Bruxelles, 18/01/2011 (Agence Europe) - Une très grande majorité des députés européens de tous les groupes politiques soutient très clairement la perspective d'adhésion de la Serbie à l'UE mais insiste sur le strict respect des critères de Copenhague, en particulier la réforme du secteur judiciaire, ainsi que la pleine et entière coopération avec le Tribunal pénal international sur l'ex-Yougoslavie (TPIY). C'est ce qui est ressorti du débat que le Parlement européen a eu mardi 18 janvier à la veille de son vote d'approbation de l'accord de stabilisation et d'association (ASA) qui est programmé pour ce mercredi 19 janvier à Strasbourg.
L'ASA serbe avait été longtemps bloqué par les Pays-Bas qui reprochent aux autorités de Belgrade de ne pas collaborer entièrement avec le TPIY et de ne pas tout faire pour arrêter les deux fugitifs Ratko Mladic et Goran Hadzic, tous deux accusés de crimes de guerre. En juin dernier, après un rapport plutôt positif du procureur général du tribunal, Serge Brammertz, le Conseil Affaires étrangères a débloqué le dossier et donné le feu vert au processus de ratification de cet accord. À ce stade, une dizaine de pays membres ont déjà procédé à cette ratification ; le PE suivra ce mercredi. La présidence hongroise et la Commission espèrent que la ratification par tous les parlements des 27 États membres pourra être close d'ici la fin de l'année, ont affirmé devant les députés la ministre hongroise des Affaires européennes Eniko Györi et le commissaire à l'Élargissement Stefan Füle. « 2011 sera une année clé pour la Serbie », a souligné Mme Györi. D'abord, parce que l'entrée en vigueur de l'ASA offrira beaucoup de nouvelles possibilités pour renforcer la coopération et préparer l'adhésion. Ensuite, parce que la Commission devra présenter son 'avis' sur la candidature d'adhésion de la Serbie, déposée en décembre 2009, « au courant de la deuxième moitié de 2011 ». Ce calendrier a été confirmé par le commissaire Füle. Les réponses serbes au 'questionnaire' de la Commission sont attendues pour la « fin du mois », ce qui devrait permettre aux services de la Commission de boucler son avis pour le second semestre de l'année, a-t-il dit. Avec la ratification et la prochaine entrée en vigueur de l'ASA, la Serbie franchit une « étape importante sur sa route vers l'UE », estime M. Füle. Cet accord doit être compris par Belgrade comme un « message de soutien et d'encouragement à poursuivre les réformes et les efforts de réconciliation dans la région » des Balkans, y compris avec le Kosovo, a dit le commissaire. L'ASA - qui prévoit l'établissement graduel d'une zone de libre-échange et l'intégration progressive de la Serbie dans le marché intérieur de l'UE - aura aussi un impact économique important car il « augmentera les investissements étrangers et la croissance économique en Serbie et aidera le pays à devenir une économie de marché opérationnelle », a dit M. Füle.
La Serbie est devenue un « facteur de stabilité » dans les Balkans mais elle doit résoudre ses deux principaux problèmes par rapport à l'UE, à savoir l'arrestation de Mladic et de Hadzic ainsi que la question du Kosovo, a estimé le Hongrois György Schöpflin (PPE). Elle doit aussi réformer sa justice et « s'ouvrir à son passé », a-t-il dit. La Grecque Maria Eleni Koppa (S&D) a insisté sur la bonne coopération régionale, y compris avec la Grèce. La libérale roumaine Norica Nicolai a rappelé que son groupe, l'ADLE, a toujours soutenu l'adhésion des pays des Balkans à condition, cependant, que « les critères de Copenhague soient respectés à la lettre ». De ce point de vue, le chemin de la Serbie est donc encore long, a-t-elle remarqué. La Néerlandaise Marije Cornelissen (Verts/ALE) a mis en garde l'UE de ne pas jouer un « jeu politique » de donnant-donnant avec Belgrade, par exemple en lui accordant la libéralisation des visas contre une attitude positive sur le Kosovo. Sur la question de la coopération avec le TPIY, par exemple, l'UE « ne doit pas lâcher: Mladic et Hadzic sont des criminels de guerre qui ne doivent pas échapper » à la justice, l'UE ne doit pas en faire un « objet de diplomatie », a-t-elle lancé. La Britannique Sarah Ludford (ADLE) a demandé à Belgrade (qui dit faire son maximum pour retrouver les deux fugitifs) de « traduire ses déclarations en actions ». L'Autrichien Hannes Swoboda (S&D) partage ce point de vue. « En ce qui concerne la coopération avec le TPIY, nous ne sommes pas encore satisfaits. Il y a moyen de faire mieux », a-t-il estimé. (H.B.)