Bruxelles, 04/11/2011 (Agence Europe) - L'Italie a « demandé d'elle-même » au Fonds monétaire international (FMI) de surveiller la mise en œuvre des mesures budgétaires présentées par le Premier ministre italien jeudi 3 novembre à ses partenaires du G20 (voir EUROPE n° 10488). Le FMI enverra sur place tous les trois mois des experts pour évaluer l'état d'avancement des réformes décidées par Rome. Sa surveillance ira « compléter » la mission de surveillance détaillée confiée lors du sommet extraordinaire des 27 et 28 octobre à la Commission européenne. « Dès la semaine prochaine », celle-ci enverra en Italie ses propres experts pour évaluer et vérifier la bonne application des mesures de consolidation budgétaire et des réformes structurelles promises par M. Berlusconi à ses partenaires aux autres États membres.
C'est ce qu'ont indiqué les présidents du Conseil européen et de la Commission européenne, Herman Van Rompuy et José Manuel Barroso, lors d'une conférence de presse conjointe qui a précédé la conclusion du sommet du G20, vendredi 4 novembre. Cette demande italienne de vérification de ses engagements prouve, selon eux, « l'importance du processus de réforme pour l'Italie et pour l'ensemble de la zone euro ». La vérification détaillée entreprise par la Commission constituera un gage de transparence et de crédibilité « très important » donné aux marchés et aux partenaires internationaux, ont estimé les deux dirigeants. « Les marchés ont des doutes » quant à la capacité de l'Italie de mettre en œuvre les mesures promises à l'UE, « c'est un fait objectif », avait en effet déclaré le président de la Commission en marge du G20, ajoutant: « C'est pour ce motif que l'Italie mettra en œuvre toutes les mesures ».
Le monitoring du FMI et de la Commission devrait constituer en ce sens une garantie ultérieure contre une contagion de la crise grecque à l'Italie et à d'autres pays de la zone euro, d'autant plus (a indiqué le président Van Rompuy), que « la situation italienne est complètement différente de celle de la Grèce ». Si cela ne suffisait pas et si, malgré tout, la spéculation devait reprendre de plus belle, la BCE et le Fond européen de stabilité financière (FESF) sont prêts à intervenir en cas de besoin, a confirmé le président Sarkozy, lors de sa conférence de presse, saluant au passage l'effort de l'Italie « qui a pris les mesures nécessaires pour ramener la confiance et renforcer la crédibilité ».
Derrière l'accord de façade, et bien que le président Van Rompuy ait déclaré que la mise sous surveillance de l'Italie n'était en aucune façon le résultat d'un « diktat », il apparaît que le Premier ministre italien a dû céder en définitive aux fortes pressions qui s'exerçaient sur lui afin qu'il accepte la surveillance du FMI et de la Commission. Dès jeudi matin, en effet, une réunion en privé avait eu lieu entre MM. Berlusconi et Tremonti, d'une part, la chancelière Merkel, le président Sarkozy, MM. Van Rompuy et Barroso, ainsi que Mme Lagarde pour le FMI. Cette dernière aurait proposé l'assistance du FMI à l'Italie avec la possibilité d'obtenir, à brève échéance, une ligne de crédit « de prévention de crise » de 44 milliards d'euros. Sommé par le FMI et ses partenaires d'accepter cette assistance, le Premier ministre aurait décliné l'offre, mais accepté, en fin de compte, la « surveillance renforcée » du FMI à titre de compromis.
Cette capitulation s'explique par une situation devenue de plus en plus difficile à gérer, avec des taux d'intérêts à dix ans exigés par les marchés atteignant 6,4% pour financer l'Italie, par rapport à 1,8% pour l'Allemagne. À la longue, une explosion des taux d'intérêt aurait d'ailleurs compromis les possibilités pour le pays d'atteindre son objectif déclaré de réduction de la dette et de retour à l'équilibre budgétaire dès 2013. Une contagion à l'Italie de la crise grecque aurait par ailleurs mis en péril l'Espagne et, tout de suite après, la France, rendant ainsi la situation ingérable à l'intérieur de la zone euro. Ce scénario inquiète particulièrement aussi le président américain Barack Obama, qui, lors de la première réunion de travail du G20, avait déclaré: « Bien que la Grèce soit le sujet le plus urgent, s'il y avait une contagion à des pays plus grands, nous pourrions finir dans une situation non gérable ».
À cela s'ajoute la faiblesse du gouvernement italien et le manque de crédibilité de M. Berlusconi, dont la position est de plus en plus chancelante: à la veille de son départ pour Cannes, les dissensions entre lui et son ministre des Finances sur le contenu même du paquet à présenter à ses interlocuteurs étaient manifestes.
Dans ces conditions, la surveillance du FMI et de la Commission européenne s'apparente, quoi qu'en disent les responsables européens, à une mise sous tutelle, seule possibilité d'offrir une garantie valable à l'extérieur. (FG)