Les limites. Il avait fallu que le Premier ministre polonais crée la surprise, en demandant et en obtenant que son ministre des Finances participe aux travaux de l'Eurogroupe même si son pays ne fait pas encore partie de la zone euro, pour que l'opinion publique européenne découvre que la Pologne venait d'assumer pour six mois la présidence du Conseil de l'UE. En parlant d'opinion publique, je ne me réfère pas aux lecteurs de notre bulletin, informés en détail, ni aux citoyens polonais, ni aux spécialistes des affaires européennes, mais à la grande majorité de la population qui se sent un peu perdue face au fonctionnement des institutions communautaires. Cette majorité n'a pas tort, car la rotation semestrielle de la présidence du Conseil n'a plus la signification simple et globale qu'elle avait autrefois. Aujourd'hui, elle n'implique ni la présidence du Sommet (Conseil européen) ni celle du Conseil Relations extérieures, qui ont leurs présidents stables, M. Van Rompuy et Mme Ashton ; et il faut aussi reconnaître que quelques présidences précédentes n'ont pas laissé dans les opinions publiques un souvenir inoubliable et n'ont pas marqué de leur empreinte la construction européenne ; quelques-unes d'ailleurs appartenaient plutôt à la catégorie des eurosceptiques.
Optimisme bienvenu. Radicalement différent est le cas du Premier ministre polonais Donald Tusk, qui vient d'assumer ses fonctions européennes avec élan et enthousiasme. C'est d'ailleurs cet état d'âme qui m'a d'abord réjoui: enfin quelqu'un qui regarde l'avenir de l'UE avec optimisme ! Selon le président du Parlement européen, le dynamisme polonais sera « particulièrement utile pour dissiper l'atmosphère de doute qui s'est instaurée… J'espère que l'attitude polonaise sera contagieuse et améliorera l'humeur de l'UE ». Et M. Tusk lui-même a déclaré à la presse européenne que dans ses fonctions la Pologne sera « optimiste, europhile, solidaire et ambitieuse ». Tout ceci est réconfortant face aux mines déconfites que l'on rencontre trop souvent, aux moyens d'information qui n'annoncent que des échecs et aux opinions publiques qui se plaignent de l'impuissance de l'Europe (dans les pays qui en font partie, alors que ceux qui sont dehors ne rêvent que d'y entrer). D'ailleurs, les chiffres confortent les mots: le taux polonais d'expansion économique dépassera amplement cette année-ci 3%, face à 2,6% pour l'Allemagne, 1,8% pour la France et 1% pour l'Italie.
Deux réserves. L'optimisme et l'élan sont essentiels ; mais pour quel programme ? La réponse claire et détaillée figure dans le n° 2552 de notre série EUROPE Documents daté du 1er juillet et Donald Tusk a affirmé que pour la présidence polonaise le plus important est de progresser au niveau communautaire, au-delà des intérêts nationaux. Affirmation significative, qui appelle toutefois deux réserves: a) pour la plupart des grands sujets retenus par le programme, la nouvelle présidence pourra ouvrir le débat sans aller beaucoup plus loin ; b) pour quelques sujets, cette présidence a anticipé des positions clairement nationales.
Ouvrir les débats. Je m'explique. La Pologne a la responsabilité d'ouvrir un certain nombre de discussions et négociations fondamentales pour l'évolution de l'Europe, et c'est un grand mérite de sa part de préparer et annoncer leur lancement. Mais il ne faut pas se tromper. Le Parlement européen, qui sera dans la plupart des cas l'interlocuteur du Conseil, ne doit pas considérer qu'il a déjà face à lui les positions de ce Conseil comme ensemble. La présidence polonaise va ouvrir les négociations préliminaires entre les États membres et ce semestre ne verra que le début de cet exercice. Le calendrier est ce qu'il est ; en juillet et août, il ne se passe pas grand-chose, les vrais débats ne commenceront qu'en septembre, c'est un peu comme si la présidence polonaise avait pour certains dossiers une durée non pas de six mois mais de quatre.
Prenons comme exemple la préparation des perspectives financières 2014/2020, qui détermineront les budgets annuels de l'UE pour les sept années de leur durée. La Commission européenne a présenté ses propositions, courageuses et innovatrices, et notre bulletin n° 1048 a consacré plusieurs pages à leur contenu et aux premières réactions suscitées. Des aspects fondamentaux de l'activité communautaire seront profondément modifiés ; deux années de discussions difficiles, 2012 et 2013, seront nécessaires pour aboutir à des compromis et des décisions. Tout ce que peut faire la présidence polonaise est d'ouvrir les débats au sein du Conseil Économie/Finances, étant consciente que l'essentiel des travaux préparatoires se déroulera au niveau des chefs d'État et de gouvernement et sera donc préparé sous la responsabilité de M. Van Rompuy. En revanche, la présidence polonaise sera effective au sein des Conseils spécialisés. Ces remarques seront approfondies dans cette rubrique de demain.
(F.R.)