Bruxelles, 04/03/2011 (Agence Europe) - À la veille de la présentation le 8 mars par la Commission européenne de propositions pour soutenir l'évolution des pays de la rive sud de la Méditerranée, Karel De Gucht a plaidé, jeudi 3 mars, pour un renforcement des relations commerciales entre l'UE et l'Afrique du Nord. Le commissaire exclut toutefois l'idée de concessions unilatérales à l'égard des pays arabes, à l'instar des préférences commerciales offertes au Pakistan, dont l'économie fut ravagée par des inondations sans précédent l'été dernier, l'UE voyant en effet sa demande de dérogation en souffrance à l'OMC.
Le commissaire au Commerce plaide pour un renforcement des liens commerciaux avec les États d'Afrique du Nord en transition vers la démocratie. Il fera des propositions à cet effet dans le cadre du paquet de soutien pour les pays de la rive sud de la Méditerranée, que la Commission européenne dévoilera en début de semaine prochaine. « Nous devons être disposés à ouvrir nos marchés. On ira au cœur de la question de savoir si on veut ou non être protectionniste », a expliqué M. De Gucht, devant la commission du commerce international du Parlement européen, jeudi 3 mars.
Le renversement des gouvernements en Tunisie et en Égypte, comme la guerre civile en Libye ont redynamisé les appels des décideurs politiques européens en faveur de relations commerciales avec les pays d'Afrique du Nord pour assurer leur stabilité économique et politique. « Nos propositions pour une plus grande intégration commerciale nécessiteront du courage de la part des gouvernements et des législateurs européens », a insisté le commissaire au Commerce jeudi. M. De Gucht a toutefois précisé que l'option de concessions commerciales unilatérales de la part de l'UE, telles que celles octroyées aux pays des Balkans ravagés par la guerre au début des années 1990, ou plus récemment offertes au Pakistan frappé par les inondations en 2010.
Cette dernière initiative est en effet bloquée à l'OMC, où certains pays - le Bangladesh, l'Inde, le Pérou ou encore le Vietnam notamment - expriment des préoccupations économiques ou systémiques sur l'impact des préférences de l'UE au Pakistan. La demande de dérogation déposée par l'UE à l'OMC, qui requiert l'unanimité, « ne marche pas », a déploré le commissaire. « Des pays refusent par principe d'établir un lien entre commerce et catastrophe naturelle. Je pense qu'il y aurait encore plus de résistance si l'on essayait d'établir un lien entre commerce et transition vers la démocratie », a-t-il ajouté.
Lui aussi défavorable à des mesures ad-hoc, telles que celles prises en faveur du Pakistan, le président de la commission du commerce international, le Portugais Vital Moreira (S&D), a appelé l'exécutif européen à débattre avec le Parlement sur la question du recours à la politique commerciale pour soutenir les transitions démocratiques au sud de la Méditerranée. « Nous devrions savoir comment nous pouvons et si nous devrions utiliser la politique commerciale à des fins politiques », a-t-il fait valoir. (E.H.)