Bruxelles, 09/03/2011 (Agence Europe) - L'Agence européenne des droits fondamentaux (FRA) a qualifié dans un rapport publié mardi 8 mars d'« inhumaines » les conditions de détention des migrants clandestins provenant de Turquie dans certains centres de Grèce. « La situation à la frontière de l'UE (...) entre la Grèce et la Turquie constitue une urgence en matière de droits fondamentaux », a dénoncé Morten Kjaerum, directeur de l'agence, dans un communiqué de presse. « Les personnes, y compris les femmes enceintes et les familles avec de jeunes enfants sont détenues dans des conditions inhumaines », a-t-il encore déploré. Dans un centre à Soufli, dans la région d'Evros à la frontière entre la Grèce et la Turquie, le principal point d'entrée des migrants irréguliers dans l'UE, les équipes de l'agence faisaient état le 29 janvier dernier « de 144 détenus partageant un espace de 110 m² avec seulement un wc, une douche froide et pas de chauffage par des températures autour de zéro degré », selon le rapport. Selon le Comité européen de prévention de la torture (CPT), les détenus doivent disposer d'au moins 4 m² quand ils partagent une cellule, poursuit l'agence.
« La situation à Evros a beau être présentée comme une urgence humanitaire, elle n'est pas traitée en tant que telle », estime encore la FRA, qui reproche au gouvernement son inaction. De façon générale, l'agence dit n'avoir noté aucune indication montrant qu'Athènes s'occupe de façon intensive de la situation « malgré l'existence de fonds européens ». La détention systématique de tous les clandestins, y compris les enfants et les bébés, ainsi que le manque de coopération entre les autorités locales et nationales, où les responsabilités sont partagées entre plusieurs ministères, figurent par ailleurs parmi les plus grands problèmes, selon le rapport.
En décembre dernier, la Commission avait débloqué une enveloppe de 9,8 millions d'euros pour aider la Grèce à faire face à ses besoins urgents dans les domaines de l'asile et des migrations ; des experts avaient aussi été envoyés sur place et une mission de l'agence Frontex, RABIT, avait été déployée au niveau du fleuve Evros pour réguler le flux d'arrivées de migrants irréguliers en provenance de Turquie. Sous pression, la Grèce avait encore adopté fin 2010 un Plan d'action national pour la gestion des migrations et la réforme du droit d'asile ainsi qu'un décret présidentiel sur l'asile, destiné à résorber l'arriéré actuel évalué à plus de 50 000 dossiers. Des efforts qui n'ont cependant pas empêché la Cour européenne des droits de l'Homme, le 21 janvier dernier, de condamner la Grèce (et la Belgique) pour ses graves défaillances en matière d'accueil des migrants et de traitement des demandes d'asile. (S.P.)