Bruxelles, 04/03/2011 (Agence Europe) - Les efforts coordonnés de l'UE montent en puissance pour continuer à secourir les 180 000 personnes cherchant à quitter la Libye, et les autorités des pays voisins - Tunisie et Égypte - dépassées par cet afflux de migrants. Le pont aérien et maritime mis en place par les Européens porte ses fruits mais il manque des navires, a-t-on appris vendredi auprès de sources de l'UE. Outre l'augmentation de l'aide humanitaire d'urgence à 30 millions d'euros annoncée jeudi pour faire face à l'évacuation en cours des réfugiés (EUROPE n° 10328), une équipe de six experts en protection civile est arrivée jeudi à la frontière tunisienne pour aider l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), l'UNHCR et les autorités tunisiennes dans les opérations de rapatriement.
« Un nombre croissant de bateaux européens et d'aéroplanes participent au rapatriement des ressortissants de pays tiers - principalement des Égyptiens - vers leur pays d'origine », se réjouit, dans un communiqué, Kristalina Georgieva, commissaire à l'Aide humanitaire et la Réponse aux crises. Mais elle se dit « particulièrement préoccupée par la situation humanitaire du côté libyen de la frontière car les informations sont limitées et l'accès humanitaire est impossible ». Aussi invite-t-elle « instamment les autorités libyennes et ceux qui contrôlent certaines parties du pays à faciliter l'accès aux personnes à secourir ». Et d'ajouter: « La communauté humanitaire internationale doit pouvoir travailler sans menaces et sans entraves, conformément aux principes de neutralité et d'impartialité qui gouvernent l'aide humanitaire internationale ». De retour de la région, Mme Georgieva était vendredi à Genève pour des réunions de coordination de l'aide avec l'UNHCR, l'OIM et la Croix Rouge/Croissant Rouge.
Selon des hauts fonctionnaires de l'UE, la situation à la frontière tunisienne est une urgence humanitaire, et les chiffres changent d'heure en heure. Jeudi, 92 Européens souhaitaient quitter la Libye. Vendredi matin ils étaient 204. Et 1336 ressortissants de l'UE, encore en Libye, souhaitaient y rester. 180 000 personnes quittaient la Libye vers la Tunisie, l'Égypte, le Niger et l'Algérie. La majeure partie d'entre eux passe par la Tunisie. « Des milliers de personnes attendent de pouvoir être transférées par bateau de Djerba vers l'Égypte ou vers leur pays d'origine. La plupart sont des Égyptiens, mais il y a aussi des ressortissants du Bangladesh, d'Afrique noire, du Sri Lanka ».
Vendredi à 14h30, l'offre logistique des États membres était de 15 avions et 4 navires (Allemagne, Espagne, France, Italie, Malte, et Royaume-Uni). « Vendredi matin, l'OIM nous a informés que l'aéroport de Djerba ne pourra pas accueillir davantage d'avions. Mais nous n'avons pas assez de navires. Nous insistons pour que les États membres envoient des navires pour réduire la pression à la frontière tunisienne. À la frontière égyptienne, la situation est moins tendue. Idem pour les frontières algérienne et nigérienne qui doivent faire face à l'afflux de quelques milliers de personnes seulement », ont indiqué ces sources de l'UE. Quatre États membres envisagent de fournir de l'aide en nature (couvertures, cuisines mobiles, et sept États membres ont proposé une aide financière. Si l'on ne peut exclure le risque que certaines personnes profitent de la situation pour aller vers l'Europe, « l'essentiel des personnes - plus de 90%- sont disposées à rentrer dans leur pays d'origine », affirment ces hauts fonctionnaires. Les experts d'ECHO, présents à la frontière tunisienne et à la frontière égyptienne coopèrent avec les États membres qui ont envoyé des navires et des avions, et travaillent en coordination avec l'UNHCR pour aider au franchissement légal des frontières. Jeudi soir, une baisse du nombre de passages de la Libye vers la Tunisie a été enregistrée « mais nous ne savons pas encore pourquoi », indiquent les sources européennes. (A.N.)