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Bulletin Quotidien Europe N° 10332
JOURNÉE POLITIQUE / (eu) pe/libye

Le Parlement pour la reconnaissance du CNT et la no-fly zone

Strasbourg, 09/03/2011 (Agence Europe) - Réuni en plénière à Strasbourg, le Parlement européen a demandé mercredi à l'UE de reconnaître l'entité politique d'opposition au chef du régime libyen Mouammar Kadhafi, le Conseil national de transition (CNT) installé à Benghazi et dirigé par l'ancien ministre libyen de la Justice, Mustafa Abdel Jalil, et de soutenir l'instauration d'une zone d'exclusion aérienne (no-fly zone). La Haute représentante Catherine Ashton s'est montrée peu à son avantage en se bornant à laisser le soin aux dirigeants européens, qui se réuniront vendredi, de décider de la reconnaissance ou non de l'opposition libyenne, ce que des représentants du CNT présents à Strasbourg depuis mardi, à l'initiative du groupe ADLE, ont appelé de leurs vœux pour faciliter l'aide humanitaire.

Le débat prioritaire, en présence de Lady Ashton mercredi 9 mars sur la situation en Libye, a vu les députés européens faire preuve d'une grande unité et cohérence, avec quelques nuances toutefois, à la veille d'un Conseil européen extraordinaire qui doit décider vendredi de nouvelles mesures à prendre contre le régime de Kadhafi et en faveur de la rébellion, des réfugiés libyens et en matière d'aide humanitaire.

« Nous devons commencer le processus de reconnaissance du CNT parce que cela peut aider l'opposition à gagner cette lutte contre Kadhafi (…) Nous devons paralyser le pouvoir de tuer de Kadhafi », s'est exclamé le chef des libéraux-démocrates (ADLE) Guy Verhofstadt, à l'initiative de la venue au Parlement de deux leaders du CNT, l'ex-ministre du Plan de développement national Mahmoud Jebril et l'ancien ambassadeur de Libye en Égypte Ali Al-Esawi, qui ont rencontré Mme Ashton mercredi par l'entremise de l'ex-Premier ministre belge. « Mme Ashton, vous avez dit qu'il faut respecter les peuples, leur désir de liberté. Soyons francs, nous étions pendant toutes ces années complices des dictatures. Aujourd'hui, un peuple s'est soulevé, qui a des représentants. Je demande que vous reconnaissiez ce gouvernement intérimaire. Kadhafi ne doit pas gagner, car c'est la prime aux dictatures », a renchéri Daniel Cohn-Bendit.

Si le président des Verts et son homologue libéral, soutenus par le chef de l'ECR, le Britannique Charles Tannock, ont défendu, outre la reconnaissance du CNT, l'instauration d'une zone d'exclusion aérienne au dessus de la Libye et la fourniture d'armes à l'insurrection, le leader des sociaux-démocrates, l'Allemand Martin Schulz, s'est montré plus prudent, insistant sur l'importance d'un mandat de l'ONU et de l'aval de la Ligue arabe et de l'Union africaine pour une « no-fly zone ». « Kadhafi est un criminel et un assassin qui doit être traîné devant le Tribunal pénal international, il doit être puni, le mieux serait par le peuple libyen lui-même. Nous avons le choix entre nos émotions, qui nous disent que nous ne devons exclure aucune solution, même l'option militaire, et le risque de prendre une mauvaise décision. Une zone d'exclusion aérienne impose de détruire l'aviation de Kadhafi. Je recommande que tout se déroule dans le cadre du droit international, cela nécessite une décision du Conseil de sécurité, en incluant la Ligue arabe et l'Union africaine. C'est la seule solution si nous devons attaquer la Libye, mais n'avançons pas trop vite », a averti le patron du groupe S&D.

Les leaders du PPE ont quant à eux laissé transparaître une plus grande hétérogénéité dans leur camp sur la position à prendre sur la « no-fly zone ». « Nous ne pouvons pas rester insensibles devant les massacres (...) et nous devons agir de façon claire et nette », a déclaré au nom du groupe l'Espagnol José Ignacio Salafranca, insistant sur la nécessité d'une décision du Conseil de sécurité de l'ONU. « Une zone d'exclusion aérienne est indispensable. Je pense que nous pouvons le faire avec la Ligue arabe, nous n'avons pas forcément besoin d'une décision du Conseil de sécurité. Il serait souhaitable qu'une action soit légitimée par l'ONU, mais si un État l'en empêche, on ne peut pas se priver d'un moyen d'empêcher des massacres », a fait valoir quant à lui l'Allemand Elmar Brok.

En attendant, la Haute représentante de l'UE a laissé le doute s'installer sur l'action européenne pour empêcher le régime de Kadhafi de mater les insurgés libyens, en refusant de soutenir la demande du CNT d'être reconnu comme seule autorité légitime en Libye, démarche pourtant réclamée par une très grande partie des députés, et en émettant des réserves sur la faisabilité d'une zone d'exclusion aérienne, arguant que cette initiative « pourrait ne pas être comprise par tout le monde ». « C'est aux États membres de prendre la décision », s'est contentée de dire Lady Ashton, dont le mandat prévoit qu'elle fasse des propositions au Conseil européen, mais selon laquelle « il ne [lui] revient pas de prendre position ». Cette légitimité diplomatique serait pourtant « très importante » pour l'opposition libyenne, en octroyant au CNT une crédibilité qui lui permettrait d'obtenir une aide internationale massive, a expliqué peu après devant la presse l'opposant Mahmoud Jebril, précisant que cette reconnaissance permettrait aussi de démentir les accusations du colonel Kadhafi selon lesquelles l'opposition libyenne est contrôlée par l'organisation terroriste Al-Qaïda. M. Jebril a aussi confirmé le souhait du CNT de la mise en place d'une zone d'exclusion aérienne les massacres perpétrés par les forces armées de Kadhafi. (E.H.)

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