G20.

2. Agriculture. Pour la première fois, le G20 a inséré l'agriculture dans ses débats, en indiquant des principes et des orientations significatifs parce qu'ils engagent des pays qui ont toujours été en conflit dans ce domaine. La volatilité des prix, leur transparence et la régularité des marchés sont cités, et le président a expliqué que l'objectif est d'empêcher qu'un seul acteur puisse manipuler les prix par des achats ou ventes disproportionnés. C'est un tournant extraordinaire pour qui (quorum ego) considère que la spéculation dans ce domaine constitue un crime contre l'humanité: spéculer contre qui souffre de la faim ! Le G20 réclame des pouvoirs réels pour les régulateurs des marchés afin qu'ils puissent combattre les abus (dont le fonctionnement est parfaitement connu). Les restrictions à l'exportation seront interdites (à l'égard d'achats) pour les aides d'urgence et pour les stocks humanitaires. Le G20 soutient le Programme alimentaire mondial et les initiatives visant à améliorer la connaissance de la situation et des perspectives des marchés.

Mais en ce domaine le premier souci est logiquement celui de la production, dont le soutien est évoqué. Cet aspect dépasse le G20 pour deux raisons: a) les pays les plus pauvres n'en font pas partie et certains comportements ignobles dans les conflits entre eux, ainsi que la piraterie (il suffit de penser à la Somalie), font obstacle aux actions efficaces; b) le commerce mondial dépend des travaux de l'OMC à Genève, où notamment les positions des États-Unis et du Brésil sont encore très éloignées.

Malgré ces limites, la manière dont le G20 s'est inséré dans le secteur agricole est très encourageante.

3. Questions sociales. Pour la première fois le G20 a inséré le volet social dans son communiqué final, pour affirmer quelques principes: 1) la mondialisation doit avoir une dimension sociale; 2) la croissance économique et la concurrence ne sont pas incompatibles avec un niveau élevé de protection sociale. Au contraire, la couverture sociale peut représenter un levier potentiel pour relancer la croissance, car elle contribue à éviter la baisse de la consommation.

Logiquement, le président du G20 appartenant à un pays où les garanties sociales sont élevées a souligné que les pays émergents sont en mesure, dans leur situation actuelle, d'élargir chez eux la base des garanties sociales, car facteur favorable à leur croissance économique.

4. Climat: prudence excessive ? Les résultats du G20 sur le dossier climatique ont ressenti les effets des réticences et divergences qu'on connaissait déjà à l'égard d'engagements ambitieux et chiffrés. L'élément positif est donc modeste: il réside dans la détermination affirmée d'obtenir que la Conférence mondiale imminente (à Durban dès le 28 novembre) réalise des progrès dans tous les domaines de négociation. L'engagement de principe existe, mais les détails sont confiés aux ministres compétents, notamment à propos des engagements financiers. Or, le moment n'est pas favorable à des promesses généreuses de la part des ministres des Finances…

Il est donc compréhensible que Greenpeace International ait vivement protesté contre l'absence d'indications sur les mesures que cette ONG estime indispensables, dont surtout: suppression (promise depuis deux ans) des subventions aux combustibles fossiles et taxe carbone sur les transports. Des difficultés financières s'y opposent? Il suffirait, selon Greenpeace, de mieux utiliser les fonds qu'on consacre amplement aux banques et autres destinations (voir notre bulletin n° 10489). En fait le dossier climatique est tellement complexe et controversé qu'il était impensable que le Sommet du G20 fût en mesure de définir des orientations détaillées, hors affirmations de principe.

5. Orientations financières. Dans ce domaine, les résultats du G20 ont dépassé, à mon avis, les attentes. Le Sommet s'est déclaré disposé à accorder des ressources supplémentaires substantielles au Fonds monétaires international (FMI), afin qu'il dispose de moyens lui permettant de jouer son rôle. Les détails seront définis par les ministres des Finances, ce qui est logique car la répartition et les modalités des nouvelles contributions doit être précisée, et il est en outre normal que les pays émergents aient droit à davantage de pouvoirs dans la gestion et les décisions du FMI si leur contribution financière augmente.

Il est évident qu'aucune orientation, et encore moins décision, ne pouvait être prise maintenant ; le président du Sommet a simplement indiqué qu'un FMI mieux doté permettra «d'agir contre les crises quel que soit l'endroit où elles se produisent, de façon coordonnée et exhaustive». Mais tous les participants avaient à l'esprit les pays en difficulté de la zone euro, car tout le monde est maintenant conscient que chacun a besoin que la crise de l'euro soit surmontée, dans l'intérêt de tous.

Le deuxième élément significatif est l'acceptation par l'Italie de la surveillance du FMI sur la mise en œuvre de ses mesures. Même si M. Berlusconi a indiqué que c'est l'Italie qui l'a demandée, et que le FMI n'a pas réagi à cette remarque qui répond à un souci d'amour propre, l'important est que la surveillance existe ; la première visite des inspecteurs du FMI à Rome se déroule déjà cette semaine et s'ajoute à la surveillance exercée par la Commission européenne, déjà sur place.

C'est une démarche importante, car le programme de Rome, qui a été considéré comme satisfaisant en principe aussi bien à Bruxelles qu'à New York, n'a pas encore été traduit en textes législatifs. Or, le redressement de la situation budgétaire italienne est absolument indispensable, et la Banque centrale européenne (BCE) ne continuera pas à acheter les bons du trésor italiens à l'échéance de ceux qui expirent. Je rappelle qu'à Cannes le président de la Commission, M. Barroso, avait reconnu que les marchés ont des doutes sur la capacité de l'Italie à appliquer son programme, en précisant que «c'est un fait objectif» et qu'il revient aux Italiens de prouver que ce n'est pas vrai ; à cet effet, le monitoring de la Commission européenne et du FMI sur l'application du plan de Rome représente une garantie (Barroso a ajouté que le cas italien est radicalement différent de celui de la Grèce). Le G20 a ainsi obtenu ce qu'il recherchait (même si la situation italienne requiert un commentaire spécifique qui viendra).

Ma liste des points positifs pourrait continuer. Voici pourquoi j'estime que les résultats du dernier G20 n'ont pas été modestes mais largement positifs, et mon analyse d'aujourd'hui n'épuise pas le sujet. (FR)

 

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