Bruxelles, 31/05/2011 (Agence Europe) - Le commissaire européen à l'Agriculture Dacian Ciolos a dit mardi 31 mai à Debrecen, en Hongrie, « on va essayer de mobiliser tous les moyens possibles pour aider le secteur des légumes ». L'idée serait d'utiliser certaines aides prévues en faveur des organisations de producteurs de fruits et légumes, des aides d'État et peut-être des soutiens en cas de crise grave. Le secteur des légumes est dans le rouge dans certains pays (Espagne et Pays-Bas notamment) à cause des conséquences de l'épidémie de diarrhées mortelles attribuées à des concombres (voir autre nouvelle). Madrid et La Haye ont réclamé des compensations de l'UE.
La réunion informelle des ministres européens de l'Agriculture, à Debrecen, a été dominée par les conséquences de l'intoxication alimentaire qui a déjà fait 16 morts en Europe. Inquiets, les producteurs espagnols affirmaient mardi que « presque toute l'Europe » a arrêté d'acheter leurs fruits et légumes en raison de la suspicion de présence d'une bactérie sur leurs concombres. La présidence hongroise du Conseil a dû ajouter ce sujet à l'ordre du jour de la réunion de travail des ministres européens de l'Agriculture, consacrée initialement au secteur de l'élevage, qui souffre aussi à cause de la sécheresse et des prix élevés des aliments pour le bétail.
« Il faut trouver une approche commune, une solution à cette situation de crise », a dit le ministre hongrois de l'Agriculture, Sándor Fazekas, lors d'une conférence de presse mardi à Debrecen. Par la suite, il faudra, selon lui, tirer les leçons de ces événements. Il a estimé que le système d'alerte rapide (pour les denrées alimentaires et aliments pour animaux, RASFF) s'est montré « très efficace », mais qu'il peut encore être amélioré. Lors de la réunion, nombreux sont les ministres qui ont en revanche déploré le manque de rapidité de ce système d'alerte rapide. L'Allemagne aurait expliqué le délai entre les premiers cas et l'alerte par la spécificité de l'enquête sur la contamination.
Les ministres de l'Agriculture ont souligné le besoin de disposer d'éléments de preuve pour savoir ce qui s'est passé, d'après la présidence hongroise. « C'est une fois que ce bilan sera tiré que l'on pourra réagir
de manière efficace », a déclaré M. Fazekas. Il faut passer au peigne fin les solutions pertinentes permettant de protéger les consommateurs et les producteurs, a soutenu le ministre hongrois. Des sources évoquaient un Conseil extraordinaire possible dans la semaine du 14 juin.
L'Espagne et les Pays-Bas réclament des compensations. L'Espagne et les Pays-Bas ont réclamé mardi des compensations de l'Union européenne pour l'effondrement de leurs ventes de légumes suite à l'épidémie de diarrhées mortelles attribuée à des concombres. La situation est « extraordinairement grave » pour le secteur des fruits et légumes espagnol et les pertes s'élèvent à plus de 200 millions d'euros par semaine, a expliqué la ministre espagnole de l'Agriculture, Rosa Aguilar.
Les Pays-Bas ont vu leurs exportations de légumes vers l'Allemagne pratiquement cesser du jour au lendemain et veulent également demander à l'UE d'aider financièrement leurs producteurs de légumes. Rosa Aguilar a reproché aux autorités sanitaires allemandes d'avoir fait « des déclarations très malvenues en pointant les concombres espagnols, l'Espagne, comme étant l'origine de la contamination sans avoir des données fiables pour le dire ». La souche d'Eceh (E.coli entero-hémorragique) en cause, particulièrement virulente, « n'a jamais été trouvée ou identifiée sur le territoire espagnol à ce jour », a précisé Mme Aguilar.
La France a évoqué aussi une forte baisse au niveau national des concombres et d'autres légumes.
Dacian Ciolos a évoqué une situation de « crise » qui commence à frapper le secteur des légumes. « La crise de confiance commence à avoir des répercussions économiques importantes sur le secteur des producteurs de légumes, notamment dans certains États membres », a-t-il dit. « Pour restaurer la confiance des consommateurs, il faut d'abord fournir les résultats de l'analyse qui montre la source de l'infection. Il faut ensuite isoler le problème et pas le répercuter sur l'ensemble du secteur des légumes ». « La majorité des producteurs de légumes respectent les normes », a assuré le commissaire.
Dispositif d'aide. M. Ciolos a rappelé que la plupart des mesures d'aides dans le secteur des fruits et légumes sont concentrées dans les organisations de producteurs. Il y a la possibilité, en cas de crise, de financer des opérations de retrait du marché de certains fruits et/ou légumes. Le coût de ces retraits peut être couvert partiellement par le budget alloué aux organisations de producteurs. « Il y a une limite à cette fin de 5% de la production annuelle qui peut être retirée du marché. Dans une situation de crise, ce pourcentage peut être augmenté sans que cela dépasse une moyenne », a précisé le commissaire.
Ensuite, il y a la possibilité de verser des aides d'État, dans certaines limites, aux producteurs qui ne font pas partie d'une organisation de producteurs. Enfin, un article (article 191 du règlement sur l'organisation commune de marché) prévoit la possibilité de soutiens financiers en cas de crise grave (tremblement de terre, inondation…). La Commission procède à une analyse juridique pour voir si cet article peut être utilisé dans le cas en l'espèce. (L.C.)