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Bulletin Quotidien Europe N° 10453
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Les problèmes de l'euro, les moyens d'information et l'opinion publique

Ce que fait l'UE est sous-évalué. La tentative de cette rubrique d'hier de mettre l'accent sur des aspects significatifs de l'activité communautaire largement ignorés ou sous-évalués mérite quelques remarques supplémentaires. La première concerne l'opinion publique: comment s'étonner de son attitude indifférente, critique et parfois négative à l'égard de l'action de l'UE, si elle n'en est pas correctement informée ? Il est vrai que notre bulletin existe, mais il s'adresse à un public spécialisé et forcément restreint ; d'autres moyens d'information ont la responsabilité de présenter une vue d'ensemble objective et aussi complète que possible de ce que fait l'Europe. Les institutions communautaires s'efforcent de diffuser, expliquer et justifier leur activité ; mais les sources officielles sont inévitablement soupçonnées de plaider « pro domus sua », pour sa propre maison. Et lorsque ce sont les groupes politiques qui s'expriment, chacun dit souvent le contraire du voisin ; le destinataire est encore plus désemparé. Quant aux moyens d'information, ils ont leurs critères ; la place consacrée à l'Europe est ces temps-ci presque monopolisée par les péripéties financières ; c'est normal, mais d'autres sujets sont négligés, ainsi que l'a mis en relief cet édito d'hier.

Exemples instructifs. Sur le volet «euro », les opinions évoluent et l'effort d'attirer l'attention par le ton sensationnel est presque toujours la règle. Un journal prestigieux, « Le Monde », a rappelé dernièrement à ses lecteurs une partie de ses titres successifs à propos des péripéties de l'euro. Les voici: Mai 2010: «Le jour où l'euro a failli mourir.» Novembre 2010: «L'Union monétaire au bord de la crise de nerfs.» Juin 2011: «Sauver la Grèce, quoi qu'il en coûte.» Juillet 2011: «La tragédie grecque a trop duré.» Septembre 2011: «Retour à la case départ.»

Le titre de l'éditorial d'avant-hier était: «Marchés affolés, politique impuissante ». Le journal dénonçait « le désarroi de la Commission de Bruxelles, silencieuse, et du Parlement européen, marginalisé » (affirmation audacieuse, voir le paragraphe suivant) et la même détresse était attribuée aux «économistes de tout poil, hier conseillers sentencieux, désormais dépassés par les événements et réduits à déplorer l'irrationalité des marchés ». Le quotidien français rappelait un «défaut de fabrication congénital de l'euro, monnaie unique sans gouvernement économique commun » ; on sait que Jacques Delors avait dénoncé cette lacune vigoureusement et dès le départ. Le journaliste découvre le remède: « Avancer résolument dans la voie d'un fédéralisme économique, financier et budgétaire -donc politique- renforcé». C'est une affirmation sage et opportune pour un public qui ignore que cette évolution est sérieusement envisagée dans l'UE et donne lieu depuis quelque temps à des analyses et projets approfondis (correctement analysés dans Le Monde).

Le débat ignoré. Conclusion: parler d'un silence des institutions européennes n'a pas beaucoup de sens. Il suffit de lire dans notre bulletin d'hier le compte-rendu du débat qui s'est déroulé mercredi à Strasbourg. J'en cite le premier paragraphe: « Le trio institutionnel - Parlement, Commission Conseil - s'est inquiété de l'impact dévastateur de la crise de la dette souveraine sur la crédibilité de l'Europe à agir rapidement et de manière unie pour y faire face. La Commission et de nombreux eurodéputés estiment qu'une telle situation nécessite un véritable sursaut européen en faveur d'une intégration budgétaire et économique accrue basée sur la méthode communautaire ». On le voit, la prise de conscience est catégorique et encourageante: les difficultés et les divergences sont encore radicales, mais l'Europe bouge. La question est de savoir pourquoi on l'ignore.

La Chine et les Brics s'en occupent. Le mouvement ne concerne pas seulement l'UE elle-même mais aussi le monde qui l'entoure, notamment la Chine et les pays émergents. Les autorités chinoises, de plus en plus préoccupées par le volume faramineux de leurs réserves en dollars, souhaitent développer leurs placements en euros, en soulignant que l'UE est leur premier partenaire commercial. Certes, la Chine vise l'achat ou la participation à des richesses européennes qui l'intéressent ; mais les initiatives existent. Quant aux pays émergents, les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), ils ont annoncé qu'ils se réuniront le 22 septembre à Washington pour discuter des soutiens possibles à la zone euro.

Premiers responsables. Selon certains experts, les difficultés de l'euro résulteraient surtout du comportement des milieux financiers britanniques et aussi américains. La City, Wall Street et la presse surtout anglaise seraient la source principale des rumeurs qui agitent les marchés. Mais à présent les autorités de Washington, préoccupées par les risques d'un cataclysme mondial, seraient déterminées à travailler avec les Européens pour stabiliser la situation. Tout prouve une fois de plus que le vrai danger réside dans le volet «spéculation» du monde de la finance ; c'est là qu'il faut contrôler et frapper. (FR)

 

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