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Bulletin Quotidien Europe N° 10489
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Malgré l'évolution du cas grec des interrogations subsistent

Dépassée par l'actualité mais peut-être utile. Cette rubrique d'hier était en partie déconnectée de l'actualité, car elle ne pouvait pas tenir compte des évolutions de la soirée, notamment la renonciation définitive par M. Papandréou au référendum national sur la participation grecque à l'euro. Je ne regrette pourtant pas qu'elle ait été publiée malgré ce décalage. Pourquoi ? Parce que certaines de mes considérations qui n'avaient été évoquées nulle part ailleurs demeurent peut-être utiles. Quelques aspects restent valables quelle que soit l'évolution (points A et B), les autres pourraient intéresser quelques lecteurs (points C et D).

A. Séparation entre participation à l'euro et appartenance à l'UE. Le statut d'État membre n'est aucunement en cause, avec tous les droits et les soutiens qu'il implique. C'est une constatation souvent négligée même en Grèce, où l'on fait valoir le caractère européen et les mérites culturels et historiques évidents du pays. À Athènes, une étudiante en sciences politiques a parlé de « réaction dictatoriale des Européens ». C'est un malentendu trop fréquent, et pas seulement en Grèce. Sortir de l'UE signifierait perdre les financements de la politique régionale et d'autres soutiens communautaires, faire face sans le soutien européen à l'immigration clandestine à la frontière turque, rétablir le contrôle des passeports pour les touristes et autres visiteurs, renoncer à participer en tant que protagoniste aux politiques de l'UE et à ses décisions. Ces droits subsisteront. Mais la participation à l'euro n'autorise pas déviations et lacunes, car la défaillance d'un seul pays membre, même le plus petit, met en danger l'existence même de la monnaie unique. Les lamentations à cet égard sont injustifiées, il est inique de reprocher à l'Europe sa fermeté en ce domaine, d'autant plus que la sévérité est accompagnée de soutiens aussi larges que possible.

B. Responsabilités de la Grèce elle-même. Malgré les évolutions intervenues, les lacunes et les déviations dans la gestion du pays demeurent. Ni le revirement de M. Papandréou, ni la formation d'un gouvernement de coalition, ne réduisent l'exigence d'une transformation profonde du pays si la Grèce entend rester dans la zone euro. J'avais cité hier à dessein les remarques de personnalités telles que Philippe Maystadt, qui agit concrètement en faveur de la Grèce (la BEI qu'il préside entend contribuer à la relance des investissements), mais n'hésite pas à indiquer les réalités inadmissibles qui imposent des changements.

C. Respecter la méthode communautaire. L'intention de M. Papandréou d'organiser un référendum a été souvent défendue, à Bruxelles et ailleurs, par des considérations relatives au respect de la démocratie. Il est évident que le référendum est la voie démocratique par excellence: le peuple dit oui ou non. Mais il est curieux de constater que dans ce cas-ci cet argument est utilisé par ceux qui en même temps défendent avec vigueur le caractère supranational du fonctionnement de l'UE, la méthode communautaire contre la méthode intergouvernementale. De plus en plus de décisions sont prises à Bruxelles et souvent à la majorité, qui est d'ailleurs requise par les grands pays. On a lu pas mal de protestations sur le fait que Mme Merkel ait dû passer par le parlement national pour certains engagements: une affaire de deux jours liée à des sentences de la cour constitutionnelle.

Le référendum grec aurait requis en revanche plusieurs mois, et selon M. Papandréou il aurait porté exclusivement sur le plan de soutien et de redressement budgétaire de la Grèce. Ils avaient raison, MM. Barroso, Van Rompuy, Juncker, Sarkozy et les autres lorsqu'ils exigeaient que le référendum envisagé à Athènes porte, s'il avait été confirmé, sur la question globale du maintien de la Grèce dans la zone euro. Admettre un référendum limité aux décisions du 27 octobre aurait compromis le fonctionnement même de l'eurozone, en rendant inapplicable la règle de la majorité et inefficace toute décision. Invoquer dans ce cas les droits du peuple, c'était une attitude superficielle et démagogique.

D. Évaluation erronée. La bonne foi de M. Papandréou étant indiscutable, on doit estimer que, submergé par la situation interne, il n'avait pas évalué correctement les répercussions de son référendum ; en cas de victoire du « non » au début de l'année prochaine, la zone euro et l'équilibre financier mondial auraient été compromis. Il a prouvé ensuite qu'il ne défendait pas sa position personnelle, mais qu'il visait, dans l'espoir d'un « oui », à renforcer la possibilité d'agir ensuite pour corriger les lacunes de son pays. Ce que ses successeurs devront faire de toute manière s'ils veulent que la Grèce reste définitivement dans la zone euro.

(FR)

 

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