login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 10411
Sommaire Publication complète Par article 32 / 33
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 921

*** FRÉDÉRIC MÉRAND, JULIEN WEISBEIN: Introduction à l'Union européenne. Institutions, politique et société. Groupe De Boeck (Éditions De Boeck Université, 4 Fond Jean-Pâques, B-1348 Louvain-la-Neuve. Tél.: (32-10) 482511 - fax: 482693 - Courriel: commande@deboeckservices.com - Internet: http://www.deboeck.com ). Collection « Ouvertures politiques ». 2011, 263 p., 22,50 €. ISBN 978-2-8041-6238-2.

Un manuel universitaire mérite-t-il réellement d'ouvrir une Bibliothèque européenne ? Cette question n'est pas déplacée car l'on retrouve souvent, dans de tels ouvrages, les mêmes thèmes, les mêmes explications basiques ou étayées, les mêmes éclairages plus ou moins précis selon l'angle privilégié, le lecteur de l'Agence Europe n'ayant, en principe, pas grand-chose à y apprendre. Et la réponse, pour surprenante qu'elle puisse être aux yeux de certains, ne l'est pas davantage: cet ouvrage mérite bel et bien un coup de projecteur particulier ! Ce qui en fait le prix et la saveur, c'est la fraîcheur impertinente mais pertinente qui caractérise l'approche des auteurs. À titre d'exemple, ceux-ci observent dès le deuxième paragraphe de leur introduction que « les quelque 32 000 employés de la Commission européenne ne font pas le poids face aux millions de fonctionnaires de l'État français ou du gouvernement britannique ». À l'heure où celui-ci s'emploie, avec l'accord tacite mais assourdissant de celui-là, à abaisser la fonction publique européenne au nom de la solidarité requise dans l'austérité obligée, voici une sentence académique qui donne bien le ton du résolument sans langue de bois utilisé dans ces pages.

En réalité, scientifiques, Frédéric Mérand et Julien Weisbein le sont assurément. Mais ce ne sont pas des scientifiques qui montent en chaire de vérité bardés de sérieux, de suffisance et de certitudes. Ou, plutôt, ils ne détestent pas mâtiner leur sérieux d'humour, ainsi qu'en atteste cette autre phrase tirée de l'introduction: « On fait parfois remarquer, le sourire en coin, que » la « guerre la plus intense » menée par l'Union « a porté sur la définition du chocolat (26% de cacao et 5% de matière grasse végétale »… Ce n'est pas pour autant que nos compères sont des comiques, que du contraire même. En réalité, Mérand (professeur de science politique à l'Université de Montréal et professeur invité à Sciences Po Toulouse) et Weisbein (maître de conférences de science politique dans cette dernière Université et chercheur au Laboratoire des sciences sociales du politique) se révèlent de remarquables pédagogues parvenant à rendre attractifs
- notamment par le biais d'une utilisation heureuse d'encadrés et autres tableaux - des sujets a priori rébarbatifs Même si leur approche est marquée par une sociologie politique mettant en exergue les acteurs et leurs logiques, ils ne peuvent quand même pas faire totalement l'impasse sur les courants théoriques issus de la science politique qui sont censés pouvoir expliquer la construction européenne, à savoir ce laborieux cheminement qui fait aujourd'hui que l'Union « n'est ni aussi forte qu'une alliance militaire, ni aussi ouverte qu'une organisation régionale, ni aussi flexible qu'une zone de libre-échange, ni aussi intégrée qu'un État fédéral », mais en fin de compte aussi le seul véritable « exemple (…) de succès en matière d'intégration régionale ».

Pour mettre en lumière cette aventure dont personne ne peut préjuger de l'issue, en particulier par les temps mouvementés qui courent, les auteurs portent une attention particulière aux différentes controverses qui la jalonnent. En clair, leur ouvrage n'est pas un simple descriptif des institutions européennes et de leurs règles formelles (comme bien d'autres vrais manuels…) mais bien une analyse pragmatique de l'Europe politique: ils s'y intéressent de manière méticuleuse autant aux règles formelles qu'aux usages qui en sont faits, aux pratiques informelles et aux processus implicites ou innommés qui « font l'Europe ». Dans le même esprit, ils n'hésitent pas à « quitter Bruxelles pour explorer des sites sociaux ou des enjeux qui, bien qu'éloignés de la sphère de compétence communautaire, sont affectés par cette dernière ». Concrètement, leur ouvrage est divisé en trois parties. Dans la première, ils se penchent sur « le jeu politique européen », procédant à la généalogie de l'Union pour en identifier les règles, les pratiques et les acteurs dominants. Dans la deuxième partie, ils explorent « la gouvernance européenne », d'abord en analysant comment l'interaction d'une multitude d'acteurs produit des politiques européennes, puis en évaluant de manière approfondie l'européanisation des systèmes politiques, administratifs et économiques qui découle de ces politiques. Enfin, dans la troisième partie, ils s'intéressent à la question de la puissance en devenir d'une Union qui s'est progressivement dotée de certains attributs d'un État (une politique étrangère, une politique de défense, une justice) ainsi qu'aux institutions qui auraient vocation à représenter, un jour, une société européenne s'identifiant comme telle. Un fort beau travail ! Michel Theys

*** DANIELA PREDA, DANIELE PASQUINUCCI (sous la dir. de): The Road Europe Travelled Along. The Evolution of the EEC/EU Institutions and Policies. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Euroclio Studies and Documents », n° 54. 2010, 500 p., 53,90 €. ISBN 978-90-5201-598-9.

Cet ouvrage rend compte d'une conférence qui avait été organisée par l'Association Universitaire des Études européennes d'Italie voici trois ans à Sienne. Réunissant des académiques de différentes disciplines et pays (l'Italie étant naturellement la mieux représentée), cette réunion a eu notamment pour but de vérifier la véracité de l'affirmation selon laquelle les gouvernements des États membres auraient été les seuls et uniques maîtres d'œuvre de la construction européenne, celle-ci étant pleinement dépendante de leur bon vouloir. De très nombreuses contributions témoignent qu'il n'en est rien, les institutions européennes ayant développé une réelle capacité à étendre les domaines de compétence de l'Europe communautaire au fil du temps. Concrètement, l'ouvrage est structuré en deux grandes parties. La première est consacrée aux « règles et procédures », les auteurs s'intéressant notamment à la manière dont la Commission a progressivement élaboré le droit de la concurrence, à l'éventuelle victoire de la méthode intergouvernementale lors de la création du Conseil européen, à l'action du Comité monétaire dans les années 60 et à celle de la Commission dans le cadre du Processus de Barcelone, à la contribution de la Cour de justice à la structuration de l'architecture institutionnelle européenne, au « libéralisme » et à « l'impact » de la gouvernance économique au sein de l'Union, à la Banque centrale envisagée comme « nouveau paradigme entre le Centre et les Périphéries », à la communautarisation de la politique relative à l'immigration légale… Dans la deuxième partie, institutions et politiques européennes sont décryptées et analysées, peu de domaines échappant à l'attention des auteurs. Il y est question de sujets aussi divers que l'évolution du rôle du Parlement européen depuis les premières élections au suffrage universel et son déficit de représentation, les origines de la politique d'information communautaire, les réformes de la Politique agricole commune, l'environnement, la politique sociale. (PBo)

*** GUNTHER HAUSER: Europas Sicherheit und Verteidigung. Der Zivil-militärische Ansatz. Peter Lang (voir coordonnées supra). 2010, 164 p., 27,90 €. ISBN 978-3-631-59401-8.

Les États membres de l'Union européenne ont toujours eu des difficultés à s'accorder sur une politique de sécurité et de défense commune. La Politique européenne de sécurité et de défense (PESD) en témoigne encore, elle qui est toujours régie par une procédure décisionnelle présentant avant tout les caractéristiques de l'intergouvernementalisme. Dans ce domaine, le Conseil possède effectivement un pouvoir décisionnel presque total. L'objectif de l'intergouvernementalisme est de préserver les sensibilités nationales dans un domaine qui est lourd de conséquences, tant politiques qu'économiques. Sans compter que l'histoire de certains États les pousse, ou non, à intervenir militairement dans l'un ou l'autre pays étranger. Dans ce livre, Gunther Hauser examine de manière détaillée tant le processus décisionnel régissant la PESD que les éléments historiques qui ont conduit à ces procédures. Les phases successives de la lente construction de cette politique, mais aussi ses différentes dimensions sont ainsi analysées, l'auteur alliant les approches juridiques et historiques. Dans un premier temps, Gunther Hauser présente la Communauté européenne de défense (CED). Même si elle ne vit finalement jamais le jour du fait du refus des députés gaullistes et communistes en France, cette dernière est néanmoins d'une importance fondamentale car elle créa le cadre qui permit le réarmement de l'Allemagne de l'Ouest en conduisant à la création de l'Union de l'Europe occidentale (UEO). Désormais, cette structure a disparu, ayant été intégrée dans l'Union en débouchant sur la création de la PESD telle que nous la connaissons aujourd'hui. Le reste de l'ouvrage est précisément consacré aux différentes évolutions qui y ont conduit, surtout en termes de capacités militaires et civiles. Une partie non négligeable de l'analyse porte sur les actions européennes menées conjointement par les forces militaires et civiles nationales, ainsi que sur son mode de financement (Mécanisme d'Athènes). La gestion de crises est également abordée dans l'ouvrage. Un travail très complet qui se termine sur une analyse de la stratégie européenne développée en la matière. (JD)

*** ALEXANDER TACER: Die territoriale Struktur Spaniens. Der Weg zum asymmetrischen Föderalismus. Peter Lang (voir coordonnées supra). 2010, 433 p., 72,70 €. ISBN 978-3-631-59882-5.

Le fédéralisme est apparu à la fin du dix-huitième siècle, lors de la Convention de Philadelphie. À l'issue d'un débat intense, les Pères fondateurs américains allaient donner naissance au premier État fédéral avec la constitution de 1788 qui entérinera la création des États-Unis. L'apparition du fédéralisme fut une véritable révolution idéologique qui a eu des répercussions dans le monde entier, différents pays ayant trouvé dans ce schème la solution à leurs problèmes internes. En Europe, plusieurs États ont adopté le fédéralisme en l'adaptant à leurs sensibilités politiques particulières. C'est ce phénomène fédéraliste qu'Alexander Tacer, de l'Université de Francfort am Main, analyse dans ce livre à la lumière, tout particulièrement, du cas spécifique de l'Espagne. Bien que fédéral, ce pays n'accorde pas les mêmes prérogatives à ces différentes régions. Le Pays basque et la Catalogne, deux régions réclamant une autonomie toujours plus importante, se sont ainsi vu attribuer des pouvoirs plus étendus que d'autres Autonomies, l'État étant donc régi par une constitution asymétrique.

L'ouvrage commence par une explication très complète du fédéralisme et de son histoire. Un quart de l'analyse est dédié aux éléments et débats fondateurs du fédéralisme et du régionalisme, leurs caractéristiques étant passées en revue ainsi que leurs différentes catégories, ce à la lumière du système fédéral allemand ou du régionalisme français ou britannique. Alexander Tacer livre ensuite une analyse historique et juridique fouillée de la constitution espagnole, partant de la reconquista jusqu'à la fin du régime franquiste et à la rédaction de la constitution actuelle. L'analyse juridique, qui constitue près de la moitié du livre, porte tout d'abord sur l'article 2 de la constitution qui traite des principes d'autonomie, d'unité et de solidarité. Après avoir éclairé les bases juridiques nécessaires afin de discerner les principes régissant le fédéralisme espagnol, l'auteur les illustre en analysant la situation de chaque région. Il analyse ensuite la portée de l'autonomie des régions, des provinces, des îles et des communes. Les aspects économiques, institutionnels ou encore politiques sont aussi abordés en ce qu'ils concrétisent les dispositions juridiques inscrites dans la constitution. Une attention toute particulière est accordée au Sénat qui représente la voix des régions au sein de l'État espagnol. Le dernier chapitre traite des situations spécifiques du Pays basque et de la Catalogne. (JD)

*** GIOVANNI SARTORI: Partis et systèmes de partis. Un cadre d'analyse. Éditions de l'Université de Bruxelles (26 av. Paul Héger, CP 163, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 6503789 - fax: 6503794 - Courriel: editions@admin.ulb.ac.be - Internet: http://www.editions-universit é-bruxelles.be). Collection « UBLire - Fondamentaux », n° 14. 2011, 523 p., 12 €. ISBN 978-2-8004-1462-1.

Ayant enseigné, excusez du peu, aux Universités de Florence, d'Harvard et de Yale, de Stanford et, enfin, de Columbia, Giovanni Sartori est un monument dans le monde académique. Né en 1924 à Florence, il est l'auteur de nombreuses publications en épistémologie et méthodologie des sciences sociales et politiques, ainsi qu'en politique comparée. Nombreux sont ceux à penser que son œuvre majeure est cet ouvrage écrit en 1976. L'auteur est d'ailleurs le premier à reconnaître que la partie de ce livre consacrée aux données est vieillie, mais il n'en demeure pas moins que sa partie théorique - « de loin son principal et meilleur composant », juge-t-il - ne l'est pas. Que cet immense classique de la littérature politologique soit pour la première fois publié en langue française est donc une aubaine pour tous ceux qui, à un titre ou à un autre, cherchent à comprendre et cerner l'histoire des partis politiques, leurs définitions possibles et, surtout, les relations qu'ils nouent entre eux pour former un système de partis. (MT)

*** CONSTANTIN PREVELAKIS: La Grèce de A à Z. André Versaille éditeur (7 rue d'Alost, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 2133705 - Courriel: information@andreversailleediteur.com - Internet: http://www.andreversailleediteur.com ). Collection « Les Abécédaires du voyageur ». 2011, 215 p., 14,90 €. ISBN 978-2-87495-136-7.

Un geste de solidarité concrète serait, pour les Européens, d'être nombreux à aller passer, cet été, leurs vacances en Grèce. Qu'ils soient nombreux aussi, alors, à s'acheter ce livre qui, fidèle à l'esprit de la collection dans laquelle il est publié, est bien plus qu'un guide touristique classique. C'est une nouvelle fois à la rencontre d'un peuple, de ses habitudes bonnes et mauvaises, de ses traditions, de son histoire et des différentes facettes de sa culture qu'il convie à travers un abécédaire de plus de cent entrées. À titre d'exemple, l'historien (diplômé de la Sorbonne) qui le signe y dépeint sans fard les fondements de la crise actuelle, dénonçant la dérive d'un pays qui savait pertinemment qu'il vivait au dessus de ses moyens et couvrait « tous les déficits que pouvait créer son système politique clientéliste ». Le propos, on l'aura compris, dépasse, et de loin, le contenu des sites à voir impérativement. À noter que l'ouvrage est prolongé par un site Internet qui complète par des photos, des vidéos et autres liens toutes les entrées de l'abécédaire. Un modèle du genre ! (MT)

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNÉE POLITIQUE
INFORMATIONS GÉNÉRALES
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE