M. Barroso et M. Van Rompuy collaborent… Je ne pense certes pas que les remarques de cette rubrique y soient pour quelque chose, mais je constate que le président de la Commission et le président du Conseil ont signé ensemble le document qui sera à la base des travaux du Sommet du 11 mars sur la coordination économique et monétaire dans la zone euro (document annexé à notre bulletin n° 10327). C'est une décision positive et en même temps logique, car la mise en œuvre des conclusions auxquelles aboutiront ce jour-là les chefs d'État et de gouvernement reviendra aussi bien au Conseil européen qu'à la Commission, chacun selon ses responsabilités. Tout ce qui donnerait l'impression d'une « opposition entre deux légitimités » serait négatif pour le fonctionnement institutionnel de l'Union ; la double signature citée prouve la détermination des deux présidents d'éviter ce risque, dans le respect des compétences respectives.
…et M. Barroso prend position. Parallèlement, le président de la Commission a réclamé avec vigueur le départ de M. Kadhafi ; proposé un « Pacte pour la démocratie » avec les pays méditerranéens qui choisissent ce régime ; débloqué des ressources budgétaires significatives en faveur des mêmes pays ; proposé un régime de facilitation de visas pour étudiants, chercheurs et hommes d'affaires pour aider ces pays à bâtir des sociétés ouvertes ; refusé d'avaliser l'échéance de juin (retenue par la présidence du Conseil) pour la conclusion des négociations sur l'adhésion avec la Croatie. Sa dernière conférence de presse a montré un M. Barroso qui prend des initiatives. D'ailleurs, cette rubrique avait déjà souligné sa fermeté face à M. Poutine à propos d'un aspect controversé de la politique européenne de l'énergie. Sans prétendre que les points d'accrochage entre les deux présidents sont tous aplanis, l'intention de les surmonter est évidente.
L'effort incompréhensible de M. Sarkozy. Est étrange, pour ne pas dire absurde, l'effort de Nicolas Sarkozy pour faire croire que l'Union pour la Méditerranée (UpM) continue à exister, avec de nouvelles tâches et des nouvelles règles de fonctionnement. Le terme Union signifie quand même quelque chose dans le langage européen ! Dans le cas de l'UpM, il signifiait, après de longues discussions et des révisions successives, une Union entre l'UE et l'ensemble des pays méditerranéens. Le nouveau projet signifie en revanche (d'après les indications de M. Sarkozy lui-même, qui a annoncé un document plus détaillé) plusieurs arrangements bilatéraux entre l'UE comme ensemble et quelques pays tiers méditerranéens répondant à certaines conditions ; ce qui n'a évidemment rien à voir avec une Union entre l'UE et les pays méditerranéens en tant que groupe. On commence déjà à entendre et à lire des interprétations bizarres et discriminatoires, comme la mise en marge d'Israël (pour éviter les conflits à l'intérieur de cette pseudo Union euro-méditerranéenne), ou l'intention de la Turquie de ne pas y participer, son objectif étant l'adhésion à l'UE ou bien une autonomie véritable, et certes pas une Union dont rien ne justifie ce mot.
Il faut souhaiter que les pays tiers méditerranéens, en premier lieu ceux qui avancent sur la voie de la démocratie, sauront négliger la pseudo-Union que M. Sarkozy veut artificiellement maintenir.
Les Chypriotes turcs réclament l'autonomie face à la Turquie. Ce qu'on n'attendait pas, ou du moins que je n'attendais pas: les Chypriotes turcs ont manifesté, et avec vigueur, contre l'occupation de leur territoire par l'armée de Turquie. Les organisateurs de leurs manifestations ont expliqué: Nous sommes reconnaissants à la Turquie de nous avoir sauvés des Chypriotes grecs, mais elle doit nous laisser vivre ; nous voulons être maîtres chez nous. Et leur slogan était: Ni otages de la Turquie ni avalés par les Chypriotes grecs.
L'Armée turque, on le sait, occupe ce territoire depuis 1974 avec 300 000 soldats et y a créé en 1983 une République Turque de Chypre Nord reconnue exclusivement…par Ankara. Les porte-parole de la nouvelle tendance craignent de « disparaître en tant que Chypriotes turcs », se plaignent de l'afflux régulier de citoyens turcs venant d'Anatolie et veulent « prendre leur destin en main ». Certains n'hésitent pas à qualifier la Turquie d'occupante et colonialiste.
Certes, les intérêts matériels jouent un rôle: les fonctionnaires locaux gagnent davantage que leurs collègues en Turquie et ils estiment que les perspectives d'un accord avec la partie grecque seraient meilleures si l'occupation turque était moins voyante et la pseudo-République autonome moins encombrante.
Voici un autre dossier qui n'encourage pas l'adhésion de la Turquie à l'UE.
(F.R.)